Le diable dévot – Libar M. Fofana

Le livre et l’auteur

Alors qu’il avait été un homme de foi, pieux et exemplaire tout au long de sa vie, Mamadou Galouwa, imam de son village craignait de se voir subtiliser sa place par un nouveau venu, ayant été incapable d’effectuer jusque là un pèlerinage à La Mecque, faute de moyens financiers. Alors, lorsque Ladji Oumarou, un octogénaire lui propose de lui donner sa fille unique Hèra, adolescente, en mariage pour le billet de voyage tant convoité, celui-ci se retrouve confronté à choisir entre sa réputation, ses privilèges et son rôle de père. Un titre vaut-il le sacrifice de sa progéniture ? Qu’advient-il alors à ce moment de toutes les vertus prônées par la religion à laquelle on adhère ?

Pages : 192

Éditions : Continents Noirs de Gallimard

Libar M. Fofana est un auteur guinéen né à Conakry en 1959. Il réside en France depuis 1984 où il est arrivé après un parcours du combattant. Initialement diplômé en Informatique et après avoir travaillé à la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille, il se consacre à l’écriture à l’écriture vers la fin des années 90 dans les suites d’un traumatisme auditif.

Le diable dévot est son quatrième roman, publié en 2009 aux éditions Gallimard (sources : Babelio et Wikipédia).

Mon ressenti

Difficile. L’histoire de l’imam Galouwa, le choix qu’il a dû faire pour conserver son statut sociétal et les conséquences pour sa fille, sont racontés à la troisième personne en une quarantaine de chapitres. La plume de l’auteur est assez simple, fluide et sans détours. Cela m’a d’ailleurs dérangé par moments dans la mesure où j’avais l’impression que les évènements s’enchaînaient de façon un peu trop rapide sans nous laisser le temps de les digérer et cela pouvait être réellement dur voire choquant.

En ce qui concerne maintenant le fond, comme je le disais, l’imam Galouwa, finalement homme de foi qu’en apparence, ne souhaitant pas perdre la face et voulant à tout prix acquérir le titre de « Hadji » obtenu après un pèlerinage à La Mecque se retrouve à devoir choisir entre protéger sa fille âgée de 13 ans, ou la donner en mariage à un vieil homme fripé, qui certes décèdera avant elle, mais qui l’utilisera probablement pour satisfaire ses propres désirs lubriques avant la fin de ses jours. Loin de céder à cela l’imam va faire pire en confiant sa fille à un tenancier d’auberge à Conakry, Bouna, après avoir procédé à une horreur pour s’assurer qu’elle demeure vierge, le temps soi-disant pour qu’elle y travaille afin de gagner suffisamment d’argent pour payer sa dot. Ainsi, la pauvre Hèra, déjà excisée, puis à nouveau mutilée sur le plan génital, se retrouve à devoir s’offrir par la seule voie qu’il lui restait (comprendra qui pourra) pour payer sa pension et mettre de l’argent de côté comme elle l’avait compris alors que son père l’avait roulé dans la farine…

C’est sans surprise que j’ai détesté l’imam Galouwa et Bouna son acolyte. Comment pour des considérations superficielles peut-on infliger pareil traitement à son enfant ? La pauvre Hèra partait malheureusement perdante en ce qui concernait l’affection paternelle, juste parce qu’elle était une fille… Mais une fille pleine de ressources qui saura sortir son épingle du jeu dans cette situation horrible à vivre pour une enfant qui, non seulement était privé de l’amour paternel mais qui avait été comme parachuté directement en enfer. Heureusement pour elle, elle fera la rencontre de Maciré, une autre femme de l’auberge de Bouna, qui se prostituait également et qui avait déjà quelques années de pratique et de ruse pour survivre dans cette situation pénible. Par ailleurs, une troisième personne, ayant initialement participé aux souffrances de Hèra s’avèrera bien utile dans sa nouvelle vie à Conakry en l’aidant à se reconstruire, après s’être repenti.

Ce récit reflète un peu le traitement fait aux femmes guinéennes entre rejet tout simplement parce qu’elles sont nées femmes ; mutilations génitales ; violences sexuelles parce que tout le monde pense pouvoir disposer de leurs corps comme bon leur semble et j’en passe. Il met aussi en exergue comment la corruption, les jeux de pouvoir, le sexe et le proxénétisme ont encore de beaux jours devant eux dans cette société où ses individus sont censés être pieux et bons musulmans, soulevant toute l’hypocrisie de la situation. J’ai apprécié la solidarité entre Maciré et Hèra lorsque ce fut nécessaire. L’imam Galouwa et Bouna quant à eux, n’auront que ce qu’ils méritaient. Le seul point noir au tableau selon moi est la façon dont l’auteur a traité la question des « amours » de la petite. En effet, même si en raison de ses actions (menées devant l’absence d’alternatives, il est important de le rappeler) et de l’environnement dans lequel elle évoluait, Hèra avait dû mûrir plus tôt, elle n’en demeurait pas moins une gamine à mes yeux et la façon dont a été abordé sa relation naissante avec l’un des clients de Bouna m’a un peu froissé…

Bref. Je pourrais encore parler d’autres éléments dans cet article mais il faut bien que je vous laisse de quoi découvrir l’œuvre. Ce ne fut pas forcément une partie de plaisir parce que les sujets évoqués étaient sensibles et la plume de l’auteur assez directe mais ce fut le premier auteur Guinéen que j’ai eu à lire et j’en suis plutôt contente. Le récit est assez court donc il se lit vite. Il est disponible ici. Attention encore une fois aux âmes sensibles.

Sur ce, je vous dis à bientôt pour un nouvel article. Prenez soin de vous.

Bisous.

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