Le livre et l’autrice
Adah, orpheline Nigériane en période coloniale, est habitée par la volonté de faire des études et a pour rêve d’immigrer en Angleterre. Rusée, déterminée, elle fera partir dans un premier temps Francis, l’homme avec qui elle a choisi de faire sa vie, avant de pouvoir le rejoindre elle-même avec leur progéniture. Malheureusement, une fois sur place, Adah désenchante et se prend en pleine face la réalité d’une vie dans un pays où elle est minoritaire, affublée en plus d’un mari qui ne fait que profiter de la « valeur » matérielle de sa femme. Partiellement autobiographique, ce récit nous offre un aperçu des péripéties que Buchi Emecheta a dû traverser à une certaine période de sa vie, en tant que femme Ibo/Igbo, partie vivre à l’Etranger.
Éditions : 10/18
Pages : 274
Buchi Emecheta, de son identité complète Florence Onyebuchi Emecheta est une écrivaine Nigériane Ibo/Igbo, sociologue née à Lagos en juillet 1944 et décédée à Londres en janvier 2017. Après des études dans une école pour filles puis chez les Méthodistes, elle épouse Sylvester Onwordi vers l’âge de seize ans avant d’émigrer en Angleterre avec ce dernier. Une fois sur place, elle fera face à des violences conjugales qui la pousseront à quitter son foyer avec ses cinq enfants.
D’un point de vue professionnel, elle occupera des fonctions de bibliothécaire, d’assistante sociale et de sociologue. A partir de la fin des années 60, elle se lancera dans la rédaction de chroniques majoritairement inspirées de sa vie. Citoyen de seconde zone (Second-Class citizen en VO) est le second opus de ses chroniques, paru en 1974. La Cité de la dèche (In The Ditch en VO) paru en 1972 constitue l’autre partie. D’autres écrits ne tarderont pas à suivre.
En dehors de sa fonction d’écrivaine, Buchi Emecheta est invitée à donner des cours dans les Universités du Nigeria, de l’Angleterre et des États-Unis. Son œuvre suscite de nombreuses critiques positives et elle sera récompensée par de nombreux prix. (Sources : Wikipedia.org, Babelio).
Mon ressenti
Révoltée. Le récit est divisé en treize chapitres et est écrit à la troisième personne. Le personnage principal est Adah, dont on suit les aventures, autour de qui gravitent les membres de sa famille, son mari, ses enfants et ses collègues de travail essentiellement. Le ton est plutôt simple et fluide, parfois naïf à mon sens.
En ce qui concerne maintenant le fond, l’on fait très vite la connaissance d’Adah, fille aînée d’une fratrie de deux enfants, qui se démarque par son envie de faire des études puis de partir en Angleterre. Défavorisée par sa condition de fille, elle usera de ruse quitte à défier sa mère pour arriver à ses fins. Son monde bascule au décès de son père. Elle est envoyée chez un membre de sa famille maternelle où les conditions de vie sont difficiles mais cela ne la décourage pas pour autant. D’ailleurs, à un moment, cette soif de savoir qui fera d’elle une fille instruite, finira même par être perçue par son entourage comme un prétexte pour demander une dot faramineuse lorsque viendra le moment pour elle de se marier.
Là encore, elle déjouera leurs plans et choisira un jeune homme, ayant à peu près son âge, d’origine plutôt modeste, Francis, qui lui, souhaitait faire des études d’économie. Avec son bagage intellectuel et les opportunités professionnelles qui en découlent, Adah représente la poule aux œufs d’or pour sa belle-famille et celle-ci profitera de ce statut pour faire partir Francis en Angleterre. Quant à Adah, quelle idée pour une femme – qui en plus venait d’avoir des enfants – de partir à l’étranger. Eh bien rebelote, madame trouvera le moyen pour y aller.
Et comme je le disais dans le résumé, c’est là que commencent les ennuis. Au cours des pages qui suivront son arrivée sur le sol Anglais, Buchi Emecheta nous décrit un quotidien dans la promiscuité avec d’autres immigrants Africains (qui ne portent d’ailleurs pas Adah dans leur cœur) ; la découverte de la « vraie nature » de son époux ; le système de gardes d’enfants, défavorisant les enfants des gens comme elle ; le racisme et l’hypocrisie de certaines personnes Blanches.
Son quotidien frôle l’enfer avec un homme comme Francis. Je pense d’ailleurs n’avoir jamais autant détesté un personnage dans un livre. Auto-suffisant, manipulateur, violent, paresseux, il abuse de sa position d’homme pour faire à peu près ce qu’il veut d’Adah. En effet, bien qu’Adah soit allée à l’école, on ne peut effacer pour autant le poids des traditions et de la culture. Avant de prendre certaines décisions, elle pensait d’abord à la réaction de son mari avant de le faire. Elle estimait que la survie de son foyer lui incombait et ne rechignait pas à se plier en quatre pour cela. Monsieur, quant à lui, se complaisait dans ce schéma et n’hésitait pas à lui rappeler que c’était son devoir.
Et pour une jeune femme qui a montré jusque là qu’elle avait de la ressource, j’ai justement eu du mal à comprendre pourquoi elle ne quittait pas cet énergumène pour refaire sa vie. Mais, voilà, elle est une femme Noire, ayant reçue une certaine éducation, vivant dans un pays étranger avec des enfants en bas âge.
En conclusion, Buchi Emecheta met en lumière dans cette œuvre la lutte pour une femme Ibo/Igbo vers l’émancipation dans un contexte de culture patriarcale, de mariage abusif et d’immigration en Occident où elle fait pour la première fois l’expérience du racisme. Je recommande tout en vous prévenant que certains passages risquent de vous énerver. Surtout si on se place d’un point de vue « moderne ». Mais justement, replacer les choses dans leur contexte permet de prendre un peu recul (sauf pour Francis qui mériterait de se faire castrer…).
Malgré la violence des émotions que ce roman a suscitée chez moi, j’ai eu envie de découvrir la suite de l’œuvre de Buchi Emecheta. Ce que j’ai fait avec La Dot, dont le processus d’écriture est mentionné au cours de la période de Citoyen de seconde zone. On se retrouve donc bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.
Bisous.
P.S. Je ne vous ai pas proposé de lien pour vous procurer votre exemplaire parce que la plupart des œuvres de Buchi Emecheta ne sont plus disponibles qu’en occasion. Je vous laisse donc chercher par vous-même jusqu’à trouver l’option qui vous convienne. Et pour réellement finir, bonne et heureuse année 2024! Meilleurs vœux de santé à tous et comme chaque année, je nous souhaite encore et toujours plus d’échange autour des livres.



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