Le livre et les auteurs
Adela Cobb est une jeune veuve Noire, mère de famille qui tente tant bien que mal de subvenir aux besoins de ses enfants. Bud Larkin est Blanc, ancien policier, reconverti en détective privé, ayant la main un peu lourde sur l’alcool. Nous sommes en plein été 1963 en Alabama et de petites filles Noires commencent à disparaître soudainement avant de réapparaître, mortes. Sur un malentendu, Adela se retrouve à faire le ménage chez Bud. Celui-ci, pourtant raciste, accepte de mener l’enquête pour le père de la première victime. Et Adela qui n’était qu’une simple femme de ménage, se retrouvera embarquée aux côtés de ce détective un peu particulier pour tenter de résoudre cette sordide affaire…
Éditions : Pocket
Pages : 353
Ludovic Manchette et Christian Niemiec sont tous les deux traducteurs, ayant pour habitude d’adapter à quatre mains des dialogues de séries et films Américains.
Alabama 1963 est leur premier roman, paru en 2020, initialement aux éditions Cherche Midi. Il connaîtra un franc succès et sera récompensé par de nombreux prix tels que le Prix du Jury du Salon du Livre d’Ile-de-France entre autres. En 2023, a vu le jour America[s], le 2e roman des deux auteurs. Ils vivent tous deux en Bretagne. (Sources : 1ère page du roman, Babelio).
Mon ressenti
Une belle surprise. La narration est faite à la troisième personne et couvre la période allant d’août 1963 à janvier 1964. Les dialogues s’enchaînent, conférant un certain dynamisme à l’histoire et l’on ne voit pas les pages défiler.
En ce qui concerne le fond maintenant, rien de nouveau sous le soleil dans une Amérique du Sud encore ségrégationniste dans les années 1960. Nous avons droit à l’ensemble du tableau avec les places réservées aux personnes Noires dans les bus ; le fait de changer de trottoir lorsqu’une personne Noire croisait une personne Blanche ; l’entrée de service pour les employés Noirs dans les maisons de leurs propriétaires Blancs. Bref, le package complet d’une Amérique bien raciste.
Et c’est dans cette ambiance qu’Adela, qui venait de perdre sa place de femme de ménage chez une vieillie bique Blanche, se retrouvera à travailler pour Bud Larkin, d’abord en tant que femme de ménage ; puis en tant que « secrétaire ». Le duo paraîtra initialement improbable et l’on assistera à de nombreuses situations où le simple fait de se côtoyer pouvait être plus préjudiciable à Adela qu’à Bud. Mais ce dernier qui n’en avait rien à faire des Noirs, finira petit à petit par percevoir l’inégalité de leur système et même à prendre la défense d’Adela. Les deux individus développeront une relation presque amicale vers la fin de l’enquête.
En parlant d’enquête, celle-ci est menée tambour battant ; le suspense monte progressivement et la fin arrive… comme un cheveu sur la soupe. En effet, s’il y a un principal point négatif dans l’histoire pour moi, c’est comment la résolution de l’enquête est emmenée par les auteurs. Le coupable sort un peu de nulle part et nous n’avons pas le loisir d’en apprendre un peu plus sur son histoire personnelle et ses motifs avant que le récit ne se termine. Autre point négatif également, paraissant invraisemblable, c’est le personnage de Gloria, une des patronnes d’Adela, qui sortait on ne sait d’où des indices qui ont grandement aidé nos deux enquêteurs. Enfin, dernier point négatif, c’est le fait que le personnage de Bud ne soit pas plus développé que quelques bribes qu’on aura vers la fin de l’enquête. La raison pour laquelle il a fini comme il a fini par exemple est survolée.
Cela étant dit, j’ai quand même apprécié ma lecture. Adela est attachante et un brin impertinente malgré ce que cela peut lui coûter du fait de sa couleur de peau. Bud énerve au départ mais c’est un homme qui a souffert dans sa vie. Pourtant, cela n’excuse en rien son racisme et je n’ai pas trouvé que l’œuvre essayait de faire passer un message simpliste sur les rapports entre Noirs et Blancs. Certaines situations pouvaient paraître « cliché » mais les clichés ne viennent pas du néant. Ils ont leur source quelque part et l’état d’Alabama des années 60 n’était clairement pas une terre de prospérité pour les Noirs…
En somme je recommande pour qui veut passer un bon moment de lecture. Malgré la gravité des faits, le récit ne manque pas de moments drôles. Certaines descriptions, notamment la façon dont sont traités les Noirs Américains, peuvent être dures, mais pour les personnes qui ont déjà eu à lire des récits portant sur l’histoire de ces derniers, vous ne découvrirez pas l’eau chaude. Pour les autres, préparez-vous. Il est disponible ici. Quant à moi, je vous dis à bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.
Bisous.



Répondre à Annielom Annuler la réponse.