« Jacob, emmène-la. Donne-la à Belle. Elle l’aidera à la cuisine » – La Colline aux Esclaves de Kathleen Grissom

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Bonjour par ici, j’espère que ça va pour vous 🙂

Le livre et l’auteur

« (…) Donne-la à Belle. Elle l’aidera à la cuisine (…) » p. 11 ou le début de la vie de Lavinia, jeune orpheline irlandaise à Tall Oaks, plantation de la famille Pyke. Comme d’habitude, avant d’aller plus en profondeur, occupons nous de l’auteure et de la forme.

Kathleen Grissom est canadienne de naissance mais elle vit aujourd’hui en Virginie aux USA dans l’ancienne dépendance d’une grande plantation. Sa maison d’ailleurs a joué un rôle dans l’écriture de ce livre étant donné que c’est là qu’elle a trouvé une pancarte avec l’inscription « La Colline aux Esclaves », ce qui a piqué sa curiosité et l’a poussé à effectuer plus de recherches sur le sujet.

En ce qui concerne la forme, visuellement déjà, je trouve La Colline aux Esclaves très beau. Je sais bien qu’il ne faut pas juger un livre de par sa couverture mais l’on est facilement plus attiré par un livre dont la couverture ou le titre capte notre attention. Ensuite, il faut savoir que le livre fait 526 pages et est publié aux Editions Pocket (oui je suis une grande fan des Editions Pocket) mais il me semble qu’il est disponible chez d’autres maisons d’édition.

La quatrième de couverture (ci-dessous) nous place un peu le décor. Comme je le disais au début de cet article, le livre retrace en fait la vie de Lavinia, à la plantation de la famille Pyke à une époque des USA où la vie est dure pour les Noirs (ceci dit, même si a évolué, ça reste toujours d’actualité). Le récit fait parler Lavinia et Belle (fille illégitime du propriétaire de la plantation), avec majoritairement le point de vue de Lavinia plus quelques interventions de Belle, nécessaires pour la compréhension des événements.

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Mon ressenti

Petite remarque, après lecture, je ne vois pas quelle « histoire d’amour » citée ci-dessus sur la photo fait tout basculer. Cependant, j’ai vraiment apprécié ma lecture, je n’ai pas vu les 500 pages défiler, j’étais d’ailleurs un peu déçue de la fin, j’aurais aimé en savoir plus.

Quant à mes impressions, eh bien parfois j’avais envie de rentrer dans le bouquin pour secouer la petite Lavinia au vu de son comportement à certains moments mais bon ce n’est qu’une fiction, haha 🙂 . De plus, il n’était pas si simple à l’époque de s’exprimer en tant que femme pour clarifier des malentendus ou des situations gênantes.

Ce que je retiens globalement de son histoire, c’est son innocence, son courage, sa ténacité et sa loyauté. Malgré tous les divers incidents qui survenaient à la plantation, elle a toujours essayé de faire au mieux. De plus, elle démontre bien que les distinctions raciales au final ne sont que des constructions sociales. Certes, nous sommes différents physiquement mais cela s’arrête là. La couleur de peau de quelqu’un ne détermine en rien (ou en tout cas ne devrait pas déterminer) sa valeur humaine.

Un enfant à qui l’on n’apprend pas à se sentir différent/supérieur des personnes de couleur de peau différente (ou même toute autre différence, de confession religieuse, de culture), ne le fera pas. Lavinia a grandi avec des Noirs (qui d’ailleurs l’appelait affectueusement Abinia) et en dépit de ce que pouvaient lui dire non seulement ces derniers (pour leur sécurité) mais aussi ses confrères Blancs, elle ne se plia pas ni les laissa tomber.

Ensuite, vient Mama Mae. Ce fut pour moi LA figure de l’amour maternel inconditionnel. Toujours là à l’écoute de ses enfants, prête à se sacrifier pour eux, même pour la petite Lavinia qui non seulement n’est pas sa fille mais aussi est de couleur de peau différente avec tout ce que cela implique au vu des codes de conduite entre Blancs et Noirs de l’époque. On la retrouve en train de consoler Lavinia à travers ces quelques lignes: « – Abinia, reprit-elle, essayent de m’immobiliser, dis à mama pourquoi tu te balances comme ça – Elle me prit par le menton, me forçant à croiser son regard – Parle à mama. Abinia, tu dois parler. T’en va pas comme ça. Parle à mama. Dis-lui ce qui va pas. (…) J’essayai de la repousser, j’avais besoin de me mouvoir ainsi pour apaiser ma douleur, mais mama me prit sur ses genoux. Elle me serra contre sa forte poitrine et commença à me bercer doucement pour me calmer. – Mama va faire sortir cette douleur. » p. 48

Pour ce qui est de Belle, comme je le disais plus haut, ses interventions dans l’histoire sont certes brèves mais nécessaires. Elle m’a laissé une certaine impression de femme « capricieuse » en amour à certains moments mais elle mérite d’être citée tout autant que les autres étant donné qu’elle a été victime de viol qui par la suite a abouti à la naissance d’un enfant. Enfant qu’elle a gardé et chéri de tout son cœur sans jamais pouvoir dénoncer l’auteur de ce viol.

La problématique du viol est complexe autant à l’époque qu’aujourd’hui. Ce qui est récurrent dans l’histoire, c’est le fait que les victimes s’en accommodaient et continuaient à faire leur vie comme si de rien n’était. Surtout les victimes Noires en raison de leur statut d’esclave/de domestique. Elles n’osaient pas dénoncer l’auteur de cet acte horrible. Ce qui pour moi est inacceptable. Aujourd’hui, les choses semblent avoir bougé mais il n’en demeure pas moins que certaines femmes (beaucoup même je dirai) non seulement ne se font pas entendre mais pire se font culpabiliser par la société dans laquelle nous vivons et n’osent pas en parler. Le viol n’est en aucun cas la faute de la victime. Personne ne mérite cela. C’est dommage que certains à ce jour pensent encore le contraire.

De façon générale, je tiens à mettre l’accent sur le courage et la force de toutes les femmes Noires du roman qui ont eu à endurer des choses déshumanisantes, qui n’étaient considérées que comme des objets, victimes autant de violences physiques que d’abus sexuels. D’autant plus que celles-ci ont toujours continué à soutenir et protéger leurs hommes (époux comme fils) autant que possible devant les situations d’injustice dont ils faisaient régulièrement les frais.

Pour finir, je peux citer Meg, amie de Lavinia mais aussi cousine de son époux, passionnée de botanique, qui certes n’a été présente que par moments mais que l’on peut saluer étant donné son inflexibilité face à sa mère qui estime que passé un certain âge (ici 15-16 ans), les études ne sont plus pour les filles mais que celles-ci devraient songer à se marier et fonder une famille. Heureusement que nous n’en sommes plus là aujourd’hui 🙂

En somme, ce fut une agréable lecture avec des personnages féminins plein de caractère et de vie. Le récit nous emporte avec lui. De nombreuses émotions sont au rendez-vous: de la joie, de la peine, de la colère, de la frustration. Pour finir, dernier extrait: « Nous regardâmes en silence le haut de la colline et le chêne qui s’y dressait toujours, mais heureusement, Moses, le fils aîné de Beattie, nous rejoignit, nous délivrant de nos sombres pensées. Peu après, Beattie et ses deux autres enfants arrivèrent en courant pour me saluer. Notre étreinte fut aussi sincère que notre amitié d’enfance » p. 519

Voilà, cet article est terminé. J’espère qu’il vous a plu et qu’il aura suffisamment piqué votre curiosité pour que vous alliez le lire même s’il s’agit d’une fiction (pas totalement mais je n’en dis pas plus 😉 cf. note de l’auteure à la fin du livre). Pour l’acheter, c’est par ici et pour ceux à Lomé, c’est une redite mais cherchez du côté de la librairie Bon Pasteur ou de la librairie Star si vous ne pouvez passer commande sur Amazon.

Sur ce, je vous dis à bientôt pour un nouvel article qui arrivera plus vite parce que ce sont les vacances et pour les mois de juillet et août, il y aura deux articles à chaque fois au lieu d’un, histoire de bien occuper votre été 🙂 . Portez vous bien d’ici là. Bisous.

3 réflexions sur “« Jacob, emmène-la. Donne-la à Belle. Elle l’aidera à la cuisine » – La Colline aux Esclaves de Kathleen Grissom

  1. Folowa dit :

    Voilà un ouvrage que je lirai à coup sûr dès qu’il m’en sera donné l’occasion.
    En effet, la couverture est très belle.
    Lavinia était-elle considérée comme une esclave aussi?
    La trame de l’histoire est particulière et peut inspirer de grandes émotions et réflexions, c’est pourquoi j’ai hâte de le lire.

    Aimé par 1 personne

    • Annielom dit :

      Hello Folowa! Je te le conseille, je n’ai pas pu le lâcher avant de l’avoir terminé. La trame est particulière en effet et riche en émotions 😃 Pour le statut de Lavinia, petite, elle a été confiée aux Noirs domestiques de la grande maison (par opposition aux Noirs des champs), donc elle était plus considérée comme une domestique presque au même titre que ceux qui l’ont élevé. Après en grandissant, elle a dû laisser sa « famille » pour rentrer dans la « société » vu sa couleur de peau 🙂

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