Esclaves – Kangni Alem

Le livre et l’auteur

Royaume du Danhomé, XIXe siècle. Alors qu’il menait une existence en accord avec sa fonction de maître du rituel des dieux Héviesso et Sakpatè, un homme à l’identité encore inconnue se retrouvera involontairement impliqué dans un complot contre le roi de l’époque aux idées anti-esclavagistes. Alors qu’il tente d’échapper aux Amazones obéissant au nouveau roi auto-proclamé, il tombe aux mains des négriers et est déporté vers le Brésil. Rebaptisé Miguel, son ancienne identité effacée, il découvre le dur quotidien de ses frères retenus en esclavage de l’autre côté de l’Océan. Jusqu’à ce qu’il ne rencontre Sule, un esclave demi-affranchi avec qui il connaitra les premiers pas vers la libération à travers la révolte qui secouera Bahia dans les années 1830…

Éditions : JC Lattès

Pages : 260 pages (version numérique Kindle)

Kangni Alem, de son nom complet Kangni Alemdjrodo, est un homme de lettres né à Lomé en 1966. Il est titulaire de plusieurs diplômes dont une Licence en lettres modernes, une Licence en communication et études Théâtrales et un doctorat de littératures française, francophones et comparée obtenus entre l’actuelle Université de Lomé et l’Université de Bordeaux III.

Auteur de plusieurs œuvres, il a été également récompensé par de nombreux prix dont le Prix Tchicaya U’Tamsi du Concours Théâtral Interafricain pour sa pièce Chemins de Croix, le Grand Prix d’Afrique Noire pour Coca Cola Jazz (que j’ai hâte de lire) puis le 3e prix du Prix Littéraire Williams Sassine. Ayant enseigné le théâtre et la littérature comparée dans plusieurs villes, Kangni Alem est aujourd’hui membre du Conseil Permanent de la Francophonie et Maître de Conférences de Littérature comparée et de Théâtre à l’Université de Lomé.

Esclaves a été publié en 2009. (Sources : Wikipédia et Babelio).

Mon ressenti

Captivant. Le récit est écrit de façon incisive, franche sans détours et l’on est directement plongé dans le bain avec le premier chapitre qui installe un mystère que l’on ne comprendra que plusieurs pages plus tard. La construction de l’histoire se fait en 20 « chapitres » répartis globalement en deux parties, illustrant la vie de Miguel (on va l’appeler comme ça) avant et après sa déportation.

Lire ce livre était pour moi une sorte d’objectif personnel à atteindre dans la mesure où jusqu’à ce que je ne le lise, je n’avais lu que des Auteurs Africains non Togolais et je souhaitais vivement en lire un. Je fus donc particulièrement ravie de tomber sur celui-ci et ai d’autant plus apprécié ma lecture compte tenu de certains éléments écrits dans ma langue natale, qui n’est autre que l’Ewé (dite Gbe) dans le récit.

En ce qui concerne les personnages, l’on suit essentiellement le prêtre Vodoun, rebaptisé Miguel après sa capture, qui victime des manigances du neveu du Roi, vivra la double peine liée à la perte de ses femmes et de ses enfants, mais aussi à la perte de sa liberté lorsqu’il sera embarqué comme un vulgaire paquet sur un bateau négrier. Une fois débarqué au Brésil (quelque part, par erreur), il sera recueilli par Sule, un esclave Haoussa « demi-affranchi » qui le remettra sur pied et l’initiera à la foi Musulmane. A ses côtés, Miguel apprendra à lire et à écrire à la fois l’Arabe et le Portugais, une arme puissante dans la préparation d’une révolte pour l’affranchissement des esclaves dont il fait partie.

De son vécu, je retiens surtout cette volonté de demeurer le plus possible fidèle à ses coutumes, mais aussi la capacité à s’adapter à un nouvel environnement hostile tout en cherchant comment s’en échapper. Par ailleurs, avec son histoire, l’on se rend compte de ce que cela peut être de littéralement perdre son nom. Le patronyme de quelqu’un, peu importe où l’on se situe sur cette planète fait partie intégrante de son héritage et permet lorsque l’on cherche, de remonter à ses origines. C’est l’histoire personnelle d’un individu dont on le prive lorsqu’on l’oblige à prendre un autre nom. Ce fut le mal dont fut victime de nombreux Noirs déportés vers l’Amérique ou les îles caribéennes lors du commerce triangulaire, rendant difficile aujourd’hui un voyage retour vers leurs origines.

De plus, avec l’histoire de Miguel, j’ai pu prendre connaissance de l’une des premières révoltes d’esclaves dans l’histoire de l’affranchissement de ces derniers, qu’est celle de Bahia en 1835, dite révolte des « Malês », terme utilisé pour désigner les esclaves lettrés de religion Musulmane. Même si celle-ci ne fut pas un succès, elle pose les premières pierres de la voie vers la libération des opprimés.

Enfin, Miguel connaitra tout de même le retour sur sa terre natale après vingt-quatre années de séparation et fera partie de ces gens que l’on nommait les « Afro-Brésiliens ». Certains réussiront à s’intégrer dans cette société qui n’a pas arrêté d’évoluer malgré leur absence mais d’autres, se croyant « supérieurs » à leurs frères/sœurs restés sur place, s’isoleront entre eux et deviendront dans certains cas les nouveaux bourreaux de la côte…

Pour conclure, même s’il s’agit d’un énième récit sur l’esclavage, l’œuvre de Kangni Alem est une réelle pépite d’histoire de la région du Golf de Guinée. Pour ceux issus de cette région comme moi, certains noms, certaines références ne manqueront pas de vous faire sourire. L’on retrouve par exemple le nom du premier président du Togo, Olympio ou encore le nom Wood, nom d’une famille anglaise dont la maison servait de point de chute avant l’embarquement des esclaves et qui aujourd’hui est un site touristique au Togo, nommée « Maison des Esclaves ». Il ne manque pas non plus de parler des Amazones du Danhomé, ces guerrières, garde personnelle du Roi, qui pour ma part m’ont un peu choqué et déçu dans ce récit. Enfin, rien que d’utiliser un prêtre Vodoun comme personnage principal constitue pour moi une réelle mise en lumière de cette religion avec ses lois, trop souvent décriée par les Africains eux-mêmes, en partie à cause de siècles de lavage de cerveaux effectués par les oppresseurs.

En somme, je recommande. Pour ceux n’ayant pas l’habitude, certains passages pourront être difficiles à lire compte tenu de l’écriture mêlant plusieurs consonnes (kp, gb, ect.). Mais cela n’handicape pas la lecture dans la mesure où la traduction n’est pas bien loin derrière. Pour ma part, je pense le relire dès que possible. Il est disponible ici.

Voilà, cet article se termine ici.

A bientôt pour une nouvelle publication. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.

Bisous.

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