Le meilleur coiffeur de Harare – Tendai Huchu

Le livre et l’auteur

Alors qu’elle règne en maitresse incontestée sur le salon de coiffure de sa responsable Me Khumalo, Vimbai voit arriver un drôle jeune homme du nom de Dumi qui lui ravit la première place auprès de ses clientes même les plus fidèles. Passés les moments de tension, Vimbai finira par s’attacher à ce dernier avant de tomber de haut lorsqu’elle découvre ses secrets les plus intimes…

Dans une ambiance zimbabwéenne minée par la corruption et des conditions de vie difficiles, l’auteur nous embarque dans une histoire au ton comique, grinçant tout en mettant en avant un phénomène de société encore tabou dans le pays.

Éditions : Zoé poche

Pages : 304

Tendai Huchu est né à Bindura au Zimbabwe en septembre 1982. Le Meilleur coiffeur de Harare est son premier roman, paru en 2010, traduit en 4 langues. Acclamé par la critique, il a été nommé pour le Caine Prize en 2014. Aujourd’hui, Tendai Huchu est podologue et vit à Edimbourg en Ecosse. (Sources : Wikipedia, Babelio, editions Zoé).

Mon ressenti

Déception. C’était plutôt bien parti, d’autant plus que j’avais lu un extrait du récit en version numérique sur Kindle et que j’avais bien aimé la narration à la première personne faite par Vimbai. L’histoire est construite en 40 chapitres et nous n’avons que le point de vue de Vimbai du début à la fin. Vu que c’est elle qui raconte, le langage est plutôt accessible et l’on plonge assez rapidement dans son vécu. Pour être honnête, j’avais été spoilée sur Instagram sur la nature du secret de Dumi et surtout sur comment le récit avait tourné mais je me suis dit que j’allais lui donner une chance et me faire mon propre avis. Avis qui a finalement rejoint celui de Dyna (@miss_voltan sur Instagram, blog : une plume passionnée), qui n’avait pas mâché ses mots dans la publication où elle en parlait sur son feed.

Avant d’en dire un peu plus sur la cause de ma déception, il faut quand même souligner ce qu’il y a eu de positif dans ma lecture. En effet, en tant que premier livre écrit par un auteur Zimbabwéen sur son pays que j’ai eu l’occasion de lire, j’ai pu avoir un aperçu de ce qu’est la vie au Zimbabwe, ancienne colonie Britannique (ex-Rhodésie), ayant basculé dans la dictature avec Robert Mugabe au pouvoir pendant plusieurs années. Le taux de chômage était à son comble et nombreux sont les jeunes qui dans cette dynamique, essaient de s’en sortir au quotidien. La corruption politique et l’inflation économique n’arrangeaient certainement pas la situation.

Vimbai, jeune femme de 25 ans, mère d’une petite fille fait également partie de cette jeunesse Zimbabwéenne qui trime au quotidien pour tenter d’assurer un avenir correct à sa progéniture. Bien que l’ayant trouvé un peu dure voire « mauvaise » par moments vis-à-vis de ses « collègues » (notamment la fille de sa patronne puis Dumi à son arrivée), doublé d’un sale caractère lorsqu’il s’agissait de sa domestique ; j’ai fini par avoir un peu de sympathie envers celle qui en tant que mère célibataire, faisait de son mieux au quotidien. Néanmoins, cette sympathie sera de courte durée puisqu’après plusieurs semaines passées à côtoyer Dumi et sa famille, ne recevant pas la réponse souhaitée à ses sentiments, Vimbai ira fourrer son nez dans des affaires qui allaient au-delà de sa personne, avec des conséquences dramatiques, comportement que j’ai trouvé fort répréhensible.

DumiDumisani de son prénom complet – quant à lui reflétait un peu l’image du garçon de bonne famille, doué, talentueux mais chez qui on sent une certaine sensibilité, une part de mystère difficile à nommer au départ. Bien qu’issu d’un milieu aisé, il s’est retrouvé un peu « à la rue » et a été recueilli par Vimbai à qui il a toujours témoigné beaucoup de respect et de considération jusqu’à la présenter à sa famille en tant que sa fiancée. Malheureusement, celle-ci découvrira que le tout n’était que supercherie et que si ce dernier avait été mis de côté par sa famille, eh bien c’est tout simplement parce qu’il était homosexuel, situation plus qu’intolérable au Zimbabwe où l’homosexualité est un crime. Ainsi fut levé le voile sur le fameux secret de Dumi, qui somme toute n’avait pas l’air d’en souffrir tant que cela.

Et c’est justement là que la narration se dégrade. J’ai trouvé que le sujet avait été traité de façon superficielle, avec une certaine précipitation jusqu’au dénouement final. Je veux bien comprendre l’homophobie ambiante du Zimbabwe que l’auteur a tenté de mettre en avant mais c’était tellement… malaisant dans la façon dont cela a été fait que j’ai rapidement survolé les dernières pages du récit. Vimbai, le cœur brisé, se transforme elle-même en bourreau et devient le « cliché » de certaines personnes homophobes qui tentent à coups de prières et de versets Bibliques de condamner le vécu de Dumi. Par ailleurs, le récit n’ayant été raconté que par Vimbai et n’ayant eu que quelques bouts des pensées de Dumi, l’on ne peut effectivement pas se mettre dans la peau d’une personne homosexuelle vivant dans une ambiance pareille. Cela aurait été plus judicieux – selon moi – d’alterner les points de vue afin de s’imprégner un peu plus de son ressenti. Enfin, le secret aurait pu être révélé bien plus tôt, cela aurait évité certaines longueurs au texte.

En conclusion, si cela vous dit, lisez-le mais je ne le recommande pas spécialement. Je n’ai encore rien écrit moi-même et ne suis pas une critique littéraire renommée mais franchement, je trouve qu’il s’agit d’un sujet qui avait du potentiel et qui aurait pu être mieux traité. Mais bon, au moins, l’auteur en a parlé et a pu mettre en avant les diverses problématiques qui grèvent le quotidien des jeunes Zimbabwéens comme beaucoup d’autres sur le continent qui ne souhaitent qu’une chose, aller de l’avant malgré les nombreuses embuches sur leur chemin.

Il est disponible ici.

Je vous dis à bientôt pour un nouvel article.

Bisous.

2 réflexions sur “Le meilleur coiffeur de Harare – Tendai Huchu

  1. J’étais très heureuse à l’idée de lire un auteur zimbabwéen car c’est un pays que je ne connais pas. L’intrigue commençait plutôt bien mais très vite le niveau a décliné, et comme tu l’as dit les clichés sur les homosexuels n’ont rien apporté ni au livre ni à la cause 😔😔😔. Plus je tournais les pages plus j’avais juste hâte de finir.
    Mais félicitations à l’auteur quand même d’avoir abordé un sujet qui lui tenait à cœur, je trouve l’écriture maladroite mais la démarche sincère.

    Aimé par 1 personne

    1. Nous sommes d’accord! J’espère être plus emballée par son futur écrit (si jamais il en produit un qui est traduit en français). Merci en tout cas pour ton passage et ton commentaire 😃

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