Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux – Martha Hall Kelly

Le livre et l’auteur

1939. Caroline Ferriday, ancienne actrice, issue du milieu huppé de New York voit le tumulte s’installer dans son quotidien au Consulat de France alors que l’ombre d’une seconde guerre plane sur l’Europe. Herta Oberheuser, jeune Allemande étudiante en médecine, aspire à devenir l’une des premières femmes chirurgiennes de son époque, au point de se laisser emportée par son ambition sur des chemins où l’éthique est discutable. Enfin, Kasia Kuzmerick, polonaise à peine sortie de l’adolescence, animée par un fort sentiment de patriotisme, se refuse à voir son pays envahi par l’Allemagne et tente à tout prix de participer à la résistance, au prix de sa vie.

Ces trois femmes, que rien ne semblait lier nous mèneront sur l’histoire d’une des horreurs de cette époque sombre de l’histoire de l’Europe, celle de Ravensbrück, camp de concentration féminin où parfois mourir, semblait être la seule issue vers la délivrance.

Éditions : Pocket

Pages : 664

Martha Hall Kelly est une romancière Américaine née à Milton dans le Massachusetts. Diplômée en journalisme, elle a travaillé pendant de nombreuses années comme conceptrice-rédactrice en agences de publicité avant la parution en 2016 de son premier roman Le Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux (Lilac Girls en VO), inspiré de faits réels et qui deviendra dès sa sortie un best-seller du New York Times. En 2018, parait sa seconde œuvre, préquel de la première, intitulé Un parfum de rose et d’oubli (Lost Roses en VO).

Aujourd’hui Martha Hall Kelly vit entre le Connecticut et New York et a trois enfants. (Source : Babelio)

Mon ressenti

Un très bon moment de lecture. Il s’agit de ce genre de roman historique inspiré de faits réels que j’apprécie tant. Des destins mêlés, plusieurs voix qui se croisent, le tout sur un fond d’histoire vraie, bref tout ce que j’aime. L’auteur a choisi de faire une narration alternée au fil des pages avec 47 chapitres au total où l’on plonge de façon alternée dans l’histoire de Caroline, d’Herta et de Kasia. Le rythme est prenant dès le départ et l’on a du mal à lâcher une fois qu’on est dedans.

En ce qui concerne maintenant le fond, il s’agit de l’histoire de l’unique camp de concentration féminin nazi, Ravensbrück, où ont été faites prisonnières de nombreuses femmes dont des Polonaises lorsque Hitler a commencé à envahir l’Europe. Comme on le sait tous, l’époque nazie a été marquée par des emprisonnements arbitraires et des expérimentations « scientifiques » in vivo ayant conduit à la fin de la guerre au fameux procès de Nuremberg où plusieurs condamnations de crimes contre l’humanité ont été prononcées. Ainsi, dans le récit proposé par Martha Hall Kelly, on retrouve Kasia, jeune Polonaise qui finira malheureusement emprisonnée aux côtés de sa sœur, de sa mère et de quelques personnes proches à Ravensbrück après avoir tenté de faire de la résistance contre les Nazis.

Si le cas des Polonaises est si particulier, c’est parce qu’elles ont constitué ce qui était appelé à l’époque « Les Lapins » de Ravensbrück. En effet, certaines expérimentations scientifiques consistaient en d’affreuses interventions sur les jambes de ces dernières (jusqu’à six par jour avec ablation des os, des muscles), leur causant d’horribles mutilations avec pour conséquence une démarche en sautillant à travers le camp, exactement comme des « lapins ». Cette appellation est d’autant plus abjecte qu’il est connu et répandu d’utiliser des petits mammifères lors des expériences en laboratoire tels que les lapins. Ces femmes étaient déjà des « lapins » dans l’esprit de leurs bourreaux avant même qu’elles ne perdent l’usage normal de leurs jambes. Bien sûr, de nombreuses Polonaises sont décédées des suites des ces opérations pratiquées parfois dans l’irrespect total des gestes d’asepsie, ou encore à cause du matériel souillé délibérément introduit dans leurs jambes pour voir ce qu’il en advenait.

Kasia fit donc partie de ces femmes. C’est le seul personnage de l’histoire à n’avoir pas « réellement existé » mais son histoire sert à mettre en lumière ce que nombreuses de ces compatriotes ont subi. En ce qui concerne maintenant le personnage, je l’ai trouvé un peu trop têtue par moments. Sa force de caractère est admirable. Surtout face aux évènements qu’elle traverse. Mais son désir de vengeance, sa rage et sa tristesse liée à la perte d’être chers, la rendront quelques années plus tard, réticente à toute once de bonheur, s’enfermant dans sa souffrance et devenant invivable avec le reste de sa famille. Ce que je trouvais immérité pour sa famille. Elle ne finira par se libérer de ce fardeau qu’à la toute fin.  

Herta, personnage ayant réellement existé, fut pour ma part l’un des personnages les mieux écrits que j’ai pu lire jusqu’à présent. Vous savez, lorsqu’il est dit d’un acteur qui joue un personnage méchant qu’il est bon au point où les gens en viennent à détester la personne même ? Eh bien c’est ce que je pense d’Herta. Les quelques scrupules qu’elle avait à son arrivée à Ravensbrück ont été rapidement balayées par sa « fidélité » au Führer et son envie de servir les plus hauts intérêts de la Nation Allemande. Déjà que son comportement lorsqu’elle était étudiante et voulait à tout prix exercer la médecine, était douteux (comprendront ceux qui le liront), alors là, je pense avoir rarement été aussi ahurie par le manque d’humanité et l’absence d’éthique de la part de quelqu’un qui est censé venir en aide aux autres dans sa pratique. Elle n’aura que la fin qu’elle mérite.

Enfin, Caroline, second personnage ayant réellement existé, ancienne actrice, issue de la bourgeoisie New Yorkaise, reconvertie en employée du Consulat de France, à l’âme généreuse et désintéressée s’attirera votre sympathie par son grand cœur et par sa capacité à demeurer digne et calme devant les piques que pouvaient lui lancer les vipères de son milieu (le vécu difficile de la mort de son père, leurs moyens financiers moins importants qu’à une époque, sa condition de femme célibataire sans enfants à un certain âge). Fortement attachée à la France via ses actions en faveur des orphelins Français, elle fera la connaissance des Lapins de Ravensbrück via une association de résistance fondée par d’anciennes prisonnières Françaises. Une fois leur histoire connue, elle se battra pour la faire connaitre aux États-Unis et fera venir certaines de ces jeunes femmes Polonaises afin qu’elles puissent recevoir des soins médicaux adaptés à leur état. Pour une fois, celles qui n’avaient connu que l’horreur pourront enfin voir qu’il existait encore un peu d’humanité et de générosité dans ce monde.

Le seul point faible de l’ensemble du récit que j’aurai à déplorer est la romance entre Caroline et Paul Rodierre, un supposé acteur Français, marié, que j’ai trouvé inutile. Non seulement c’est de la pure fiction rajoutée par l’auteure, mais en plus c’est un amour impossible auquel on croit, puis on n’y croit plus et cela devient lassant à la longue. En dehors de ce point « négatif », je ne peux que vous le recommander. La lecture peut être dure à certains moments, surtout lors de la description du vécu des prisonnières de Ravensbrück (les âmes sensibles, préparez vos mouchoirs) mais paradoxalement, c’est ce qui accroche. Puis il faut saluer le travail de recherche de l’auteure, qu’elle détaille en plus dans ses notes à la fin du récit.

Il est disponible ici. On se retrouve bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.

Bisous.

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