La Rivière de Vie – Ngugi Wa Thiong’o

Le livre et l’auteur

Alors qu’une rivalité historique opposait déjà les communautés Kikuyu (Kenya) de Kameno et Makuyu, au Pays des Collines, l’arrivée de la colonisation et de sa mission évangélique viendra porter un coup final au fragile équilibre existant entre elles. D’un côté les habitants de Kameno militaient pour la préservation de leurs coutumes et traditions dont la circoncision et l’excision. De l’autre, ceux de Makuyu voyaient en ces pratiques l’œuvre du diable et souhaitaient le plus possible y mettre fin. Waiyaiki, fils de Chege, l’un des « Anciens » de Kameno, à peine sorti de l’adolescence, se voit désigné comme étant le potentiel « sauveur » du Peuple des collines. Mais pour cela, il doit emprunter la voie de l’éducation du colon. Muthoni, quant à elle, chrétienne, fille de Joshua, un néo-converti souhaite tout de même subir le rite de l’excision afin d’être une « vraie femme ». L’histoire de ces deux jeunes, bien que leur rencontre fût brève, crèvera l’abcès entre les deux communautés.

Éditions : Présence Africaine

Pages : 282

Ngugi Wa Thiong’o est un écrivain Kényan de langue Kikuyu et Anglaise née près de Nairobi en janvier 1938. Après des études primaires et secondaires dans son pays natal, il se rend en Ouganda pour ses études supérieures. Très tôt il montrera son opposition au régime politique alors en place au Kenya. Écrivain, journaliste, enseignant, il passera quelques années entre le Royaume Uni, le Kenya et l’Ouganda. Ses écrits lui vaudront un an d’emprisonnement à partir de décembre 1977. A sa sortie de prison, il s’exile en Europe puis aux États-Unis et passera 22 ans en exil. C’est à cette époque qu’il décide d’écrire ces romans uniquement en langue Kikuyu, avec la parution de son œuvre Décoloniser l’esprit (1986).

Il a été récompensé par de nombreux prix et est aujourd’hui professeur et directeur de l’International Center for Writing & Translation à l’Université de Californie à Irvine. La Rivière de Vie, paru en 1965, est l’une de ses œuvres les plus connues aux côtés de Et le blé jaillira et Pétales de sang. (Sources: Wikipedia et Babelio).

Mon ressenti

Mitigée. Vraiment. Le récit comporte vingt-six chapitres et la narration se fait à la 3e personne. L’on suit essentiellement Waiyaki, vivant à Kameno, la colline où les traditions sont encore maintenues, de son adolescence jusqu’à l’âge adulte. Autour de lui, gravitent les autres personnages comme Kamau et Kinuthia, deux « amis » d’enfance (même si Kamau se révèlera jaloux de Waiyaki au point de préparer sa chute), ses parents dont Chege, son père connu initialement pour avoir prévenu de l’arrivée potentielle des colons ; et enfin Muthoni et Nyambura, filles de Joshua, néo-converti et ancien ami de Chege, ces trois derniers vivant à Makuyu, la colline des « convertis » (je vais l’appeler comme cela).

En ce qui concerne maintenant le fond et les personnages, comme dit plus haut dans le résumé, l’auteur traite essentiellement de ce que j’ai déjà eu à mentionner dans d’autres articles sous l’expression « conflit de cultures » entre les locaux et les colons arrivant avec leur bagage missionnaire, éducatif et convertissant tous ceux qui le voulaient bien à coups de mépris et de condescendance vis-à-vis des pratiques locales. Ainsi, en la personne de Waiyaki, on voit naitre le conflit interne qui est inévitable lorsque l’on souhaite demeurer fidèle à ses traditions mais qu’en même temps l’on emprunte la voie de l’éducation apportée par les envahisseurs. Cette tension interne sera d’assez courte durée chez le jeune Waiyaki, qui après avoir goûté à l’immensité de la connaissance apportée par les Étrangers ne finira que par jurer par l’Éducation comme moyen de faire avancer sa communauté, au point de commencer à susciter la méfiance des Anciens qui finiront par le taxer de traitre.

Malheureusement, nombreux sont ceux aujourd’hui qui pourraient se retrouver dans le vécu de Waiyaki. Des personnes comme moi, nées dans des Pays d’Afrique Noire ou d’Asie, qui ont dû quitter leur terre natale pour poursuivre leur formation dans des Pays autrefois colonisateurs. Et qui aujourd’hui possèdent une sorte de double culture parfois difficile à vivre surtout lorsque l’on retourne chez soi. L’on peut être perçu comme déraciné au bout d’un certain temps (ce qui en soi peut s’avérer juste si cela fait plusieurs années que l’on n’est pas allé chez soi et que l’on ne côtoie personne de sa communauté natale dans son pays adoptif). Cela étant dit, il me semble nécessaire de mentionner que ce n’est pas parce que certaines pratiques sont dites « traditionnelles » qu’il faudrait les perpétuer. Et dans ce récit où il est question d’excision, je tiens à dire que même si cette pratique se poursuit encore dans certains Pays d’Afrique Noire, je suis totalement contre et suis bien contente de voir que la situation progresse lentement mais sûrement.

Une fois que le gros du sujet est évoqué, l’histoire se laisse finalement lire sans forcément transporter le lecteur. D’ailleurs, la quatrième de couverture nous vend une histoire d’amour impossible entre Waiyaki et Muthoni, qui finalement tient à peine la route selon moi, dans la mesure où leurs échanges sont très limités et Muthoni ne joue qu’un rôle bref dans l’histoire. L’on suivra plus sa sœur Nyambura, qui malgré son désaccord par rapport au projet de sa sœur, lui sera d’un soutien indéfectible. Par ailleurs, il y a peu de discours et les échanges m’ont semblé surfaits. Enfin, l’histoire se termine d’une drôle de façon selon moi, laissant le lecteur un peu confus. En dehors de l’excision, de la circoncision, quelques fois la mention de leur cosmogonie et ce qu’ils appellent la « seconde naissance », l’on apprend assez peu de choses sur la culture Kikuyu.

En somme, ce ne fut pas transcendant comme lecture. Il se laisse lire mais sans plus. J’espère trouver bientôt une autre œuvre de Ngugi Wa Thiong’o afin de pleinement apprécier sa plume et son œuvre littéraire. En attendant, celui-ci est disponible ici. Pour ceux qui l’auraient déjà lu, n’hésitez pas à partager votre ressenti.

On se retrouve bientôt pour un nouvel article. Prenez soin de vous.

Bisous.

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