Le mariage de plaisir – Tahar Ben Jelloun

Le livre et l’auteur

Une fois par an, Amir, commerçant prospère de Fès se rend au Sénégal pour refaire ses provisions. Fervent croyant et homme pieux ne souhaitant pas fréquenter des prostituées durant son séjour sur place, il contracte ce qui est autorisé dans l’Islam sous le nom de mariage de plaisir, un mariage à durée déterminée avec Nabou, une Peule de Dakar. Cependant, au fur et à mesure qu’il côtoie Nabou, la passion première cède progressivement la place à un véritable amour qui le pousse à la prendre pour seconde épouse et à la ramener dans son foyer. Commence ainsi pour eux et leurs descendants une longue histoire marquée par le racisme et le rejet vis-à-vis des Noirs régnant au Maghreb.

Éditions : Folio

Pages : 269

Tahar Ben Jelloun est un écrivain, poète et peintre franco-marocain né en 1947 à Fès (Maroc). Après des études primaires, secondaires et un début d’études supérieures en philosophie au Maroc, il s’envole pour Paris en 1971 pour poursuivre ses études en Psychologie.

En 1985, il publie le roman L’enfant de sable qui lui vaut un grand succès mais moindre que celui de la suite, intitulé La Nuit sacrée, paru en 1987 pour lequel il reçoit le Prix Goncourt, devenant le premier auteur Marocain à obtenir cette distinction. Il est élu membre de l’Académie Goncourt en 2008.

Le mariage de plaisir est publié en 2016.

Tahar Ben Jelloun vit aujourd’hui à Tanger et ses œuvres font partie des œuvres francophones les plus traduites dans le monde. (Sources : Wikipédia et Babelio).

Mon ressenti

A la fois surprise et non. Le récit démarre tel un conte avec un certain Goha qui se propose de nous relater l’histoire d’Amir et de Nabou, qui se déroule à une certaine époque à Fès. L’écriture est donc faite à la 3e personne et tient en 8 chapitres. A travers ces 8 chapitres, on suit d’abord Amir et Nabou puis leurs descendants sur deux générations. Le ton au départ me paraissait un peu trop insouciant puis à peu près à la moitié de l’histoire, les choses deviennent sérieuses et l’ambiance se refroidit. En effet, après avoir pris Nabou comme seconde épouse (et s’être attiré par la même occasion les foudres de sa 1ère femme), Amir aura avec elle des jumeaux, Hassan et Houcine, qui auront la particularité l’un d’être Blanc, l’autre d’être Noir. Bien sûr, Houcine, le frère Blanc n’aura aucun mal à se faire une place dans la société Marocaine de Fès mais Hassan, son frère jumeau fera la douloureuse expérience du racisme ambiant du Maghreb et cette sorte de « malédiction » poursuivra sa descendance, en la personne de Salim, le fils qu’il a eu au cours d’une brève histoire de jeunesse.

Je disais donc que j’avais été surprise et non à la fois par ma lecture. Surprise dans la mesure où à certains moments, l’auteur abordait des thématiques sexuelles sans langue de bois (avec parfois des descriptions un peu osées sans tomber dans la pornographie), ce qui m’a intrigué venant de la part d’un auteur lu dans la communauté Maghrébine où l’on sait que le sexe est une question un peu taboue. Cela dit, c’était peut-être aussi une façon de dénoncer l’hypocrisie qui peut régner dans cette communauté où il est attendu un certain comportement « décent » des femmes mais où leurs hommes sont bien contents d’avoir des femmes expérimentées (libérées) comme Nabou qui ne se gênait pas pour satisfaire au possible son homme.

Passés ces premiers moments de surprise qui somme toute coïncidaient avec les débuts de l’histoire où tout semblait simple et facile, je fus moins surprise par la tournure des événements une fois Nabou et Amir retournés à Fès ensemble en tant que couple marié. Le mariage n’empêchera pas les manifestations racistes envers Nabou et encore moins envers ses enfants lorsqu’ils viendront au monde. Bien que situés en Afrique, les Marocains ne se sentaient pas du tout proche de leurs voisins sub-sahariens qu’ils appelaient « Africains » comme pour se distinguer d’eux. Les Noirs Africains pour eux ne valaient pas plus que des esclaves.

Hassan n’héritera malheureusement pas de la force de caractère de sa mère et vivra difficilement la différence de traitement entre son frère Houcine et lui. L’auteur achèvera l’histoire de cette branche de la famille par le vécu de Salim, qui après avoir été embarqué de façon injuste dans un groupe de migrants et débarqué au Sénégal, tentera provisoirement de regagner une certaine légitimité dans le pays qui l’a vu naître avant de se décider à franchir la mer pour se rendre en Europe où espérait-il être mieux traité. Ainsi les derniers chapitres de l’histoire furent assez violents et parfois difficiles à lire (la traversée du désert, les rêves envolés), le tout avec une fin plutôt tragique. La souffrance de Salim lié au rejet qu’il vivait dans son pays natal vous prend aux tripes et ne vous lâche pas.

Cela dit, dans tout ce climat de tension et douleur, il y avait Karim, l’un des fils d’Amir issu de son premier mariage. Il nous est expliqué dès le départ qu’il s’agit en fait d’un enfant trisomique presque doté de « pouvoirs » dans la mesure où il possède un cœur pur capable de détecter les bonnes âmes et celles un peu plus sombres. Il apporte une touche de légèreté à l’ensemble du tableau et est le seul à avoir accepté d’emblée Nabou.

Pour conclure, ce fut une lecture en demi-teinte. Je trouve que les thématiques sérieuses telles que le racisme, l’immigration clandestine ont mis du temps à être abordées. Une fois qu’elles ont été mises sur le tapis, le récit prend une autre saveur et l’on est immergé dans quelques chose de plus profond et plus poignant. De ce fait, je ne dirai pas qu’il faille absolument le lire mais une fois dedans, on se laisse emporter. Il faut tout de même être prêt à la haine raciale insidieuse que dénonce l’auteur à travers ses lignes. Il est disponible ici.

On se retrouve bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.

Bisous.  

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