Le livre et l’autrice

Tara est née à domicile en 1986 dans l’état d’Idaho, au sein d’un foyer Mormon. A la tête de sa famille, préside son père, intimement convaincu de la corruption des systèmes de l’Etat (écoles comme hôpitaux) et de l’approche de la Fin des Temps, décidée par Dieu, le Créateur. Ainsi, pendant des années, Tara vivra relativement coupée de la réalité de ses contemporains jusqu’à l’âge de seize ans où elle osera poursuivre la découverte de ce monde tant décrié par son père mais dont elle avait eu un aperçu par ci, par-là. Avec une volonté remarquable et une détermination qui forcent le respect, Tara se forgera une identité et un parcours loin de ce à quoi son milieu natal la prédestinait.

Editions : Le livre de poche

Pages : 576

(TW: violences domestiques ; santé mentale)

Tara Westover est une historienne et mémorialiste Américaine. Son autobiographie Une éducation parait pour la première fois en 2018 aux Etats-Unis, puis est traduit en France en 2019. Il remporte un franc succès. Tara Westover a été décorée en 2023 par le président Biden et vit aujourd’hui à Brooklyn (New York). (Sources : Site web de l’autrice, Wikipédia, Babelio).

Mon ressenti

Brillant. Epatant. Bouleversant. Les mots me manquent pour décrire toutes les émotions par lesquelles je suis passée à la lecture des mémoires de cette jeune femme issue d’une famille Mormone, ultra conservatrice et survivaliste.

Le père est ferrailleur, la mère apothicaire et sage-femme formée sur le tas. Ils ne roulaient pas sur l’or mais avaient de quoi manger, se vêtir et un toit au-dessus de leurs têtes. La fratrie était composée de 7 enfants : cinq garçons et deux filles dont Tara (la benjamine par ailleurs).

L’instruction était faite à domicile principalement par la mère avec un apprentissage des mathématiques et de la lecture en se basant sur Les Ecritures (comprenez ici une sorte de Bible). La famille faisait l’essentiel pour vivre en autonomie dans les montagnes (potager, conserves, bois pour se chauffer) et ne descendait dans les plaines que lorsque cela était vraiment nécessaire.

Dit comme cela, il ne parait pas y avoir de problème. Et pourtant. Petit à petit, on découvre que si le confort matériel est assuré par les parents, ces derniers (surtout le père) font preuve non seulement de négligence mais aussi de réelle mise en danger de leurs enfants (déplacements dans une voiture inadaptée pour une famille de 9, sans ceintures de sécurité ; accompagnement du père dans son « champ » de ferraille sans protection appropriée ; refus de faire intervenir des médecins même après des accidents graves).

Par ailleurs, alors qu’ils maintenaient une image de famille unie à l’extérieur, le quotidien était marqué par de la violence domestique, aussi bien conjugale que dans la fratrie avec un déni complet de la part des parents lorsque Tara a essayé d’aborder le sujet. Au nom de la cohésion familiale. Le collectif prime sur l’individuel, même si cela signifie que l’individu doive souffrir en silence jusqu’à sa mort (ou son départ de ce milieu).

Enfin, toute personne qui tente de penser par elle-même, c’est-à-dire qui tente de remettre en cause les principes édictés par le père Westover (issus de la Sagesse Divine dont il est le garant dans la famille), se laisse entraîner par le diable et risque de perdre son âme et son salut lorsque la fin des temps arrivera.

Tara nous invite donc dans l’intimité de cette famille, au gré de ses souvenirs. Elle énonce les faits de la façon la plus objective possible, sans jugement (notamment sur la religion Mormone), en rappelant qu’il s’agit de ses souvenirs et que ces derniers auraient pu être déformés par le temps. Avec une certaine pudeur, elle questionne le comportement de ses parents, de son frère violent mais aussi le sien lorsqu’elle commença à se rendre compte que ses centres d’intérêt mettraient à mal la loyauté envers sa famille et que cela risquait de se terminer par une rupture qui serait douloureuse mais inévitable.

Son parcours nécessitera beaucoup de courage, de résilience mais sera également façonné par l’amour et le soutien que peuvent vous témoigner des personnes qui croient plus en vous que vous-même à certains moments de votre vie. Il est également intéressant de noter à quel point l’instruction et la littérature serviront encore de levier pour se sortir de situations familiales/sociales complexes et tracer sa route lorsque l’opportunité se présente.

« Tout ce pour quoi j’avais travaillé, toutes mes années d’études avaient existé afin que je puisse m’offrir ce privilège : voir et vivre plus de vérité que celles qui m’étaient données par mon père, et me servir de ces vérités-là pour me construire mon propre esprit. Je savais à présent que la faculté de remettre en question des idées, des histoires, des points de vue était au cœur de ce que signifie la création de soi. Si je cédais maintenant, je perdrais davantage qu’une bataille. Je perdrais la maîtrise de mon esprit. C’était le prix qu’on me demandait de payer, je le comprenais à présent. Ce que mon père voulait rejeter loin de moi, ce n’était pas un démon : c’était moi. » p. 520.

A bien des égards, elle m’a fait penser à Safiya Sinclair dans Dire Babylone. Si vous en avez l’occasion, lisez les deux et vous en tirerez vos conclusions. J’ai ressenti beaucoup de compassion et d’empathie pour elle et Tyler, l’un de ses frères qui l’a poussé à s’extraire de ce milieu dysfonctionnel. Son père Gene et son frère Shawn (pseudonymes) m’ont tapé sur le système. Sa mère Faye (pseudonyme également) m’a touché au début puis a fini par rejoindre Gene et Shawn sur le banc des personnes qui méritaient quelques claques pour moi.

Quoi qu’il en soit, vous l’aurez compris, je recommande vivement cette lecture. Malgré des thèmes et des moments difficiles à lire, ce fut un véritable coup de cœur. N’hésitez pas à partager vos retours si vous l’avez déjà lu.

En attendant le prochain article, prenez soin de vous.

Bisous.


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