Le livre et l’autrice

Quatrième de couverture : « Alabama, 1973. Civil Townsend est une jeune infirmière afro-américaine, fraîchement diplômée et embauchée dans un planning familial à Montgomery. Elle est toute dévouée à ses patientes et assure les prescriptions de contraceptifs aux jeunes filles à sa charge.
Lorsqu’elle rencontre Erica et India Williams, treize et onze ans, la vie de Civil va radicalement changer. Car, très vite, elle s’interroge : pourquoi doit-elle leur imposer une contraception alors qu’elles sont si jeunes ? Prise de doutes, Civil commence à enquêter sur les pratiques en place dans le milieu médical de son époque. Au risque de perdre son emploi, elle mettra tout en œuvre pour dévoiler une des politiques les plus innommables des États-Unis. »

Editions : Seuil

Pages : 400 pages

Dolen Perkins-Valdez est une écrivaine et universitaire Américaine née à Memphis et diplômée de Harvard.

Prends ma main (Take my hand en VO) paru en 2022, est son troisième roman et le premier à être traduit en France (sources : Babelio, Wikipédia et site de l’autrice).

Mon ressenti

Intéressant. Mais long à lire sur la fin. L’histoire est racontée par Civil Townsend elle-même, donc à la première personne, avec une alternance entre 2016 et 1973, deux époques différentes de sa vie aussi bien personnelle que professionnelle.

Issue d’une famille Noire plutôt aisée à l’époque (père médecin et mère « artiste »), Civil avait connaissance des conditions de vie difficiles d’autres personnes Noires de son Etat mais que de façon théorique. Jusqu’au jour où elle fut employée par une clinique publique de planning familial. Dans l’exercice de ses fonctions, elle est emmenée à rencontrer les filles Williams, non scolarisées, ayant peu voire pas d’interactions sociales et vivant avec leur grand-mère et leur père dans un taudis. Ainsi très vite, la question de la pertinence d’une contraception sur ces demoiselles – très jeunes d’ailleurs, onze et treize ans – se pose.

Parallèlement à son questionnement éthique, Civil se donnera aussi pour mission de proposer une vie meilleure aux Williams (meilleur logement, accès à l’éducation), quitte à s’attirer les foudres de son entourage professionnel comme personnel. Ainsi, petit à petit, on la voit prendre une place de plus en plus importante dans leur quotidien, au-delà d’être leur simple infirmière, jusqu’à les accompagner devant la justice lorsque celles-ci seront marquées dans leur chair par cette politique de planning familial qui avait commencé comme de simples injections à domicile.

Sans forcément vous dévoiler l’entièreté de l’histoire, il faut noter que le récit de ces deux fillettes (inspiré d’ailleurs de faits réels) permet de mettre en lumière la façon dont les populations les plus défavorisées (le plus souvent les personnes Noires et analphabètes) pouvaient être traitées à l’époque par l’Etat Américain, avec une atteinte à leur intégrité physique en se basant sur des biais racistes et paternalistes ; en faisant preuve de manque d’éthique médicale (absence de recueil de consentement), scientifique (injection d’un produit dont les données ne sont pas claires) et en profitant de leur vulnérabilité intellectuelle.

Et une fois que le mal était fait, il était question maintenant de comment le réparer, de la difficulté à attaquer des instances puissantes et de la représentation des victimes auprès de la justice. Toute leur histoire rappelle comment les corps Noirs étaient perçus, c’est-à-dire juste des « corps » sans âme, émotions, douleurs dont on peut disposer comme on le souhaite sans qu’ils ne puissent s’y opposer ni se défendre en cas de préjudice.

Je n’ai pas vu venir le drame qui allait s’abattre sur Erica et India. J’en ai eu mal pour elles et ai espéré tout au long du reste de ma lecture qu’il y ait un moyen de faire marche arrière mais ce ne fut jamais le cas. Quant à Civil, je suis ambivalente. En effet, ses intentions étaient bonnes et elle a mis tous les moyens à sa disposition pour sortir les Williams de leur misère mais j’ai trouvé qu’à certains moments, elle dépassait le cadre de ses fonctions et faisait presque de l’ingérence dans la vie d’autrui. J’ai d’ailleurs apprécié comment la grand-mère Williams l’a remise à sa place de temps à autre. On peut vouloir aider les gens sans leur retirer leur dignité.

Par ailleurs, puisque c’est elle qui raconte, nous sommes de facto impliqués dans sa vie privée marquée par la relation avec ses parents, la santé mentale de sa mère, ses amours et certaines de ses décisions que j’ai trouvées immatures et égoïstes.

Cela dit, ce fut une lecture intéressante, me permettant de découvrir un autre fait peu glorieux de l’histoire des Etats-Unis mais qui mérite d’être connu. Je vous le recommande donc. Il m’a fait penser à La vie immortelle d’Henrietta Lacks de Rebecca Skloot dont j’ai parlé il y a quelques années maintenant, notamment sur le traitement des corps Noirs par le corps médical Blanc et ses conséquences.

Si vous l’avez déjà lu, n’hésitez pas à partager votre ressenti avec moi.

En attendant le prochain article, je vous dis à bientôt.

Bisous.


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