Le livre et l’autrice
Quatrième de couverture : « Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est une jeune chercheuse en neurologie qui consacre sa vie à ses souris de laboratoire. Mais du jour au lendemain, elle doit accueillir chez elle sa mère, très croyante, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et reste enfermée dans sa chambre. Au fil de souvenirs d’enfance émouvants, Gifty s’interroge sur sa passion pour la science si opposée aux croyances de sa mère et de ses ancêtres. Sublime Royaume raconte les difficultés d’avoir une peau noire en Amérique, et le choc des générations au sein d’une famille issue de l’immigration. »
Editions : Calmann-Lévy
Pages : 374
Yaa Gyasi est une autrice Américaine d’origine Ghanéenne, née au Ghana en 1989 et partie vivre aux Etats-Unis d’Amérique lorsqu’elle avait deux ans pour des raisons familiales.
Au cours d’un été au Ghana pendant sa vingtaine, elle découvre le fort de Cape Coast et l’histoire qui y est liée. C’est ce voyage qui deviendra le point de départ de son roman No Home (VO : Homegoing), paru en 2016, qui lui vaudra une distinction de la part de la National Book Foundation en septembre 2016. Sublime Royaume (VO : Transcendent Kingdom) paraît en 2020.
Yaa Gyasi vit aujourd’hui à Berkeley, en Californie (Sources : Babelio, Wikipedia).
Mon ressenti
Comme plusieurs lecteurs/lectrices, j’ai découvert Yaa Gyasi il y a déjà quelques années avec sa première œuvre No Home (VO : Homegoing), retraçant l’histoire de la traite des Noirs sur plusieurs générations en partant d’un ancêtre commun.
Je me rappelle que j’avais beaucoup apprécié ma lecture mais que j’étais restée sur ma faim face aux nombreux commentaires élogieux dont elle faisait l’objet sur la toile. Ce fut tout le contraire avec Sublime Royaume. J’y suis allée sans grandes attentes et j’en suis ressortie toute bouleversée.
Comme mentionné par la quatrième de couverture, on fait connaissance avec Gifty, jeune femme Américaine d’origine Ghanéenne, presque trentenaire, étudiante en neurosciences à Stanford, qui se retrouve du jour au lendemain à devoir prendre soin de sa mère, atteinte d’un mystérieux mal. C’est alors qu’elle se met à nous dérouler le film de leur famille. De comment celle-ci a commencé avec deux personnes avant de s’étendre à trois, puis quatre avant de finir à nouveau à deux.
Ainsi, avec une narration faite à la première personne, Gifty nous invite à découvrir le thème de l’immigration vers les Etats-Unis et ses répercussions. Entre conditions de vie difficiles (nécessité de cumuler plusieurs emplois par exemple) et le racisme systémique, rien n’est fait pour faciliter la tâche à ceux qui pensaient y trouver un avenir meilleur. Surtout s’ils sont Noirs et qu’ils n’ont connu jusqu’alors qu’un environnement où la couleur de peau n’était pas un sujet.
A travers leur histoire familiale, il est également question de l’attachement qu’une mère peut porter à l’enfant qu’elle a longtemps désiré ; des difficultés à se construire dans la société en l’absence d’un parent mais aussi de santé mentale avec les pathologies comme la dépression ou l’addiction aux opioïdes (sujet d’une crise massive de santé publique aux Etats-Unis par ailleurs).
Enfin, lorsqu’on se penche sur Gifty elle-même, l’autrice nous emmène sur le terrain opposant science et religion ; où Gifty a fini par pencher pour la science, n’ayant pas trouvé suffisamment de réponses pendant les épreuves qu’elle traversait avec la Foi que sa mère s’était efforcé de lui transmettre. Il a d’ailleurs été intéressant de constater comment, a contrario, sa mère s’y est accroché de toutes ses forces lorsque les choses ont commencé à aller mal pour eux. Là encore, l’autrice évoque la thématique des églises Evangéliques en Amérique qui peuvent littéralement endoctriner leurs fidèles avec pour conséquences un enfermement sur soi et un éloignement vis-à-vis de ses proches.
Gifty m’a beaucoup touché. Que ce soit dans sa façon d’évoquer les membres de sa famille ; ou encore ses réflexions sur la Foi, la présence ou l’absence de Dieu, sa volonté à tout bien faire pour qu’Il lui réponde et soigne sa famille brisée jusqu’à la perte totale de cette Foi lors de l’épreuve de trop qui a fait basculer sa famille dans le gouffre. La science lui a permis de trouver un refuge ainsi que des pistes tangibles à la raison de son expérience sur cette Terre.
Etant Chrétienne, pratiquante et médecin, avec mon propre cheminement dans la Foi, je me suis retrouvée dans certains de ces questionnements et ai ressenti beaucoup de compassion pour elle. Par ailleurs, justement parce que je suis médecin, je ne me suis pas sentie « perdue » lors de la description de ses expériences scientifiques, ce qui – il faut le reconnaître – pouvait devenir indigeste pour ceux qui ne s’y connaîtraient pas.
En somme, c’est une lecture que je recommande mais pas forcément à tout le monde. Le rythme est lent, posé et se concentre beaucoup sur l’évocation des souvenirs de Gifty et son temps au laboratoire. Si vous cherchez du dynamisme, passez votre chemin. Si au contraire, vous avez du temps et souhaitez être un minimum dépaysé(e) avec des réflexions intimes et profondes sur les questions d’identité, de famille, d’immigration, de racisme, de Foi ou encore le fonctionnement de notre système nerveux, allez-y.
Quant à moi, je vous dis à bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.
Bisous.

