Le livre et l’autrice
Quatrième de couverture : « Ma mère savait qu’en grandissant, ma cousine briserait tout ce qu’elle toucherait, même les personnes qui l’aimaient. »
Selasi et Akorfa, deux cousines nées le même jour, partagent tout. Pourtant, plus tard, Selasi semble en vouloir de manière inexplicable à celle qu’elle a aimée comme une sœur. Akorfa, de son côté, part aux États-Unis pour réaliser leur rêve, à sa mère et à elle : devenir médecin. Mais tout ne se déroulera pas comme prévu… Akorfa, confrontée au racisme et aux réalités du quotidien d’une fille noire, apprendra à vivre pour elle-même et non plus pour sa famille. Lorsqu’elle doit retourner au Ghana et que son chemin croise celui de Selasi, de nouveaux secrets sont révélés, face auxquels Akorfa devra, elle aussi, se remettre en question. »
Editions : L’aube
Pages : 440
J’ai déjà brièvement évoqué la biographie de l’autrice dans mon article sur Sa seule épouse, son premier roman traduit en Français ; lu il y a plusieurs mois maintenant.
Mon ressenti
Mitigée. En effet, j’ai été moins séduite qu’avec Sa Seule épouse. Je m’explique.
Sur la forme, Peace Adzo Medie nous propose un récit en trois parties (une pour chaque jeune femme avec une dernière partie commune), toujours avec sa plume dynamique, fluide, intégrant des éléments de langue Ewé pour mon plus grand bonheur (pour rappel, je suis de cette ethnie et j’apprécie différemment tout texte mettant en valeur ma culture).
Sur le fond, comme mentionné sur la quatrième de couverture, on fait la connaissance d’Akorfa et Selasi, deux cousines qui auraient pu être sœurs tellement leur lien était fort, qui après de nombreuses années de complicité, connaissent une rupture brutale à l’adolescence.
A travers l’enfance commune qu’elles partageront, Peace Adzo Medie abordera des thèmes importants tels que les dynamiques familiales (par exemple l’ingérence de la belle-famille dans un couple marié ou encore le « devoir » d’aider ses proches lorsqu’on a une situation financière satisfaisante) ; l’ambition (parfois démesurée) d’une mère pour sa progéniture ; les secrets de famille aboutissant à des drames (TW violences sexuelles) ; les inégalités de traitement dans la société Ghanéenne selon la famille dans laquelle on naît ; les répercussions de nos choix sur nos proches et enfin l’émancipation vis-à-vis de la volonté des parents afin de vivre pour soi.
De façon plus spécifique à chaque trajectoire, il est question de la vie dans un pays à majorité Blanche (ici les Etats-Unis) lorsqu’on a grandi dans un pays à majorité Noire avec le racisme systémique qu’on peut y subir (Akorfa) ; la victime qui devient le bourreau (la mère d’Akorfa) ; la perte d’un parent et ses conséquences (Selasi) ; le travail acharné pour s’élever au-dessus de la condition dans laquelle vous avez grandi surtout lorsqu’on est une femme (Selasi) et la corruption des autorités politiques locales à qui tenir tête peut définitivement vous pourrir la vie, d’autant plus si vous avez le malheur d’être une femme (Selasi).
Tout cela est fort intéressant mais j’ai trouvé par exemple que la démarche de raconter certains faits à partir du point de vue chacune, même si cela permet de les appréhender plus en globalité, donnait un côté assez répétitif au texte. Par ailleurs, j’aurais aimé que certains moments de la vie d’Akorfa et Selasi soient plus détaillés mais j’imagine que caser presque quinze ans de vie de part et d’autre dans un récit n’est pas chose aisée.
J’ai eu du mal avec Akorfa et sa famille. Surtout sa mère. Puis Akorfa, elle-même a commencé par me taper sur le système. Ah oui, les pères d’Akorfa et de Selasi n’étaient pas non plus en reste (bon celui d’Akorfa avait quand même un peu plus de mérite que celui de Selasi). En revanche, même si son caractère têtu m’a agacé sur les bords, Selasi m’a un peu plus touché et elle est un exemple de l’art de se relever malgré les coups que la vie peut vous balancer à la figure.
En somme, ce fut intéressant mais j’ai l’impression que l’autrice a voulu trop en faire, ce qui donne une œuvre inégale avec de très bons moments et des moments moins pertinents pour moi. Cela dit, je le recommande quand même pour que tout le monde puisse se faire son idée. Une fois que vous l’aurez lu (ou si c’est déjà le cas), n’hésitez pas à venir partager votre ressenti avec moi.
En attendant, prenez soin de vous et à bientôt.
Bisous.

