« Cher Bon Dieu… Ma chère Celie » – La Couleur Pourpre de Alice Walker

Hello tout le monde!

L’année 2018 en est déjà à son quatrième mois. Le mois où il y a un an, ce blog a vu le jour 🙂 j’espère en tout cas que vous allez bien. « Cher Bon Dieu » et « Ma chère Celie » introduisent bien La Couleur Pourpre qui raconte l’histoire de deux sœurs, sur un mode épistolaire, dans un contexte d’oppression sexuelle et raciale dont sont victimes les femmes noires à l’époque. Je reviendrai dessus plus bas 🙂

Je vous préviens, cet article va être long. Mais j’y aborde un sujet important qui n’est autre que l’éducation des jeunes filles/femmes.

Le livre et l’auteur

Alice Walker est une écrivaine, et militante féministe américaine, avec des origines diverses, née à Eatonton en Géorgie le 9 février 1944. Après avoir entamé ses études à l’Université Spelman, elle les termine et est diplômée de l’Université de Sarah Lawrence en 1956.

Ses écrits vont du roman aux nouvelles en passant par les essais et les poèmes. Elle y met en valeur la lutte des « femmes de couleur » (je n’aime pas cette expression) contre le racisme, le sexisme, la violence et le patriarcat qui font fureur dans la société Américaine. Il s’agit de l’une des figures majeures du militantisme noir des années 1970 au cours desquelles elle a rejoint le fameux Mouvement des droits civiques.

Alice Walker fait également parler d’elle en matière de défense de l’environnement, de protection des animaux et s’est même engagée pour la cause cubaine. Pour finir, elle se proclame ouvertement bisexuelle.

La Couleur Pourpre paru en 1982 deviendra son roman phare pour lequel elle remportera d’ailleurs le Prix Pullitzer de la Fiction (1983) et l’American Book Award. Il sera adapté au cinéma en 1984 par Steven Spielberg et en comédie musicale à Broadway en 2005.

Le livre fait 344 pages et est publié aux éditions Pavillons Poche – Robert Laffont. Comme je le disais plus haut, il est écrit sur un mode épistolaire avec une absence complète de « chapitres » classiques mais plutôt une succession des écrits des deux sœurs dont il est question.

J’en viens donc au contenu: il s’agit de l’histoire de Celie (la sœur aînée) et Nettie, à une époque où ce n’était pas facile d’être Femme et Noire (ci-dessous la quatrième de couverture). Elles ont été séparées à un moment de leur vie et Celie, dans sa vie de tous les jours, écrit au Bon Dieu en pensant que sa petite sœur est décédée (c’est ce qu’on lui a fait croire) pendant que Nettie, missionnaire en Afrique, auprès des Olinkas (un peuple fictif d’Afrique de l’Ouest) persiste à lui écrire en espérant qu’elle recevra ses missives un jour.

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Mon ressenti

Je ne savais pas trop dans quelle catégorie ranger ce livre. C’est un « classique » de la littérature Afro-américaine mais en même temps, les femmes y sont au premier plan. Ainsi j’ai fini par le mettre à la fois dans A’-fro’-mérique et dans Ah, femme. Les lignes à suivre concerneront donc ces deux aspects.

Je vais commencer par le côté « GirlPower » du livre. Du début à la fin, la cause féminine est au premier plan. A travers des thématiques comme le viol, le mariage forcé, la maternité, les violences conjugales, l’accès à l’éducation ou même la sexualité féminine. Tout cela essentiellement à travers le personnage de Celie. Comme bien souvent dans les cas de viol, le coupable fait partie de l’entourage « proche », et bien sûr la victime ne peut révéler l’identité de ce dernier surtout dans une société foncièrement patriarcale, sans passer pour une menteuse ou s’attirer encore plus les foudres du reste de la famille… Triste monde.

Celie traversera beaucoup de choses, comme l’arrêt de l’école à cause de ses grossesses précoces, l’arrachement de ses deux enfants issus des viols, le mariage forcé à un jeune âge, les violences physiques de son mari et le fait à un moment de devoir vivre sous le même toit que la maîtresse de ce dernier, Shug Avery chanteuse, qui s’assume dans sa féminité. Mais paradoxalement, au lieu de vouer de la haine à cette femme, Celie éprouvera plutôt pour elle une certaine admiration qui finira par les rapprocher et les liguer contre le mari en question (même si au début Shug ne lui facilita pas la tâche).

Et c’est aussi grâce à elle que Celie découvrira que son corps n’est pas fait que pour satisfaire un homme mais qu’il faut qu’elle en prenne soin et qu’elle pense à se faire « plaisir ». Notamment en apprenant à découvrir et connaitre le « bouton » entre ses jambes ainsi que ses « nénés ».

Il n’y aucun contenu érotique ni pornographique dans le récit. Le texte est réellement écrit avec ces termes, comme si une amie (ici Shug) expliquait le fonctionnement du corps féminin à son autre amie qui n’a jamais eu l’opportunité d’avoir ce genre de discussion avec sa mère/ses sœurs ou qui n’a jamais suivi des cours de biologie (ce qui est le cas de Celie qui désigne d’ailleurs ses parties intimes par le terme « zizou » comme une petite fille). Encore un autre argument en faveur de l’éducation des filles. En tout cas, c’était une relation totalement inattendue mais qui vous touchera.

Il y eut des moments difficiles comme dans toute relation amicale ou amoureuse mais rien ne ternira l’affection que Celie développera pour Shug surtout que cette dernière n’était pas toujours facile à vivre au quotidien. Celie en entier vous touchera, un peu gauche, mais toujours authentique et bienveillante avec son entourage. Je précise que Shug finira par laisser tomber le mari de Celie au moment où elle se rapprochera de cette dernière 🙂 . Et avant de passer à la suite, shout-out à Sofia, la belle fille de Celie qui ne s’est jamais laissée faire lorsque son mari a essayé de lever la main sur elle.

Enfin le problème de l’accès à l’éducation/l’instruction transparaît déjà à travers le vécu de Celie mais aussi à travers l’histoire de Tashi, une jeune fille du village Olinka dans lequel Nettie était en mission. Les hommes du village voyaient mal le fait qu’elle suive des cours en compagnie des garçons du village ainsi que de la fille des missionnaires qui accompagnaient Nettie. Comme quoi, la place de la femme n’est pas à l’école. Et beaucoup de familles préféraient (préfèrent encore d’ailleurs) scolariser leurs garçons que leurs filles.

C’est un problème toujours d’actualité. Je vais en profiter pour faire un petit aparté dessus. Selon Plan International, aujourd’hui dans le monde, une fille sur cinq est privée d’éducation. Pour plusieurs raisons avec entre autres: le mariage forcé, souvent à un jeune âge, les grossesses précoces, la pauvreté, les violences, le temps consacré aux tâches ménagères, etc.

Rapportée à la population mondiale, c’est énorme comme chiffre. Depuis 2012, le 11 octobre est reconnue officiellement par l’ONU comme la Journée Internationale des filles et il existe à ce jour de nombreuses ONG qui travaillent pour faire progresser les choses. A un niveau international, l’on peut citer: Plan International (Lien: https://www.plan-international.fr/droits-des-filles ), l’UNICEF, ou encore l’UNESCO.

Sur un plan local, notamment en Afrique de l’Ouest, grâce à l’aide de quelques twittos (merci à vous si jamais vous faites un tour par ici) ainsi qu’à mes recherches, j’en ai découvert quelques unes dont je vais vous parler de ce pas.

En premier, au Togo, Les Enfants d’Avédji à Lomé, une ONG qui a pour but de promouvoir le droit à la scolarisation et à la formation des jeunes filles touchées par des grossesses précoces, en mettant à leur disposition une garderie gratuite pour leurs enfants pendant les horaires d’école, afin qu’elles puissent reprendre leur scolarité ou suivre une formation. D’ailleurs, être inscrite dans une structure « scolaire » ou à une formation est un critère pour pouvoir faire garder son enfant. Lien:  https://www.facebook.com/association.avedji/

A noter aussi le projet récent Amazones 3.0 qui vise à former gratuitement les jeunes filles ayant entre 17 et 25 ans pendant 3 mois de façon intense, pratique et précise dans plusieurs domaines de leur choix à savoir les Réseaux Sociaux et Blogging, le Graphisme, le Développement Web.

Malheureusement la deadline pour s’inscrire était le 31 mars (mon article arrive en retard). Mais vous pouvez toujours soutenir le projet financièrement via leur page Facebook:  https://www.facebook.com/Amazones30Camp/

Ensuite au Bénin: l’association EducFilleMère, née du rêve d’une jeune femme Akossiwa DOKPODJO qui voulait construire une école uniquement pour les filles enceintes en milieu scolaire afin de leur éviter les railleries des camarades qui font partie des nombreuses causes d’abandon des cours. Son projet débuté initialement par son blog (www.akossiwadokpodjo.wordpress.com) a pris vie peu avant la fin de ses études et a permis de parrainer une jeune fille-mère, Nadège qui souhaitait devenir infirmière. Je vous mettrai le lien de la vidéo (qui m’a d’ailleurs touchée) de cette première réussite à la fin de l’article 🙂

Toutes mes félicitations à Akossiwa DOKPODJO pour cette réalisation. Si jamais vous passez sur mon blog, je vous souhaite beaucoup de courage et encore plus de réussite dans cette entreprise. Si vous souhaitez parrainer une fille, vous pourrez la contacter par mail akossiwadokpodjo@gmail.com, via twitter @Dakossiwa, @EducFilleMere ou encore via leur page Facebook. Lien:  https://www.facebook.com/EducFilleMere/

C’est tous ensemble que nous y arriverons. Bien sûr, il existe d’autres associations/projets, mais je vous laisse le soin de chercher par vous-mêmes si vous êtes intéressés et cherchez à agir 😉

Je passe maintenant aux éléments de la littérature Afro-américaine de l’époque avec comme d’habitude, les questions raciales autour des Noirs et Blancs, même après l’abolition de l’esclavage. Je vais passer assez vite dessus parce que je ne pense pas vous apprendre grand chose de nouveau.

Les droits des Noirs n’étaient pas encore totalement acquis et il n’était pas envisageable qu’un sujet Noir refuse par exemple d’aller travailler pour un Blanc, surtout si celui-ci est le maire de la ville. La parole du Blanc valait toujours plus et le Noir pouvait prendre cher pour avoir osé « manquer de respect » à ce dernier. Je fais référence ici à Sofia, la belle-fille de Celie (mentionnée un peu plus haut) qui n’a pas son égal pour dire ce qu’elle pense et ne pas se laisser faire.

Par contre, le deuxième élément en rapport avec « l’identité » Afro-américaine du livre est plus intéressant (du moins c’est mon avis). Il s’agit du personnage de Nettie, la sœur de Celie partie en mission en Afrique comme je le disais plus haut.

Comme beaucoup d’Afro-américains de l’époque, elle avait hérité de la vision déformée des Africains du continent, transmis par ses Ancêtres, eux-mêmes tenant ces histoires de leurs maîtres Blancs, comme quoi ils étaient des « sauvages ». Bien sûr, elle fut donc surprise à son arrivée de constater que les gens étaient « civilisés » et vivaient dans des sociétés avec leurs codes, loin de cette image de « sauvagerie » qui était répandue de là où elle venait.

A côté de ça, elle s’interrogeait sur quel comportement avoir face à des gens qu’elle pensait être en partie responsables des déportations massives du passé, des gens qui selon elle, ont préféré l’argent (ou tout simplement le matériel) à la vie de leurs frères/sœurs Africains. Ces arguments font partie de ceux longtemps évoqués par les Afro-américains qui jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça refusaient de se voir affiliés d’une quelconque façon aux Noirs Africains.

Quelque part, c’est compréhensible vu que c’est ce que l’on retrouve dans la plupart des livres d’histoire mais comme d’habitude, l’histoire est écrite par les vainqueurs, et donc à prendre avec des pincettes. Je ne dis pas que nos Ancêtres étaient irréprochables mais personne n’a leur version à eux 🙂

Et enfin, c’était plutôt drôle de lire toutes les comparaisons qu’elles se faisaient entre les Blancs rencontrés avant sa mission (en Angleterre notamment) et les Noirs Africains, ainsi que sur un ton un peu plus ironique, les remarques comme quoi ces derniers n’avaient pas hésité à ramener dans leur pays des richesses qu’ils disaient appartenir à des populations « disparues » ou en « difficultés » comme s’ils n’y avaient jamais été pour rien là-dedans (#Killmonger).

Bref, cet article est déjà assez long comme ça, il faut que je m’arrête, haha. En somme j’ai vraiment apprécié ma lecture. J’avais dévoré le livre en 2 semaines si mes souvenirs sont bons. Une lecture très riche qui aborde différents thèmes.

Pour se procurer le livre, c’est par ici. Ci-dessous, la vidéo du projet EducFilleMère. Prenez soin de vous et à (très) bientôt pour un nouvel article.

Bisous.

3 réflexions sur “« Cher Bon Dieu… Ma chère Celie » – La Couleur Pourpre de Alice Walker

  1. Folowa dit :

    J’ai découvert le film très jeune, à l’âge de 8 ans, et je me rappelle avoir été bouleversée. Peu après, j’ai lu le livre dont je n’ai gardé que peu de souvenirs. Ton article me fait re-découvrir l’histoire un peu autrement et nul doute que je regarderai et lirai à nouveau le film et le livre. Je me rappelle avoir été très touchée par Shug la belle chanteuse qui a fini par être protectrice envers Celie. La boîte aux lettres à laquelle Celie n’avait jamais le droit de toucher. Et les relations terribles entre Noirs et Blancs. À l’âge où j’ai découvert cette œuvre, je n’y connaissais rien à proprement parler mais j’étais bouleversée de ces scènes et je me posais beaucoup de questions.

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