L’intérieur de la Nuit – Léonora Miano

Hello tout le monde! Nous voici au mois de juillet. J’espère que vous avez de beaux plans pour les vacances et je vous laisse avec l’article du jour 🙂

L’histoire

Ayané, originaire du Mboasu, pays imaginaire d’Afrique Centrale, effectue un voyage retour à Eku son village natal afin de se tenir au chevet de sa mère mourante. Etudiante en France en temps normal, elle ne pensait pas s’attarder sur les lieux, déjà parce qu’elle venait d’y perdre sa dernière attache mais aussi parce qu’elle ne s’y était jamais senti acceptée. Mais la journée et surtout la nuit prit une tournure totalement inattendue avec l’envahissement d’Eku par un groupe de miliciens venus du Nord, qui prônaient une réunification des peuples, un retour à une Afrique ancestrale, flamboyante et ceci au prix d’une cérémonie qui marqua autant cette nuit que les esprits.

Léonora Miano nous propose une œuvre forte, glaçante qui ne manquera pas de vous laisser une vive impression.

L’auteur et le livre

Léonora Miano est née le 12 mars 1973 à Douala au Cameroun. Après une enfance et une adolescence au pays, elle s’installe en France à partir de 1991 (où elle vit toujours) pour étudier les Lettres Anglo-Américaines, d’abord à Valenciennes puis à Nanterre. Léonora Miano s’est mise à l’écriture très tôt, déjà à l’âge de huit ans avec de la poésie avant de se lancer dans le roman à l’adolescence. Cependant, elle ne proposera ses textes à des éditeurs que quand elle aura le sentiment de posséder une écriture personnelle.

L’intérieur de la nuit, son premier roman paru en 2005 a été salué par la critique et couronné de succès avec à lui seul six prix dont celui de la Révélation de la Forêt des Livres, le prix Louis Guilloux. Il a même été classé cinquième au palmarès des meilleurs livres de l’année par le magazine LIRE.

Depuis, Léonora Miano a écrit plusieurs ouvrages et a reçu jusqu’à présent neuf prix et distinctions dont le prix Femina en 2013 pour La Saison de l’ombre. Son dernier livre paru en 2017, Marianne et le garçon noir « veut apporter une parole de l’intérieur sur l’expérience des Noirs de sexe masculin dans la France de notre temps, en particulier sur le sol hexagonal. »

L’intérieur de la nuit est publié aux Editions Pocket (vous savez mon amour pour les Editions Pocket), fait 214 pages et est divisé en deux parties. L’essentiel de l’histoire (ou du moins une bonne partie) se passe finalement en une nuit (d’où le titre je suppose) mais je vous promets que vous n’en prenez conscience qu’une fois que les événements sont terminés tellement vous aurez l’impression que le temps s’est arrêté au cours de cette fameuse nuit.

Mon ressenti

Il y a plusieurs choses à évoquer dans ce livre. En premier, la vie qu’ont mené Ayané et sa famille avant qu’elle ne quitte Eku pour poursuivre ses études en France. Vie qui a été sujette à discussion dans tout le village. Tout d’abord, son père Eké était allé chercher épouse dans un autre village (à côté tout de même), ce qui dès le départ avait mis celle-ci sur le banc de touche aux yeux du reste de la communauté. Elle s’appelait Aama et était perçue comme hautaine comme tous ceux venant de son village, Losipotipè, parce que selon les habitants de Eku, du fait de la présence de robinets avec eau courante dans leur commune, ceux-ci se croyaient semblables à des dieux.

Ainsi avant même de venir s’installer à Eku, Aama n’était pas aimée. Puis la façon dont elle fut traitée par son mari ne fit que jeter de l’huile sur le feu. En effet Eké ne voulait pas de seconde épouse et veillait à ce qu’Aama ne manque de rien comme par exemple en installant un abri pour qu’elle puisse y cuisiner ou encore en creusant un puits pour qu’elle n’ait pas à se déplacer à la source commune.

Bien entendu, tout cela enragea encore plus le reste de la communauté qui le vécut comme un affront de la part du couple, comme un mépris à leur égard. Comment cette Aama pouvait-elle venir se pavaner devant eux de cette façon ? Et cet Eké avait-il perdu la tête ? Aama ne tarda d’ailleurs pas à être désignée comme sorcière avec de nombreuses demandes auprès du marabout pour la faire tomber et son mari perdit presque son statut d’homme.

Puis lorsque leur fille Ayané naquit, l’isolement fut le seul cadeau qui lui fut offert. Déjà, c’était quoi ce prénom ? Et bien sûr même si les enfants venaient jouer avec elle de temps en temps, ils ne se cachaient pas pour rapporter ce que leurs parents pensaient et disaient d’elle et de sa famille. Le fait qu’elle fut envoyée à l’école puis à l’étranger après acheva de faire penser aux villageois d’Eku que cette famille venait d’un autre monde. Tout cela finit par exaspérer Ayané qui ne se sentait pas du tout à sa place dans ce village et qui l’a quitté ainsi que ses règles dès qu’elle a pu.

J’ai trouvé les réactions des villageois d’Eku assez injustes. Je comprends les intérêts qu’il y a à supporter l’endogamie ou l’entre soi (base de valeurs communes, cohésion du groupe, un héritage commun à transmettre entre autres) mais je pense aussi qu’un peu de diversité ne fait pas de mal tant que les échanges se font dans le respect. Le monde évolue et je pense qu’on peut tout à fait conserver sa façon de faire tout en acceptant la façon de faire de l’autre, l’essentiel étant de communiquer et de ne pas s’imposer à l’autre. Ainsi, rejeter quelqu’un comme cela sans prendre la peine de le/la connaitre et aller même jusqu’à rejeter un fils de la communauté parce qu’il n’a pas fait comme les autres était assez abusé pour moi.

C’est peut-être une fiction mais cela traduit une réalité toujours présente dans bon nombre de pays dans le monde (notamment dans les Pays d’Afrique). Les différences de classe, les différences ethniques (pour beaucoup) constituent parfois des obstacles infranchissables dans la vie de certaines personnes qui pour rester dans le groupe doivent aller contre ce qu’elles ressentent vraiment ou ont envie de faire. Surtout dans les cas de mariage.

Après, je parle du haut de mon expérience de « la vie moderne », où rien ne m’a été imposée mais je ne suis pas sûre que j’aurais tenu le même discours si j’avais été à la place des « Anciens » d’une communauté qui ont eu le temps de vivre et d’observer le monde autour d’eux. Et même si un échange des cultures dans le respect est souhaitable, généralement dans la réalité c’est difficile et l’une prévaut sur l’autre. C’est un vaste débat et je n’ai pas la prétention ici d’y donner des réponses dans cet article.

Second point, la perception de l’éducation scolaire par les villageois d’Eku. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne servait à rien et cela mettait des tas d’idées dans la tête des jeunes qui développaient un certain sens critique et n’étaient alors plus dociles. L’éducation ouvre les yeux sur beaucoup de choses et il est important de soutenir son accès à tout le monde.

Enfin, les miliciens venus du Nord, animés par le désir de reprendre ce qui est à eux, de reconstruire une Afrique digne de ce nom en éliminant ceux qui ont été gagnés par le mal importé par le Blanc. Tout ceci dans la violence et le sang. C’est bien beau de lutter pour un retour aux sources et faire bouger les choses mais je ne pense pas que la violence soit l’attitude appropriée pour y arriver.

A début, je trouvais qu’ils avaient raison, notamment à ce moment : « Les envahisseurs emportèrent tous nos grands totems, afin de les enfermer dans des musées et de les réduire au silence ! Ils firent croire aux Africains qu’ils ne connaissaient pas Dieu, et qu’Il ne pouvait que les ignorer ! Ils s’employèrent à effacer le nom qu’ils lui donnaient dans leur langue, pour le remplacer par des vocables vides ! Or, celui qui ne peut nommer Dieu dans sa langue peut-il espérer en être entendu ? Le nom de Dieu est une vibration que chaque peuple doit émettre à sa façon ! » p. 95.

Puis les événements ont pris une tournure que j’ai eue du mal à lire. Pas parce que ce n’était plus intéressant mais parce que c’était dur et que la description des faits ne vous laissait aucun répit. Je disais plus haut que je ne pense pas que la violence soit l’attitude la plus appropriée pour résoudre un problème parce que des innocents peuvent être touchés mais parfois il n’y a qu’elle comme solution pour repartir sur des « bases saines » dans des situations où les élites sont corrompues, où le régime au pouvoir laisse le peuple périr dans la misère. L’idée était louable sur le fond mais discutable sur la forme.

Bon, cet article est terminé. C’est un livre qui sous son apparence assez simple aborde des sujets importants comme la diversité ethnique et comment vivre avec. Ou encore des problèmes sociopolitiques sur lesquels je n’ai pas énormément de recul. Ainsi je préfère ne pas trop m’étaler dessus et attendre d’en apprendre un peu plus (quand la médecine me laissera un peu de temps, haha) avant de pouvoir donner de meilleures explications ainsi que des exemples concrets si jamais je lis d’autres œuvres qui y touchent. Je compte bien lire le livre qui suit celui-ci afin de savoir ce que devient Ayané (eh oui, vous resterez sur votre faim à la fin, haha) sans oublier les autres œuvres de Léonora Miano, elle a gagné une lectrice !

Le lien pour se l’acheter, c’est par ici. Je vous souhaite un bon mois de juillet et on se retrouve très bientôt pour un nouvel article. Prenez soin de vous.

Bises.

2 réflexions sur “L’intérieur de la Nuit – Léonora Miano

  1. Manouchka dit :

    Ce que j’aime avec les romans de Leonora Miano, ils sont amenés, en tout cas pour ceux que j’ai eu à lire, comme des fictions au premier abord, mais on retrouve toujours une bonne part de réalité entre les lignes. On fait facilement le rapprochement et c’est ça qui est intéressant.
    En tout cas c’est une auteure que j’aime vraiment beaucoup.
    Et ta revue m’a juste donné envie de lire ce roman!!!
    Bisous!!!

    Aimé par 1 personne

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