Pluie et vent sur Télumée Miracle – Simone Schwarz-Bart

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Bonjour tout le monde, comme l’été dernier, les mois de juillet et août auront droit chacun à deux articles au lieu d’un. Ainsi, voici le second article de ce mois 🙂

L’histoire

Télumée, jeune femme guadeloupéenne nous emmène sur les sentiers de sa vie, ou plutôt de son amour pour la vie avec un lyrisme enchanteur. En partant de l’histoire de sa grand-mère, puis de sa mère, elle en vient vite à la sienne où elle nous fait partager ses premiers amours, les conseils de vie de sa chère grand-mère qui l’élève, son boulot auprès d’une famille blanche, les déboires de son mariage, la seconde chance qui lui est donnée avant de terminer sur sa vie de veuve solitaire qui se contente juste de ce qu’elle a.

Simone Schwarz-Bart nous livre une prose qui vous donnera envie de chanter tout au long de votre lecture.

L’auteur et le livre

Simone Schwarz-Bart (née Brumant), auteure française, est née de parents guadeloupéens en Charente-Maritime en 1938. A l’âge de 3 ans, elle retourne en Guadeloupe où elle fera ses études à Pointe-à-Pitre avant de s’envoler de nouveau pour Paris puis pour Dakar.

C’est au cours de ses études à Paris, à l’âge de 18 ans, qu’elle rencontrera celui qui deviendra son mari,  André Schwarz-Bart avec qui elle publiera Un plat de porc aux bananes vertes en 1967, histoire des exils antillais et juif en miroir. Puis en 1972, Simone Schwarz-Bart écrira Pluie et vent sur Télumée Miracle qui reste jusqu’à aujourd’hui un best-seller, chef d’œuvre de la littérature caribéenne. Elle reçut d’ailleurs pour ce roman le premier Grand prix des lectrices de Elle en 1973.

Avec son mari, elle écrira deux autres romans et individuellement d’autres œuvres dont Ti Jean l’horizon (roman), un essai, des nouvelles et une pièce de théâtre. En septembre 2006, elle est promue au grade de commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Son fils est le saxophoniste de jazz Jacques Schwarz-Bart.

Pluie et vent sur Télumée Miracle fait 255 pages et est divisé en deux parties. Il est publié aux éditions du Seuil. La lecture se fait facilement même si parfois les tournures de phrases peuvent être difficiles à suivre. Difficile à suivre parce que l’on dirait qu’on est dans une chanson constante, les mots sont usés d’une façon inédite pour moi. Mais c’est justement cela que j’ai trouvé superbe avec ce livre, comment on peut jouer avec les mots.

Mon ressenti

Comme je le disais plus haut, s’il y a une chose qui m’a marqué tout au long de ma lecture, c’est bien l’usage des mots que faisait l’auteure. Comment ils étaient assemblés, emmêlés, tournés et retournés… elle m’a fait penser à Toni Morrison que j’espère lire de nouveau et assez vite. C’était comme une poésie ou une chanson constante et je n’ai pas vu les pages défiler tellement j’étais éprise du texte, haha. Bref, assez parlé de mes états d’âme au cours de cette lecture, voyons ce que j’en ai retenu.

Première chose, la relation entre Télumée et sa grand-mère, du nom de Toussine, mais rebaptisée Reine Sans Nom par sa commune du fait non seulement de sa beauté mais aussi de son caractère. Télumée fut envoyée très jeune vivre avec sa grand-mère à Fond-Zombi dont elle avait au préalable entendu parler par sa mère. Pour Reine Sans Nom, Télumée était son petit verre de cristal (n’est-ce pas trop beau/mignon ?) et elle fit tout pour lui communiquer l’amour de la vie, la force nécessaire pour se relever à chaque fois en lui racontant des histoires comme celle du monsieur qui se laissa conduire par sa peine alors que c’est plutôt le contraire qui devait être fait ou encore en lui apprenant avec Man Cia une voisine, à certes se laisser cogner par la vie sans jamais perdre le face, à être un « tambour à deux peaux », l’une au-dessus qui prend tout et celle du dessous qui reste intacte.

Elle prit soin de ses cheveux et d’elle tout entier, lui apprit à ne pas se laisser aller aux passions de l’adolescence, la soigna lorsque une fois adulte et mariée, elle se faisait battre par son mari alcoolique. Bref, Reine Sans Nom était juste la figure même de la grand-mère par excellence. Nous ne prenons pas souvent le temps de célébrer nos grands-parents. Au contraire, certains même fuient leur compagnie pour ne pas finir gavés de leurs histoires de jeunesse ou encore de nourriture, lol.

Et pourtant ce sont de véritables mines d’amour et de savoir/sagesse. J’ai récemment perdu ma grand-mère dont j’étais quand même très proche et je peux vous dire que je me suis vue avec elle dans la relation qu’avaient Télumée et Reine Sans Nom. Cela n’a pas toujours été joyeux entre nous – comprendre ici les représailles quand je faisais quelques bêtises, haha – mais s’il y a bien une personne qui se souciait énormément de moi, c’était ma grand-mère. C’était celle à côté de qui je pouvais aller m’allonger les soirs où j’avais peur de dormir seule. Celle qui a soigné bon nombre de mes blessures de gamine turbulente, celle qui m’offrait des collations l’après-midi. Celle avec qui je faisais la cuisine certains midis (bon c’était surtout elle qui préparait, moi je l’assistais, haha). Puis surtout elle était marrante et forte.

C’est vrai que j’ai été un peu agacée à certains moments de notre vie commune (elle vivait avec nous) mais une fois arrivée en France, en grandissant et surtout récemment, il y a des questions qui me sont venues, que j’aurais aimé lui poser. Mais c’est trop tard. Bref, tout cela pour dire que si vous avez la chance d’avoir des grands-parents soucieux de vous, qui vous gâtent dans tous les sens du terme, profitez-en. Passez du temps avec eux, du moins essayez de vous imaginer à leur place dans je ne sais combien d’années (en espérant arriver aussi loin qu’eux) et demandez-vous comment aimeriez-vous être traités par vos petits-enfants (si vous en aviez).

Aujourd’hui, bon nombre de personnes âgées, surtout en Occident, se retrouvent en maison de retraite, avec une visite par ci par là, et parfois sans aucune nouvelle de leurs petits-enfants. Contrairement à chez moi où la plupart des personnes âgées restent près de leurs enfants voire vivent dans la même maison qu’eux ; ici c’est tout un autre climat avec une certaine prédominance de l’individualisme. Chacun se cherche d’abord. Et les grands-parents finissent isolés. Encore plus lorsque les pathologies neurodégénératives s’installent. Je peux comprendre que ce soit difficile à gérer avec le boulot et quelqu’un qui devient dépendant mais certains y arrivent. Et il serait souhaitable (du moins pour moi) que cela se fasse plus souvent.

Seconde chose, le personnage de Télumée même. Vive, courageuse, battante, elle vous séduira à coups sûrs. Douce mais ferme. Toujours à s’accommoder de ce que la vie lui offre. Elle a commencé à s’interroger assez vite sur les rapports entre Noirs et Blancs puis lorsqu’elle a été embauchée comme femme à tout faire dans une maison de Blancs, elle a su comment gérer les situations épineuses, comment être ce fameux tambour à deux peaux. Elle a également pu tenir tête au mari de la maitresse de maison qui pensait pouvoir abuser d’elle. Bref, une force tranquille. Le seul événement qui faillit lui faire perdre son éclat fut d’être chassée par son mari au profit d’une connaissance d’enfance. Télumée crut ne pas s’en sortir ou ne plus pouvoir aimer.

Ce genre de choses est tellement triste. La vie ne s’arrête pas lorsqu’une relation s’arrête mais cela représente quand même un travail de toute une vie que de construire une relation digne de ce nom. Assister à la chute de son conjoint (ici notamment dans l’alcool) ne doit pas être chose facile. Puis se faire virer comme une malpropre de sa maison peut littéralement vous briser le cœur surtout si des promesses passionnées avaient été faites. Ce fut dur pour Télumée petit verre de cristal mais elle reprit goût à la vie au lieu de se laisser mourir et je ne souhaite que cela à toute personne traversant quelque chose de similaire. Relevez-vous et battez-vous pour vous. Pas pour prouver à celui/celle qui vous a laissé que vous êtes bien sans lui/elle mais parce que votre bien-être passe avant tout et ne doit pas se limiter à quelqu’un, quel qu’ait été le lien entre vous deux 😉

Avant de terminer, un élément qui m’a un peu dérangé fut l’utilisation des termes « nègre » et « négresse ». Après, ne connaissant pas l’histoire des Antilles, je pense qu’à une époque, cette appellation passait encore.

Enfin, dernière chose, la description des lieux et des personnes, de l’ambiance, de la végétation, de la nourriture (les gâteaux de coco, les patates douces cristallisés, les galettes de manioc ou cassave… huumm), tout est fait pour vous transporter sur les lieux. Même des gestes banals de la vie courante, étaient décrits avec une telle poésie, que tout de suite vous aviez envie d’y être, vous aviez l’impression d’y être. J’espère de tout cœur un jour pouvoir visiter la Guadeloupe. Elle m’a l’air de regorger de trésors tous plus beaux les uns que les autres (autant au niveau de l’histoire, que la façon de vivre ou de la nourriture locale).

Je finirai avec ce passage de Télumée : « J’ai transporté ma case à l’orient et je l’ai transportée à l’occident, les vents d’est, du nord, les tempêtes m’ont assaillie et les averses m’ont délavée, mais je reste une femme sur mes deux pieds, et je sais que le nègre n’est pas une statue de sel que dissolvent les pluies (…) comme je me suis débattue, d’autres se débattent et, pour bien longtemps encore, les gens connaitront même lune et même soleil, et ils regarderont les mêmes étoiles, ils y verront comme nous les yeux des défunts. J’ai déjà lavé et rincé les hardes que je désire sentir sous mon cadavre. Soleil levé, soleil couché, les journées glissent et le sable que soulève la brise enlisera ma barque, mais je mourrai là, comme je suis, debout, dans mon petit jardin, quelle joie !… » p. 254-255

Cet article prend fin ici. J’ai essayé d’y retranscrire l’impression que m’a laissée le livre sans trop le dévoiler afin de vous inciter à le lire 😉 Il rentre dans la catégorie de mes favoris pour l’année 2018 (et pour toujours d’ailleurs). Pour se l’acheter, c’est juste ici. Prenez soin de vous et à bientôt pour un nouvel article.

Bisous.

2 réflexions sur “Pluie et vent sur Télumée Miracle – Simone Schwarz-Bart

  1. Folowa dit :

    Article savoureux !
    En lisant le nom de l’auteure, que je ne connais pas du tout, j’ai immédiatement pensé à ce saxophoniste dont je possède plusieurs albums et que j’aime beaucoup. Ça m’a agréablement surprise de le voir cité.
    Comme je suis désolée pour ta grand-mère. J’approuve tout ce que tu as écrit à ce sujet. Ils sont précieux.
    Le passage de Télumée que tu as cité est virtuose et poétique. Si tout le livre est ainsi, ça doit forcément être un chef-d’œuvre. Merci ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Annielom dit :

      Coucou Folowa! J’espère que tu vas bien 😃 contrairement à toi, je ne connaissais pas ce saxophoniste. En tout cas, le style d’écriture de sa mère est un vrai régal. Merci pour ma grand-mère, je me console en me disant qu’elle est potentiellement mieux là où elle se trouve actuellement. Et oui tout le livre est écrit sur le même mode que le passage de Télumée cité à la fin. Je pense que tu aimeras beaucoup! Merci à toi pour ton commentaire et à bientôt 💕

      Aimé par 1 personne

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