Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage – Maya Angelou

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Bonjour les amis, alors, vous passez un bel été? On se retrouve pour un nouvel article, c’est parti!

L’histoire

Depuis son enfance à Stamps en Arkansas, en passant par Saint-Louis dans le Missouri le temps de quelques mois, avec un détour par la Californie avant de finir à San Francisco, Maya Angelou nous emmène sur les traces de ses premières années de vie. Elle nous raconte ses peurs et incompréhensions de petite fille, comment son militantisme est né, ses questionnements d’adolescente et surtout comment après chaque coup qui aurait pu la mettre à terre, elle s’est relevée et a continué son chemin.

Avec une narration qui vous entraine dès le début et vous plonge dans les mémoires de Maya Angelou, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage (I know why the caged birds sing en VO) est aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature Américaine.

L’auteur et le livre

Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, est une romancière, comédienne, chanteuse, danseuse, poète, cinéaste, professeure et militante Noire née le 4 avril 1928 à Saint-Louis dans le Missouri. Très tôt elle fut envoyée à Stamps, en Arkansas en compagnie de son frère aîné d’un an, Bailey, pour y vivre auprès de leur grand-mère paternel Annie Henderson.

Après un passage rapide à Saint-Louis à l’âge de 7 ans, elle revient à Stamps où elle termine son école primaire avant de rejoindre sa mère Vivian Baxter à San Francisco. Celle-ci l’inscrit dans une école privée où elle est la première Noire à la fréquenter. A dix-sept ans, elle donne naissance à son fils Guy et à vingt ans, décidée à devenir écrivaine, elle part s’installer à New York, dans le quartier d’Harlem, épicentre de l’activité intellectuelle des Noirs Américains.

Plus tard, elle suivra le Sud-Africain Vusumzi Make, compagnon de lutte de Nelson Mandela jusqu’en Egypte. Puis dans les années 60, à la fin de cette union, elle part s’installer au Ghana avec son fils Guy, où elle rencontrera Malcom X. De retour aux Etats-Unis en 1965, elle devient la coordinatrice de la section new-yorkaise de l’organisation de Martin Luther King. Après l’assassinat de ce dernier le 4 avril 1968, événement qui l’a marqué, Maya Angelou se remet à écrire sous les encouragements d’un ami proche, James Baldwin.

De toute sa vie, Maya Angelou a publié 6 volumes de ses mémoires, une dizaine de recueils de poèmes, des livres pour enfants, des essais et elle a même écrit des scénarios de films et des pièces de théâtre. Elle parlait anglais, français, espagnol, italien et arabe. Elle a été récompensée par de nombreux prix et a été nominée pour le Prix Pulitzer et le National Book Award. Son parcours et ses œuvres ont inspiré de nombreuses personnes dans le monde comme Oprah Winfrey. Elle est devenue une figure charismatique qui incarne à la fois la sagesse et audace.

Le 28 mai 2014, Maya Angelou décède des suites d’une longue maladie dans sa maison de Winston-Salem en Caroline du Nord.

Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage (I know why the caged birds sing en VO) est le premier volet de ses mémoires. Je me suis procuré le format poche, édité chez Le Livre de Poche, qui fait 347 pages avec 35 chapitres. L’écriture est correcte et la lecture est fluide.

Mon ressenti

Alors, je vais essayer de ne pas être redondante parce qu’il s’agit bien évidemment de sa biographie, déjà évoquée dans le résumé qui introduit ce chapitre mais aussi rédigée en long et en large dans le paragraphe précédent. Je vais juste revenir sur certains événements marquants de sa vie.

Tout d’abord, le tout premier, la question de la représentation. Très vite, Maya comprit qu’elle ne représentait pas le « standard » de la beauté, ni même des personnes « respectables » dans la société. Elle s’imaginait un jour se réveiller et (re)devenir une petite fille Blanche aux yeux bleus et aux cheveux blonds et non rester Noire avec des cheveux crépus toute sa vie.

Ceci met en lumière un phénomène qui a duré des années, qui découle du racisme et qui n’est autre que celui de l’absence de représentation/considération des Noirs, ou du moins pas de la bonne façon dans une société pourtant mixte : Blancs et Noirs. Les uns avaient le beau rôle tandis que les autres étaient méprisés. Tout ce qui était Blanc était beau, et tout ce qui était Noir ne l’était pas. Toujours dans la même veine, il y avait le fait que les Noirs n’étaient pas vus comme pouvant poursuivre des carrières comme celles d’ingénieurs ou d’écrivains mais seraient condamnés à être menuisiers, lutteurs ou bonniches toute leur vie. C’est ce qui ressortit du discours d’un des Blancs présents à la cérémonie de remise de diplôme de la fin de l’école primaire (ou de son équivalent). Ce qui indigna profondément Maya et qui commença à planter en elle les graines de son futur militantisme.

En effet, à l’époque, la plupart des Noirs ne pouvaient même pas rêver faire des études au-delà de la primaire. Et encore moins exercer plus tard une profession considérée jusque-là comme étant une profession de Blancs. Ainsi, Maya décida en son for intérieur ce jour-là de ne pas se limiter du fait de sa couleur de peau et d’aller aussi loin que possible quitte à bousculer les « codes sociaux » de l’époque. Ce qu’elle fit avec brio. D’où l’importance d’avoir des figures qui ouvrent la voie aux jeunes de leur communauté, pour que ceux-ci puissent se dire « si il/elle l’a fait, alors moi aussi je peux le faire » et que petit à petit, l’on puisse quitter ces schémas binaires comme quoi « les Noirs ne peuvent pas faire ceci », « c’est un truc de Blancs ».

Ensuite, vient l’épisode du viol dont Maya a été victime à l’âge de 7-8ans lorsqu’elle partit vivre à Saint-Louis avec sa mère. Commis à l’époque par le conjoint de celle-ci, Mr. Freeman. Au début, lorsque ce dernier avait essayé de procéder à des attouchements sur elle, Maya avait bien compris que quelque chose n’allait pas, sa grand-mère lui ayant appris à ne jamais laisser quelqu’un la toucher au niveau de ses parties intimes. Et pourtant, avec son âme d’enfant et son désir d’être aimé, d’être chérie/rassurée, celle-ci lui envoya des signaux qu’il interpréta mal.

Ainsi, elle tomba dans le piège de ce violeur pédophile, qui en plus de sa force physique avait joué sur ses sentiments en menaçant de tuer son frère Bailey. Maya garda le silence un temps mais sa mère finit par découvrir le pot aux roses, ce qui aboutira à la condamnation de ce Mr. Freeman. Celui-ci grâce à son avocat sera libéré le jour même mais finira tué par l’un des oncles maternels de Maya quelques temps après.

J’ai eu du mal et beaucoup de peine à lire ce passage. Comment une gamine quitte son monde d’innocence pour rentrer aussi brutalement dans celui moins beau pour ne pas dire laid des adultes, vous fend le cœur. Et comme souvent dans les situations de viol, le coupable fait partie de l’entourage proche. Je ne comprendrai jamais (et je ne cherche même pas à comprendre) quel plaisir quelqu’un peut tirer d’un rapport sexuel non consenti et de surcroît sur un/e enfant.

C’est un acte qui laisse tellement de séquelles avec des personnes qui parfois sont brisées à vie, ne peuvent plus faire confiance à quelqu’un du sexe opposé ou alors brisent le cœur de ceux se souciant d’elles parce que n’étant pas bien elles-mêmes. D’ailleurs, après cet épisode, Maya re réfugia dans un mutisme qui finira par être brisé par son amour pour la lecture, encouragée dans sa démarche par Mme Flowers.

Je ne sais pas ce qu’il est possible de faire pour arrêter ces fléaux que sont les agressions sexuelles et les viols. La notion de consentement est déjà quelque chose à enseigner mais je doute que cela soit le seul terrain sur lequel il faille travailler. Il faudrait apprendre aux gens à respecter le corps d’autrui, à comprendre qu’ils ne peuvent en disposer comme ils le souhaitent. Apprendre aux gens à « contrôler » leurs « pulsions sexuelles ».

Puis je pense aussi que si les coupables étaient réellement condamnés à chaque fois, les récidivistes ou ceux qui ont déjà eu cette idée une fois ne se laisseraient pas aller à (re)tenter l’expérience. Malheureusement, les victimes sont rarement crues, surtout dans l’enfance, avec l’autorité de l’adulte en face, l’on est manipulable et l’on a peur pour soi. Et même à l’âge adulte, bon nombre de femmes victimes ne sont pas crues, étant pointées du doigt comme « l’ayant cherché ». Quant aux hommes qui en sont victimes, ils sont complètement invisibles. Bref, nous n’avons malheureusement pas fini d’entendre parler de viols mais j’espère réellement qu’avec les récents mouvements (#MeToo ; #BalanceTonPorc), on finira par voir la lumière au bout du tunnel.

Autre chose marquante dans le récit de Maya, ce fut comment elle décrivait le rapport qu’avaient les Noirs avec la foi, la religion. Ces derniers, pour beaucoup, vivant dans la précarité, n’avaient que la religion pour leur faire espérer un meilleur futur. Ils souffraient certes dans leur vie d’aujourd’hui sur terre mais la vie éternelle dans l’au-delà auprès de Dieu leur était garantie tandis que les riches de ce monde (principalement les Blancs) rôtiraient en Enfer.

Comme disait Karl Marx, « la religion est l’opium du peuple ». A l’époque, c’est vrai qu’être Noir était déjà une condition qui vous mettait les bâtons dans les roues lorsque vous essayiez de sortir des chemins tracés pour vous par la société. Mais de nos jours, où tout est possible (ou presque) à qui s’en donne les moyens, l’on retrouve de nombreuses personnes qui préfèrent se reposer sur Dieu, sur une église ou sur un pasteur pour faire bouger leur vie. Surtout dans la communauté Noire, du moins celle que j’ai pu observer dans mon pays le Togo mais aussi dans bon nombre d’autres pays Africains « en voie de développement ».

C’est comme si les gens avaient complètement perdu espoir et limite se « complaisaient » dans la misère. Je ne dis pas qu’il est facile de s’en sortir, loin de là et si je prends l’exemple de mon pays, les choses sont super compliquées et comme on dit « c’est l’espoir qui fait vivre ». La religion offre justement cette espérance d’un futur meilleur, si ce n’est ici et maintenant, cela se fera après la mort et vaut mieux souffrir un peu sur Terre que de brûler indéfiniment en Enfer. Par contre, le travers dans lequel peuvent tomber certaines personnes à fond dans la religion, c’est justement de penser que Dieu n’aime que les pauvres (pour qui Il fera tout bien sûr) et que les riches, à partir d’un moment en sont arrivés là où ils en sont parce qu’ils auraient potentiellement pactisé avec le diable. Jusqu’à un certain niveau de richesse, les gens acceptent que cela repose sur le mérite de l’individu. Mais au-delà, automatiquement c’est le diable.

Ce qui pour moi est complètement insensé. Je ne nie pas le fait qu’il y ait des gens qui ont recours à des pratiques louches pour s’élever socialement ou économiquement mais il faut reconnaitre qu’il y en a qui bossent et que Dieu s’occupe aussi bien des pauvres que des riches. A partir du moment où quelqu’un est honnête, fait ce qu’il faut comme il faut, est entouré(e) des bonnes personnes, sait saisir les opportunités qui s’offrent à lui/elle, il n’y a pas de raison pour que les affaires ne marchent pas. Je peux comprendre que l’on soit « aigri » parce que l’on se dit qu’on fait tout comme Dieu le demande et que rien ne se passe mais il faut prendre en compte les autres facteurs que je viens de citer (l’environnement, les opportunités, etc.). Et aussi il faut savoir prioriser dans la vie, il y en a qui préféreront aller écouter leur pasteur à longueur de journée que de saisir des opportunités qui leur passent sous le nez, parfois même jugées comme « mauvaises » par le fameux pasteur qui lui a déjà fait sa vie.

Il n’y aucun mal à croire à un Etre Suprême qui veille sur nous mais la foi ne fait pas tout. Il faut agir. Et pour terminer sur la question de la religion, il y a ceux aussi qui pensent être meilleurs que les autres parce que suivant les recommandations des Saintes Ecritures. Ou qui pensent suivre LA voie qui mènerait à coup sûr à Dieu et que tous les autres sont dans le faux. Franchement, avec la diversité d’humains présents sur cette Terre, je trouverais cela bizarre qu’il n’y ait qu’UNE voie qui mène à Celui qui nous a tous crée. Enfin, bref, je ne vais pas m’attarder plus sur ce sujet.

Pour finir, l’on retrouve Maya, adolescente qui se pose des questions par rapport à son corps. Questionnement qui aboutira à une grossesse imprévue et la naissance de son fils Guy. L’adolescence est une période difficile pour beaucoup de personnes. On se cherche, le corps change et on ne sait pas pourquoi, ni comment s’accommoder avec cette nouvelle enveloppe. On découvre la sexualité, les rapports homme/femme. Et parfois, il suffit d’une petite différence avec la masse pour que l’on commence à se faire des cheveux blancs. Maya était grande, mince et n’avait pas vraiment de « formes ». Ainsi, elle se demandait si elle était une femme. Elle craignait de devenir une « lesbienne » qu’elle confondait au départ avec les hermaphrodites.

Sa mère, Vivian Baxter essaya de lui expliquer son anatomie afin qu’elle ne se fasse plus de soucis mais Maya, voulant être sûre d’être une femme demanda à une connaissance d’avoir une relation sexuelle avec elle. Et c’est ainsi qu’elle tomba enceinte. Elle savait ce qu’elle faisait, elle n’avait juste pas prévu les conséquences. Ce que j’en retiens, c’est surtout qu’il est important de discuter avec ses enfants de ces sujets. Le corps qui change, la sexualité et tout cela. Et aussi que ce n’est pas parce que l’on se développe en dehors de la « norme » que c’est problématique. Les seins, les fesses, la taille définitive, la musculature, ce genre de choses ne devrait pas complexer les gens. Malheureusement c’est la société dans laquelle nous vivons. Et les parents ont un rôle essentiel à jouer sur comment un(e) enfant se perçoit. Tout commence à la maison, il faut que celui-ci/celle-ci puisse se sentir assez en confiance pour pouvoir aborder ce genre de sujet.

Dans la communauté où j’ai grandi, je n’ai pas eu droit à tout cela. Tout ce que je sais sur le corps ou la sexualité, je l’ai appris à l’école ou dans les livres. Et je ne suis pas la seule dans cette situation. Beaucoup de personnes essentiellement Noires – du moins je parle de ce que je connais – seront d’accord avec moi pour dire que le corps, la sexualité sont des sujets tabous chez les Noirs. On n’en parle pas et si c’est le cas, cela se fait à demi-mot. Ce qui a des conséquences parfois dramatiques plus tard. Les grossesses non désirées pour les jeunes filles, les IST pour tout le monde, les complications que peuvent avoir des avortements non correctement pratiqués…bref, c’est tout un problème.

Les enfants devraient pouvoir communiquer librement avec leurs parents qui dès le bas âge devraient instaurer un climat où ceux-ci n’ont pas peur de leurs parents mais se sentent assez confiance pour leur faire part plus tard de leurs doutes, de leurs questions, que cela soit au sujet du corps mais aussi au sujet de toute autre préoccupation. Le tout toujours dans le respect.

Bon, je crois avoir assez parlé, haha. Je ne pensais pas avoir autant de choses à dire mais plus j’écrivais, plus les idées me venaient. J’ai eu du mal par moments à poursuivre ma lecture parce que je trouvais qu’il ne s’y passait « rien » mais au vu de mon article et en ayant une vision globale du récit, il faut dire qu’elle est à recommander. Maya Angelou a marqué le 20e siècle et même un peu du 21e et je pense que quiconque qui s’intéresserait à la Littérature Afro-Américaine ne peut passer à côté de ses œuvres.

Le livre est disponible ici et je vous retrouve bientôt pour un nouvel article. D’ici là, comme d’habitude, prenez soin de vous.

Bisous.

2 réflexions sur “Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage – Maya Angelou

  1. Folowa dit :

    Un titre de livre si poétique et révélateur pour un destin exceptionnel. Merci de m’avoir fait mieux connaître cette grande figure de l’émancipation des Noirs !
    As-tu constaté que je suis mieux le rythme de tes articles ? 😉

    Aimé par 1 personne

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