Les Mystères de Yoshiwara – Matsui Kesako

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Bonjour tout le monde, on se retrouve pour le deuxième article de ce mois d’août super chaud les premiers jours mais qui a fini par se rafraîchir 🙂

L’histoire

XIXe siècle, nous sommes à Yoshiwara, quartier des plaisirs à Edo (actuelle Tôkyô) au Japon. Une affaire vient d’éclater et elle impliquerait à priori Katsuragi, la plus grande courtisane de ce monde de plaisirs, qui de plus est portée disparue. Nous suivons donc un enquêteur qui sans réellement poser de questions, soutire des réponses à ses différents interlocuteurs : des patrons d’établissements aux domestiques, tout le monde y passe. Il suggère, reformule, recadre sans besoin de placer un mot et nous livre des monologues cocasses, cyniques, émouvants, le tout jusqu’au dénouement final.

Matsui Kesako nous livre un roman historico-policier, avec un style déroutant qui vous fera sourire, vous touchera et qui, pour sûr vous tiendra en haleine jusqu’à la fin.

L’auteur et le livre

Matsui Kesako, née à Kyôto en 1953, est une romancière japonaise. Elle a étudié à la prestigieuse Université de Waseda à Tôkyô et s’y est spécialisée dans les études théâtrales, notamment dans le Kabuki, la forme dramatique du théâtre japonais traditionnel. Elle commence sa carrière de romancière en 1997 et l’un de ses textes parus en 1998, lui a valu le prix du Roman Historique. Elle est l’auteur de plusieurs romans historiques et livres sur le Kabuki.

Les Mystères de Yoshiwara (Yoshiwara Tebikigusa en VO), paru en 2007 au Japon, est son roman le plus connu et le plus traduit. Il a reçu le prix Naoki récompensant les œuvres de littérature populaire. La traduction française, réalisée par Didier Chiche et Shimizu Yukiko a été publiée aux éditions Philippe Picquier en 2011.

Le format poche que j’ai acheté fait 378 pages avec 17 « chapitres ». En effet, comme je le disais dans le résumé de l’histoire, il s’agit d’une enquête menée dans le contexte d’une « affaire » impliquant Katsuragi, la plus grande courtisane de Yoshiwara, où les divers personnages de ce milieu ont chacun un « chapitre » qui leur est dédié pour donner leur version des faits.

Mon ressenti

Honnêtement, ce fut l’une de mes lectures favorites de l’année 2018. Je ne m’attendais pas à autant l’apprécier et pourtant ce fut le cas. Dans la préface, le livre est décrit comme « le roman de l’étrangeté ». Étrange, il l’est sûrement. Mais il est encore plus passionnant.

Donc, comme je le disais dans l’introduction, nous nous retrouvons à Yoshiwara, quartier des plaisirs de l’actuel Tôkyô, qui a été témoin d’une « affaire » dont tout le monde a entendu parler mais sans savoir ce qu’il s’est réellement passé. Je ne pourrai pas vous parler du livre sans vous le dévoiler donc je vais plutôt vous emmener à la découverte de Yoshiwara et de ses règles. Je vous préviens, ce n’est pas très joyeux. Pris en dehors du contexte de l’histoire raconté dans le livre, Yoshiwara ne fait pas vraiment rêver. Bref, allons y.

Yoshiwara, quartier des plaisirs à Edo (actuel Tôkyô), fut créé au 17e siècle. Edo étant en pleine expansion, les hommes quittaient leurs foyers à la campagne pour se trouver un boulot dans la capitale. Se retrouvant sans leurs femmes, assouvir leur désir sexuel était devenu un peu problématique et devant le développement anarchique de la prostitution, les pouvoirs politiques décidèrent de concentrer ce genre d’activités dans un endroit précis. C’est ainsi que naitra Yoshiwara.

Il s’agissait d’un quartier fermé où les entrées et sorties étaient contrôlées. Tout le monde pouvait y entrer à condition d’avoir assez de moyens pour payer les prestations dans les « maisons de thé » (ce que moi j’appellerais maisons closes). Les jeunes filles qui y travaillaient n’étaient pas désignées par le terme de « prostituées » mais plutôt par le terme de « courtisanes » et il en existait de plusieurs rangs en fonction du nombre d’années d’exercice, de la formation artistique et littéraire reçues en plus de leurs atouts physiques. Parce que oui, ce n’était pas que de la prostitution, il y avait tout un univers autour des rencontres entre hommes et femmes.

Ces jeunes demoiselles étaient le plus souvent issues de familles trop nombreuses qui ayant trop de bouches à nourrir, les vendaient pour s’en libérer. Ensuite elles étaient prises comme apprentie dans une maison de thé et apprenaient le métier pour devenir courtisanes, terme très vaste regroupant aussi bien les prostituées de « bas étage » que celle de rang élevé encore appelées courtisanes sur rendez-vous (tayu ou chûsan en raison du prix demandé dans le livre) avec leur propre appartement et leurs habitués. Certaines pouvaient même finir par se voir racheter par l’un de leurs habitués mais cela coûtait extrêmement cher que de sortir une femme de la maison close à laquelle elle appartenait. Ceux qui essayaient de s’échapper ensemble étaient punis lorsqu’ils se faisaient attraper.

Dans tout ce monde exerçaient aussi les geishas – terme signifiant littéralement « personne qui pratique les arts » – qui pratiquaient les arts traditionnels japonais raffinés à visée divertissante pour ceux qui pouvaient payer. Elles étaient formées pour la peinture, jouaient du shamisen, (instrument à 3 cordes typiques des geishas), de la flûte japonaise, ainsi que de différents tambours traditionnels japonais tels que le tsutsumi qui se tient sur l’épaule, l’okawa sur les cuisses, et enfin le taiko posé à côté sur lequel elles tapent avec une baguette. Les geishas étaient également formées pour la danse, la cérémonie du thé ou chanoyu, la composition florale ou ikebana, la poésie et la littérature japonaise.

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Pendant longtemps, j’ai cru que les geishas étaient des prostituées mais justement c’est ce qui fait la différence entre une courtisane et une geisha, celle-ci a exceptionnellement des rapports avec ses clients (pour ne pas dire jamais). Pour finir, existaient aussi les entremetteuses, vieilles prostituées qui avaient pour nouveau rôle de veiller à la bonne formation des nouvelles venues. Elles étaient une sorte de « surveillantes » qui n’hésitaient à être sévères avec les nouvelles recrues.

Lorsque l’on prend tout cela en compte, l’on se rend bien compte que Yoshiwara n’a rien de drôle ou d’intriguant. Il s’agit d’un lieu où les femmes sont exploitées mais l’auteur a réussi dans son œuvre à occulter cet aspect sordide du quartier pour construire une intrigue policière où l’enquêteur est présent sans l’être vraiment. Celui-ci, pour faire évoluer son enquête, ira de personnage en personnage avec les histoires de vie de chacun qui ne manqueront pas par moments de vous faire sourire ou au contraire vous attrister. De plus, même si l’histoire se déroule dans un quartier de plaisirs, il n’y a aucun contenu explicitement sexuel dans le récit.

J’ai conscience que mon article pourrait repousser par rapport à la lecture de ce livre mais je vous garantis que je n’ai pas été déçue et qu’il mérite qu’on lui donne une chance. Vous ne le lâcherez pas tant que vous n’aurez pas découvert de quelle « affaire » il est question ainsi que l’identité du fameux enquêteur, parce que oui, ça aussi vous ne le saurez qu’à la fin 😉 Pour une première lecture japonaise, j’ai été séduite. J’espère en lire d’autres tout aussi prenantes.

Aujourd’hui, Yoshiwara correspond au quartier Senzoku 4-chōme de l’arrondissement Taitō. Il ressemble aux autres quartiers de Tôkyô même s’il a conservé quelques traits de son passé à savoir la disposition des rues, les temples et les sanctuaires des temps passés qui sont toujours à leur place.

Pour se procurer le livre, c’est par ici. Je vous souhaite une belle fin d’été et à bientôt pour un nouvel article.

Bisous.

Crédits image: banque d’images libres de droits Pixabay. Je n’ai malheureusement pas pu trouver d’images de Yoshiwara même tel que c’était décrit à l’époque qui soient libres de droit.

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