Reste avec moi – Ayòbámi Adébáyò

Le livre et l’auteur

Après leur rencontre à l’Université d’Ifé, Yejide et Akinyele décident de faire leur vie ensemble. Quatre ans plus tard, le couple n’a toujours pas d’enfant. Akin, étant l’aîné de sa fratrie, a pour devoir d’engendrer une descendance afin de perpétuer le nom de la famille. Les consultations auprès de spécialistes et les traitements s’enchaînent pour Yejide, le tout sans succès. Jusqu’au jour où sa belle-famille décide « d’offrir » une seconde épouse à son mari, qui elle pourra lui donner une descendance. Pour les deux amoureux, c’est un combat qui s’engage afin de maintenir l’harmonie de leur couple et donner enfin naissance à cet enfant tant attendu quitte à consentir à certains sacrifices.

Éditions : Charleston

Pages : 318

Ayòbámi Adébáyò est née le 29 janvier 1988 à Lagos (Nigeria). Elle a étudié l’écriture aux cotés de Chimamanda Ngozi Adichie et de Margaret Atwood. Reste avec moi, son premier roman paru en 2017 fut traduit dans 18 pays et salué par de nombreux prix dont le Women’s Prize for Fiction.

Mon ressenti

Waw. C’est comme cela que je résumerais mon ressenti après la lecture du roman d’Ayòbámi Adébáyò. Pour un premier roman, il s’agit d’un sacré roman. Quel talent. Quelle œuvre. On ne ressort pas indemne de cette lecture. Le ton est donné dès le départ et chaque page donne envie de tourner la seconde jusqu’au dénouement final. On passe par l’incompréhension, la colère ; on partage la peine des deux partenaires ; et on reçoit une claque lorsque l’on comprend ce qu’il se passe.

Ayòbámi Adébáyò s’attaque ici à un sujet délicat, celui de la venue d’un enfant au sein d’un couple marié, après quelques années de vie commune. En effet, encore de nos jours et dans de nombreux pays (notamment ceux d’Afrique Noire), l’enfant est perçu comme l’aboutissement d’un mariage et encore plus comme l’aboutissement de la vie d’une femme. Ainsi, après plusieurs années de vie commune au sein du mariage (parfois juste après quelques mois), la question de l’enfant fuse avec le classique « à quand le bébé ? ». Au début, le ton peut être « gentil », les personnes posant la question pouvant se cacher derrière le « ça part d’une bonne intention ». Puis petit à petit, la pression familiale et sociétale commence à s’exercer sur le couple et plus particulièrement sur la femme.

Pour plusieurs personnes, un enfant se ferait aussi facilement que toute autre activité du quotidien. Et la femme, je suppose dans leur conception, étant celle qui accouche, porte l’entière responsabilité de la « fertilité » d’un couple. Sans aller jusqu’à faire porter ce poids de la « fertilité du couple » aux femmes, je faisais partie des personnes qui pensaient d’emblée qu’après un mariage, les enfants étaient la suite logique et je me posais des questions lorsqu’il n’y en avait pas après un certain temps (Mea Culpa). Jusqu’à ce que je ne lise certains témoignages sur les réseaux sociaux et que je ne passe en stage en gynécologie-obstétrique où j’ai pu constater la détresse d’un couple qui essayait depuis plusieurs années sans succès d’avoir un enfant. Alors j’ai compris à quel point cette question « innocente » pouvait être intrusive et blessante pour les personnes qui vivent des situations pareilles, surtout pour les femmes qui sont pointées du doigt comme étant « moins femmes », « incapables » en l’absence de vie de famille avec des enfants (ce qui est totalement aberrant).

Et c’est ce qu’Ayòbámi Adébáyò dépeint dans son œuvre. A quel point Yejide sera éprouvée par sa belle-mère en raison de l’absence du fameux petit-enfant qu’elle attend tant, Akin étant son fils aîné. A plusieurs reprises, j’ai eu envie de secouer cette belle-mère pour lui faire ravaler ses paroles blessantes et ranger au placard son comportement odieux. Dans ce genre de situation, soit l’homme laisse faire, soit il soutient sa femme. Akin n’a pas été l’homme le plus soutenant qu’on ait pu voir (et même par moments, on pourrait se dire qu’il enfonçait Yejide dans son mal-être) mais il finira par faire comprendre aux autres et surtout à sa mère qu’elle n’a pas à intervenir dans leur vie de couple. Malgré cela, le problème de fond n’étant toujours pas réglé, leur relation se dégradera progressivement jusqu’à atteindre un point de non-retour, chacun étant prêt à faire des sacrifices, pour avoir cet enfant tant désiré.

Le livre est écrit de façon à avoir le point de vue de Yejide et d’Akin chacun à son tour. On démarre du passé pour rejoindre le présent. Celui/celle qui parle n’est pas mentionné/e au début de chaque chapitre et cela peut perdre un peu le lecteur mais je ne l’ai pas tellement ressenti, concentrée que j’étais sur l’histoire. J’ai particulièrement apprécié la sensibilité que dégageait la plume de l’auteur. J’ai été touchée par le désarroi et la peine de Yejide. Mais aussi par sa force mentale. Akin m’a laissé stupéfaite. Mais comme l’une de mes consœurs virtuelles l’a fait remarquer (coucou C-C 😉 @legramdecc sur Instagram ), ce livre met en lumière le poids de la paternité qui peut peser sur les hommes à travers son personnage.

J’ai appris ou plutôt redécouvert le pouvoir que peut avoir l’esprit sur le corps dans certaines situations, ce qui peut mener souvent en médecine au raccourci du « c’est dans la tête » (parfois justifié mais pouvant être néfaste). J’ai également redécouvert certaines traditions de l’ethnie Yoruba. Enfin ce roman traite quelque part de la place de la femme dans la société à travers le personnage de Yejide qui tient à être indépendante vis-à-vis de son mari et de la polygamie encore largement acceptée dans de nombreux pays. Les événements politiques qui secouaient le Nigéria à cette époque sont également abordés un peu en filigrane mais il faut dire que je n’y ai pas prêté énormément attention ni n’ai retenu quelque chose en particulier.

Bref, il s’agit d’un récit plein de vie, d’amour, de passion, de peine et de résilience. Pour une fois, je ne souhaite pas en dévoiler plus tellement le moindre petit détail pourrait trahir le contenu du récit. Le roman a fait beaucoup parler de lui à sa sortie et je peux dire que je ne regrette absolument pas d’avoir cédé à son achat avant la fin de l’année. Il est beau et triste à la fois. Je ne peux que vous le recommander. Et avant de le lire, je peux déjà vous conseiller d’arrêter de poser la question du bébé aux couples que vous croisez/connaissez s’ils n’abordent pas eux-mêmes le sujet ou si la discussion ne s’y prête pas. Vous ne savez pas ce qu’ils traversent et leur intimité ne concernent qu’eux.

Ayòbámi Adébáyò a fait fort pour son premier coup et j’ai hâte de lire sa prochaine œuvre. Reste avec moi est disponible ici.

J’en profite pour vous souhaiter une bonne et heureuse année 2020. Santé surtout et que chacun/e puisse trouver le chemin qui le/la rendra heureux/se. A bientôt pour un nouvel article. D’ici là, prenez soin de vous.

Bisous.

Une réflexion sur “Reste avec moi – Ayòbámi Adébáyò

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