Le Don de la pluie – Tan Twan Eng

Le livre et l’auteur

Années 1920-30. Philip Hutton, adolescent anglo-chinois, né sur les terres Malaisiennes a toujours eu du mal à trouver sa place au sein de sa famille ainsi que dans la société en raison de son double héritage. Enfant solitaire, il restera enfermé dans son monde jusqu’au jour il fera la rencontre d’Endo-san, un diplomate japonais ayant posé ses valises sur l’île appartenant à la famille, non loin de la résidence familiale. Progressivement, une amitié aussi solide qu’un roc verra le jour entre ses deux protagonistes, notamment à travers leurs leçons communes d’Aïkijutsu. Mais le climat de la seconde guerre mondiale viendra menacer leur équilibre et aucun des deux n’en sortira sans séquelles…

A l’occasion de la visite d’une vieille amie d’Endo-san, Philip se replonge dans ses souvenirs et nous offre un voyage dans les méandres de sa mémoire.

Éditions : J’ai Lu

Pages : 607

Écrivain Malaisien d’origine Chinoise, Tan Twan Eng est né à Penang en Malaisie en 1972 et a grandi à Kuala Lumpur. Il étudia le droit à l’Université de Londres et travailla comme avocat à Kuala Lumpur avant de se consacrer à l’écriture. Le Don de la PluieThe Gift of The Rain en VO – son premier roman parait en 2007. Il faudra attendre 11 ans pour la traduction française qui paraitra en 2018 chez Flammarion. Son second roman, Le Jardin des Brumes du Soir, paru en 2012 a reçu le Prix Man Asian du meilleur roman asiatique et le Prix Walter Scott de la fiction historique.

Mon ressenti

Un bon moment de lecture. Vraiment. C’est comme cela que je résumerai mon avis. Il s’agit de ce genre de livres où la narration sait vous tenir en haleine tout en y allant en douceur. Un peu comme une course de fond, un marathon et non un sprint.

Commençons par le style de l’auteur. L’histoire mêle présent et passé. En effet, comme je le disais dans le résumé, c’est en fait Philip qui nous livre ses souvenirs à l’occasion de la visite d’une vieille amie d’Endo-san. Ainsi, le début peut dérouter et l’on se demande quand l’action va enfin se mettre en place. Cela ne tarde pas arriver et par la suite, les passages où il s’agit du présent de Philip se feront assez rares et ne seront pas très longs pour laisser libre cours à l’histoire même. Le fil conducteur est bien maintenu et l’on ne se perd pas.

Ensuite, en ce qui concerne les personnages, Philip et Endo-san m’ont beaucoup touché. Le métis « mal-aimé » et le fonctionnaire « Japonais » exilé, à l’existence passée gardée relativement secrète. A eux deux, ils sauront créer leur monde à travers l’exercice de l’Aïkijustsu qui demande une certaine maitrise de soi et une rigueur personnelle. Profondément animés par le sens du devoir, l’amour envers leurs proches et la loyauté, ils finiront tiraillés l’un comme l’autre lorsque la situation internationale se répercutera sur leur île, avec le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Leurs nations sont « ennemies » et la question se posera de choisir son camp. Un choix plus que cornélien, surtout pour Philip qui n’est qu’un adolescent cherchant à préserver sa famille et à se faire « aimer » d’eux. Cependant, il m’est arrivé par moments de me questionner sur ce lien si fort qui semblait les unir jusqu’à ce que son origine ne soit dévoilée vers la fin du récit.

Avec eux, j’ai également pu découvrir les principes de base de l’Aïkijutsu, qui se retrouvent dans de nombreux autres arts martiaux où la maitrise de soi ainsi que la rigueur sont des valeurs clés. L’Aïkijustu est un art de combat qui prône la coordination entre l’attaque et la défense, avec le recours le moins possible au conflit sans pour autant le fuir lorsqu’il se présente. A travers cet art, Philip développera une certaine confiance en lui et un mental qui lui permettront de tenir debout dans la tourmente des événements qui s’abattront sur sa famille.

Par ailleurs, le récit est profondément imprégné de la notion de ce que j’appellerai « destin » qui pose la question de savoir si notre vie est déjà toute tracée ou si nous pouvons à notre niveau influer dessus afin de la modeler comme bon nous semble. En effet, pour beaucoup de populations Asiatiques, la notion de Réincarnation est réelle et en fonction de nos vies passées, de nos dettes « karmiques », notre présent serait plus ou moins déjà déterminé à quelques détails près. Autrement dit, il existerait une sorte de fil conducteur qui guide notre vie avec quelques à-côtés nous permettant de l’agrémenter à notre souhait mais sans jamais vraiment s’éloigner de certains points cruciaux. Depuis plusieurs années maintenant, le Karma s’est popularisé à travers l’Occident et beaucoup n’hésitent pas à y recourir en cas de déconvenues avec X ou Y à coups de « le Karma s’en chargera ». Mais il ne s’agit pas juste d’une question de cause à effet, ou du moins pas d’une seule cause à un seul effet. Le Karma, de ce que j’ai pu en lire recouvre aussi bien le passé, le présent et le futur. Il touche également plusieurs personnes d’une même famille. De ce fait, il faut comprendre qu’untel ne paiera pas forcément pour le mal commis envers vous dans la vie actuelle. Il s’agit peut-être même d’un paiement de l’une de vos erreurs par le passé.

Bref, les sujets de Karma et de réincarnation sont plus vastes que ce qu’il n’y parait et ce n’est pas en un article que je pourrai les couvrir en entier. Cependant, une nuance est quand même importante à noter, il ne s’agit pas de fatalisme. Comme je le disais, certains points cruciaux ne pourront être manqués sur la trajectoire de votre vie mais il persiste un certain degré de libre arbitre permettant d’agir sur sa réalité pour la modifier vers de meilleurs jours si celle que vous vivez ne vous convient pas.

Enfin, le climat général de l’œuvre en fait un récit palpitant entre suspense, drame et roman d’aventures. Le comportement des uns et des autres, autant Japonais qu’Anglais, dicté par la peur mènera à des situations toutes plus tristes les unes que les autres. La guerre n’a jamais été la meilleure idée des humains mais elle permet paradoxalement – alors que d’autres s’entretuent – de se rappeler que nous sommes tous pareils, face à la maladie, à la mort et que nous y gagnerions plus à nous entraider. Les habitants de Penang du récit étaient mitigés à la fin de la guerre vis-à-vis de Philip du fait de sa relation avec Endo-san. Mais celui-ci réussira à se racheter aux yeux de certains d’entre eux et finira par trouver la paix, une paix bien méritée après les tourments par lesquels il est passé.

Bref, je recommande. N’hésitez pas à partager vos avis si vous l’avez déjà lu. Pour les autres, le livre est disponible ici.

A bientôt pour un nouvel article. D’ici là, prenez soin de vous.

Bisous.

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