La maison aux orangers – Claire Hajaj

Le livre et l’auteur

Eté 1948, Jaffa, Palestine. Alors qu’il attend impatiemment de participer à la cueillette des oranges avec son père, Salim Al-Ishmaeli, à bientôt huit ans, ne verra malheureusement pas son rêve devenir réalité avec l’éclatement de la guerre Israélo-Arabe. De l’autre côté du globe, à Sunderland en Angleterre, Judith Gold, petite fille née dans une famille Juive très conservatrice fait à peine ses premiers pas. Après une enfance et une jeunesse peu conventionnelle chacun de son côté, ils se rencontrent au cours de l’année 1967 après la décision de Salim d’aller poursuivre ses études en Angleterre. L’amour est quasi-immédiat. Malgré le poids de l’histoire et l’avis ouvertement défavorable de leurs familles, ils décideront de se donner une chance. Parviendront-ils à se bâtir un futur dénué de conflits malgré les obstacles indéniablement présents sur leur route ?

Éditions : Les Escales

Pages : 476

Claire Hajaj est une auteure et journaliste née en 1973 à Londres d’un père Palestinien et d’une mère Juive. Aînée d’une fratrie de 3, sa vie n’a pas été facilitée par cette double identité culturelle. Adulte, elle a travaillé comme journaliste puis pour les Nations Unies dans les zones de guerre. Elle est mariée et a une fille. Claire Hajaj vit aujourd’hui à Beyrouth au Liban. La Maison aux Orangers, son premier roman, paru en 2014, à travers lequel elle met par écrit l’histoire de sa double identité afin d’essayer de mettre à nu les souffrances des deux côtés, est rapidement devenu un best-seller.

Mon ressenti

Quelle histoire. Je pense être passée par diverses émotions au fur et à mesure de ma lecture. Tout d’abord de la pitié, de la tristesse, puis de l’exaspération et de la colère.

Commençons d’abord par le style de l’auteur. Il s’agit d’un roman au format historique comme je les aime avec des personnages fictifs permettant de mieux s’imprégner de l’histoire. Ainsi, Claire Hajaj s’attaque au conflit Israélo-Palestinien à travers les personnes de Salim et de Judith. La narration n’est pas linéaire mais alterne l’histoire de Salim puis celle de Judith avant leur histoire commune et comporte de nombreux « flashbacks » dans le sens où cela part du présent pour retracer les événements ayant mené à la situation actuelle. Le début des chapitres est – presque toujours – marqué par l’année dans laquelle l’on se retrouve et le lieu où se joue l’action. Cela permet justement de ne pas perdre le fil mais le fait de reconstituer le passé en partant du présent a par moments – à mon avis – pris le pas sur la nécessité d’approfondir certaines étapes de l’histoire comme l’annonce aux deux familles de leur relation ou encore leur vie de jeunes mariés avant l’arrivée des enfants. Cela ne retire rien à l’histoire mais j’aurais aimé que ces points soient plus développés. Le rythme est prenant et l’intrigue est bien menée.

Passons aux personnages et à ce que j’ai pu retirer de ma lecture. Salim en premier. Dès le départ, l’on se rend compte que Salim a du mal à trouver sa place, déjà en tant que cadet d’une fratrie de 3 où l’aîné a déjà acquis ses marques auprès du père et où le benjamin était le chouchou de la mère. Avec son caractère impétueux, il ne souhaitait qu’une chose, devenir un « homme » aux yeux de son père en participant à la récolte des oranges, d’autant plus que cette année-là, son oranger – un arbre était planté à la naissance de chaque enfant – allait pouvoir donner des fruits. Ainsi lorsqu’ils durent quitter en catastrophe leur maison aux orangers, ce désir inassouvi demeura en lui et finira par devenir le but ultime de sa vie : récupérer sa maison aux orangers. D’autres traumatismes au cours de son enfance notamment la perte de leur pays face à Israël auront également instillé en lui un certain complexe d’infériorité, qui le minera à vie.

De ce fait, de la peine que l’on éprouvait pour ce petit garçon mal dans sa peau, on finit par ressentir une certaine exaspération pour l’adulte qu’il deviendra, jamais content de sa situation, toujours à blâmer les autres pour ses échecs en leur imputant l’argument du racisme envers les Arabes. Pour lui, il n’est jamais fautif, on lui a tout pris lors de son enfance et il mérite d’être heureux aujourd’hui. Le raisonnement se tient et c’est horrible de perdre sa maison, de voir sa culture bafouée, de chercher sa place mais de là à être « aveuglé » par son histoire, sa souffrance au point d’en oublier le présent avec la nouvelle famille que l’on a décidé de se construire, je ne trouve pas cela sain.

Venons-en maintenant à JudithJude pour les intimes (avant qu’elle ne rende compte du caractère péjoratif de ce diminutif). Il s’agit également d’une âme en peine qui au départ pensera trouver en Salim quelqu’un de semblable en raison du rejet qu’ils ont pu expérimenter dans leur jeunesse. Lui parce qu’il est Arabe, elle parce qu’elle est Juive. En effet, même si la guerre et les nazis sont loin, il persiste dans certains milieux des clichés et une hostilité (cachée ou non) vis-à-vis des Juifs. Autrefois lynchés pour des arguments religieux et financiers, ils sont aujourd’hui victimes d’autres préjugés tels qu’une supposée volonté de contrôler le monde et d’asservir d’autres pays. Judith pensant initialement avoir des amis se retrouvera bien seule. Mes sentiments envers elle ont suivi le chemin inverse, une certaine exaspération au départ, qui se transformera en peine voire en pitié. Tiraillée entre sa famille conservatrice et son envie d’être « comme les autres », elle mettra du temps à trouver un équilibre auquel Salim contribuera.

Seuls contre leurs familles, ils passeront les premières années de leur mariage dans une sorte de bulle, se serrant les coudes comme tous jeunes mariés et profitant comme ils pouvaient de leur vie à deux. Cependant, cela ne durera pas longtemps notamment avec l’arrivée des enfants et les difficultés professionnelles de Salim. Progressivement, leur relation se détériorera et ils illustreront ce que j’ai déjà eu à mentionner sur ce blog en ce qui concerne les différences culturelles dans un couple. Discussion et compromis. Tels sont les clés fondamentales – à mon avis – pour réussir un ménage où les deux individus ne sont pas issus de la même communauté. Ne pas essayer d’effacer une culture aux dépens de la seconde. Transmettre autant que possible sa culture dans le respect de la culture de l’autre. Malheureusement, cela s’avèrera compliqué dans un climat où le pays de l’un a eu à battre le pays de l’autre, avec pour finalité un sentiment d’injustice et de revendication d’une certaine légitimité de son identité de la part de Salim

La tension dans le foyer grimpera jusqu’à un point de non-retour avec des répercussions durables sur leurs enfants. D’ailleurs, le dénouement du récit est assez dramatique et inattendu, du moins, pour ma part… J’ai conscience d’en avoir beaucoup dit dans cet article et qu’il puisse décourager les gens à lire le roman mais je souhaitais exprimer mon sentiment vis-à-vis de cette lecture qui ne m’a clairement pas laissé indifférente et qui a touché des points que je trouve particulièrement intéressants. De plus, vivre le conflit à travers les personnages permet de se mettre un peu des deux côtés pour comprendre leurs vécus respectifs. Je ne prendrai pas position (en tout cas pas ouvertement dans cet article) mais j’en ai compris qu’il s’agit d’une histoire complexe avec d’autres protagonistes que les Juifs ou les Arabes (les Anglais).

En somme (ça devient long), je le recommande ne serait-ce que pour se mettre dans la peau des personnages, pour la narration rythmée de l’auteure et pour la fin assez inattendue mais en même temps, préparez-vous à vous énerver ou du moins à vous agacer, voire pleureur pour les plus sensibles sur la fin. Il est disponible ici. N’hésitez pas à partager votre ressenti si vous l’avez déjà lu.

On se retrouve bientôt pour un nouvel article. D’ici là, prenez soin de vous.

Bisous.

2 réflexions sur “La maison aux orangers – Claire Hajaj

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