Dans la ville d’Or et d’Argent – Kenizé Mourad

Le livre et l’auteur

Awadh, un des derniers états indépendants et prospères du Nord de l’Inde est convoité par la Compagnie Anglaise des Indes qui souhaite y étendre son emprise. Pensant parvenir à leurs fins en exilant son souverain, les Anglais eurent la désagréable surprise de voir se lever devant eux son épouse, la Bégum Hazrat Mahal. Malgré sa position de femme, cette dernière, épaulée par le Rajah Jai Lal, réussira à mettre sur pieds, la première guerre d’indépendance de l’Inde, la Révolte des Cipayes…

Récit historique mêlé de romance, Dans la ville d’Or et d’Argent nous plonge dans le vécu de cette grande reine qui posa les jalons de la lutte pour l’indépendance de l’Inde.

Éditions : J’ai Lu

Pages : 501

D’origine turco-indienne, Kénizé Hussain de Kotwara, de son vrai nom, est une romancière et journaliste française née à Paris en Novembre 1939. Mourad était le nom de son grand-père, Mourad V, sultan transitoirement de l’empire Ottoman dans les années 1870.

Après des études de sociologie et de psychologie à La Sorbonne, elle travaille d’abord comme journaliste indépendante puis entre au Nouvel Observateur en 1970, qu’elle quittera en 1982 pour se lancer dans l’écriture. Son premier roman De la part de la princesse morte, paru chez Robert Laffont en 1987 est un best-seller international, récompensé par le prix Anaïs Ségalas de l’Académie Française et le prix des lectrices ELLE.

Dans la Ville d’Or et d’Argent, sa 4e œuvre parait en 2010. Kénizé Mourad mène de nombreuses activités autour de la littérature et est notamment la marraine du Salon du Livre de l’Inde à Paris. En 2012, elle a été nommée Officier des Arts et des Lettres.

Mon ressenti

La construction du récit se fait en 36 chapitres. Le style de l’auteure est plutôt fluide mais l’enchaînement des événements historiques de façon un peu trop « scolaire » à mon sens et les titres honorifiques des divers personnages, ont fini par me lasser au cours de ma lecture, rendant ma progression assez laborieuse. Cela étant dit, il faut souligner tout de même le travail d’investigation qu’a dû faire Kenizé Mourad pour nous offrir un récit d’une telle richesse historique.  

Par la suite, une fois plongée dans l’histoire, on fait assez rapidement connaissance avec les « fortes têtes » de l’histoire, à commencer par Hazrat Mahal elle-même, dont il est question dans le récit. 4e épouse de Wajid Ali Shah, souverain de l’Etat d’Awadh; Muhammadi – de son vrai nom, se retrouva dans cette position privilégiée quelque part grâce à son audace, sa capacité à ne pas se laisser intimider et son intelligence. Contrairement aux autres femmes du souverain, se prélasser dans ses beaux appartements et s’adonner à des activités toutes plus divertissantes les unes que les autres ne l’intéressaient guère, quitte à s’attirer la haine de ses co-épouses. Hazrat Mahal préférait se tenir au courant des affaires politiques du Royaume, d’autant plus que les Anglais, déjà bien présents dans d’autres États Indiens, souhaitaient étendre leur emprise en annexant celui d’Awadh.

Cette jeune femme mènera d’abord seule puis accompagnée du Rajah Jai Lal un combat marquant le début de la « Révolution Indienne » qui conduira près d’un siècle plus tard, à l’Indépendance de l’Inde. Je l’ai trouvé très brave même si parfois, comme souvent, sa condition de femme fut un frein à sa crédibilité au point où elle dût se positionner derrière son fils âgé de moins de dix ans, qui en sa qualité d’éventuel futur roi, avait d’office le respect et la soumission de son peuple. Jamais elle ne baissa les bras et elle sut régner avec fermeté tout en étant à l’écoute du peuple.

Le souverain Wajid Ali Shah, pour moi, était un rêveur n’ayant pas la trempe pour régner. Il croyait aux bons sentiments des Anglais qui assuraient aux différents chefs d’États qu’ils conserveraient leur pouvoir même si l’Angleterre mettait son nez dans leurs affaires internes. Ainsi, il ne participera quasiment pas à la lutte que mèneront son épouse Hazrat Mahal et son grand ami le Rajah Jai Lal.

Le Rajah Jail Lal, quant à lui, était le type d’homme intègre, stratège, qui malgré ses doutes face à l’intelligence et l’ingéniosité d’Hazrat Mahal fera amende honorable en se rendant compte de la pertinence de ses remarques et de ses suggestions. Il trouvera en elle une alliée fidèle, sûre dans ses décisions et qui ne craignait pas de prendre des risques pour assurer la liberté de son peuple. Après, comme on pouvait le deviner, ils finiront par se retrouver dans les bras l’un de l’autre malgré son statut (à elle) de femme mariée au Roi. On pourrait crier au scandale mais j’ai presque envie de dire que les relations extra-conjugales sont – malheureusement – presque aussi vieilles que le monde et que cela n’est pas près de changer…

 Enfin, comme dans toute histoire d’occupation, de pouvoir et de révolte, il y a ceux qui se battent contre les envahisseurs et ceux qui préfèrent garder leurs privilèges en s’alliant à l’occupant si nécessaire, sans prendre en compte la souffrance du petit peuple. Par ailleurs, de nombreuses pertes humaines seront à déplorer aussi bien du côté des Indiens que des Anglais, chaque parti se rendant parfois coupable d’atrocités (extermination de femmes et d’enfants) qui ne feront qu’envenimer la situation jusqu’à l’affrontement final. Lucknow, la capitale d’Awadh, autrefois appelée la « ville d’or et d’argent », subira des pertes matérielles immenses notamment en ce qui concerne son patrimoine culturel. Pour finir, je pense qu’il est aussi intéressant de noter que le contexte, à un moment, favorisera l’émergence des rivalités entre les Hindous et les Musulmans, ce qui était inévitable dans un territoire aussi grand et multiculturel que celui des Indes.

En conclusion, ce fut une lecture enrichissante sur la genèse de la révolte Indienne, qui marqua le début de la libération de cette ancienne colonie Britannique. Hazrat Mahal, comme beaucoup de femmes dans l’histoire, a su s’imposer dans un « monde d’Hommes » et a pu leur prouver qu’elle valait tout aussi bien – voire mieux – qu’eux lorsqu’il s’agissait de réfléchir et de prendre des décisions quant à la gouvernance d’un état.

Je recommande pour ceux qui aiment bien le format des romans historiques malgré le côté un peu « listing » que j’ai pu mentionner au début de cet article et n’hésitez pas à partager votre ressenti si jamais vous l’avez lu ou lorsque vous le lirez. Le livre est disponible ici.

Cet article prend fin ici. Prenez soin de vous et je vous dis à bientôt.

Bisous.

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