Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’sondé

Le livre et l’auteur

Nsaku Ne Vunda voit le jour vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Elevé simultanément dans la foi Chrétienne et le respect des traditions Ancestrales, il sera très vite ordonné prêtre et sera rebaptisé Dom Antonio Manuel. Acquérant une solide réputation d’homme pieux et de bonne constitution auprès de la population locale ainsi que du roi des Bakongos de l’époque (Alvaro II), il sera missionné par ce dernier auprès du pape au tout début du XVIIe siècle pour plaider la cause des esclaves vers une abolition du commerce horrible qui se déroulait entre les côtes Africaines, l’Amérique et l’Europe. C’est ainsi que commenceront plusieurs mois de voyage au cours desquels Dom Antonio Manuel sera confronté à ce que l’humanité a de plus laid, remettant en cause tout ce en quoi il avait pu croire jusque-là…

Éditions : Actes Sud

Pages : 271

Wilfried N’sondé est un auteur et chanteur Français né le 28 décembre 1968 à Brazzaville en République du Congo. Après avoir passé ses premières années en Ile-de-France où il fait de brillantes études à La Sorbonne et à l’Université de Nanterre, il ira vivre à Berlin pendant vingt-cinq ans.

Son premier roman Le Cœur des enfants léopards voit le jour en 2007 et remporte aussitôt le Prix des Cinq Continents de la Francophonie et le Prix Senghor de la création littéraire.

Un Océan, Deux mers, Trois continents parait en 2018 et remporte également de nombreux prix dont le Prix Ahmadou Kourouma, le Prix France Bleu / Page des libraires et le Prix des lecteurs de l’Express / BFMTV.

Il vit aujourd’hui à Lyon.

Mon ressenti

Intéressant. Il est question ici de l’histoire romancée de Dom Antonio Manuel, premier Ambassadeur Africain, ayant réellement existé, envoyé auprès du pape de l’époque (Paul V) pour plaider la cause des esclaves au XVIIe siècle. Avant d’en dire plus sur le contenu, prêtons attention au style. En effet, avant de me procurer le roman, j’en avais lu un extrait en ligne et étais tombée amoureuse de la plume de Wilfried N’sondé. J’ai trouvé qu’il se rapprochait de la poésie et du lyrisme retrouvés par exemple dans Le Feu des Origines d’Emmanuel Dongala. Cela s’est confirmé tout au long de ma lecture avec une imprégnation assez forte de l’histoire d’autant plus que la majeure partie est narrée à la première personne, permettant une proximité avec le personnage principal. Enfin, autre élément important à mentionner, c’est le fait qu’il y ait quelques passages un peu plus « historiques », racontés à la troisième personne, permettant de se rapprocher des événements ayant eu lieu à cette époque. Il n’y a pas de réel chapitrage et l’alternance entre les points de vue est assez aléatoire.

En ce qui concerne maintenant le fond, l’on suit donc principalement Nsaku Ne Vunda, aka Dom Antonio Manuel, dont la venue au monde ne se passe pas de façon anodine et qui très vite paraitra aux yeux de sa communauté comme un esprit exceptionnel. Éduqué par les Missionnaires, profondément habité par sa foi Chrétienne, l’amour du prochain et souhaitant voir le bien en ses frères humains, il sera malheureusement assez vite plongé dans le bain des fourberies et des violences qui anime ce monde. En effet, malgré le caractère horrible du commerce des Esclaves et sa dénonciation qui commence à voir le jour à l’époque, des navires négriers persistaient et se faisaient passer pour de simples navires de marchandises. C’est ainsi que Dom Antonio Manuel embarque à bord du Vent Paraclet, mené par Louis de Mayenne, capitaine d’un navire commercial depuis plusieurs années, qui n’a pas échappé à l’appel du gain promis par le commerce d’esclaves. Dom Antonio Manuel se retrouve de plein fouet confronté à la maltraitance, à la souffrance de son peuple – et à son hostilité cela dit, vu le traitement de faveur dont il bénéficiait en sa qualité d’Ambassadeur – confrontation qui mettra à rude épreuve sa foi et son innocence.

Bien que difficile à lire par moments, tant le désarroi dans lequel est plongé Dom Antonio Manuel est profond, ce roman que je qualifierai « d’aventures » permet d’ouvrir une fenêtre sur le passé et d’en apprendre sur l’esclavage certes mais aussi sur le Royaume Kongo originel qui pour ceux qui ne le sauraient pas, recouvrait une superficie s’étendant sur une partie des deux Congo (RDC et Congo Brazzaville), une partie du Gabon et de l’Angola. On y découvre son origine selon une légende mettant en scène plusieurs femmes ayant décidé de prendre en main leur destin après le décès de leur époux, qui dans leur quête de liberté ont investi des terres qui plus tard deviendront le Royaume Kongo. Leurs descendants, filles et fils du Kongo seraient les Bakongos. La mention de ces mères fondatrices est assez importante dans la mesure où, le vécu tout entier de Dom Antonio Manuel sera un exemple de conciliation entre la « Nouvelle Religion » et les fondements ancestraux de son peuple. En effet, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, Dom Antonio Manuel après sa conversion et son ordination ne renonce pas à faire appel à ses aïeules lorsque cela est nécessaire. Il leur témoigne un profond respect et montre que cela est possible de demeurer attaché à ses traditions sans les rejeter ou les traiter de « diab… ».

Cela permet d’introduire le fait que finalement tout système de croyances ou de pensées n’est que ce que les humains en font. Dom Antonio Manuel se rendra bien compte au cours de son périple que le Catholicisme prôné par les Hommes n’est finalement qu’une vaste mascarade pour servir leurs intérêts personnels et asseoir leur domination sur d’autres peuples. Il devra se détacher progressivement de l’Église pour construire sa relation personnelle à Dieu afin de trouver une forme de paix. Et je trouve que c’est là que réside toute la force de ce roman. Tout le cheminement du personnage principal, ses doutes, ses remises en question en tant qu’homme de Dieu, ses faiblesses en tant qu’homme tout court (les « tentations de la chair »), sa volonté et sa témérité à demeurer sur le « droit chemin » pour mener l’intérêt des plus faibles jusqu’à bon port, fut-ce au prix de sa vie.

Voilà, je pense que je vais m’arrêter ici. Je vous le recommande bien évidemment. Il est disponible ici. Pour ceux qui l’auraient déjà lu, n’hésitez pas à partager votre ressenti. Je vous dis à bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.

Bisous.  

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