Le dernier frère – Natacha Appanah

Le livre et l’auteure

Raj avait moins de 10 ans lorsqu’il connut un drame familial qui bouleversa sa vie à jamais. Il ne semblait à partir de là ne trouver du réconfort qu’en se terrant dans les endroits les plus improbables. C’est ainsi qu’un jour, en rôdant autour de la prison d’état de Beau Bassin, il tomba nez-à-nez avec David, un petit garçon juif retenu captif sur l’île aux côtés d’autres membres de sa communauté. À partir de là, Raj sembla revivre. Sa joie fut décuplée lorsqu’il put enfin faire la connaissance de David et il crut que plus aucun nuage ne viendrait assombrir son ciel à partir du moment où les deux amis se retrouvèrent lâchés dans la nature. Devant la dure réalité de leurs quotidiens respectifs et souhaitant prolonger le plus possible ce bonheur inattendu, Raj prend la décision de fuir en emmenant David avec lui. Mais que sont deux enfants face au caractère imprévisible voire cruel du monde dans lequel nous vivons ?

Éditions : Points (parution initiale aux Éditions de l’Olivier)

Pages : 222.

Natacha Appanah a vu le jour en 1973 à Mahébourg sur l’Ile Maurice. Il s’agit d’une journaliste et romancière descendante d’une famille d’engagés Indiens. En 1998, elle s’installe en France et débute sa carrière en tant qu’écrivaine avec son premier roman Les Rochers de Poudre d’or, paru en 2003, qui lui a valu le Prix RFO du livre. Ont suivi Blue Bay Palace et La Noce d’Anna qui ont confirmé son talent.

Le dernier frère a été publié en 2007 et a reçu le Prix du roman Fnac de la même année et le Prix des lecteurs de L’Express en 2008.

Mon ressenti

Émouvant. Raj, plusieurs années après sa rencontre avec David nous emmène sur les traces de sa mémoire et nous conte son enfance faite de beaux et de moins beaux moments. Ainsi l’écriture est à la première personne avec un ton assez innocent, insouciant, lyrique, presque répétitif comme un enfant qui nous chanterait une comptine. Cela ne rend pas pour autant l’histoire moins dure. Le récit est découpé en quinze chapitres et l’on suit pas à pas Raj au cours d’à peine trois ou quatre années, presque rien dans la vie d’un homme, mais une période intense pour le petit garçon qu’il était.

Dès le départ, l’on sent que la vie de Raj n’est pas facile. Il vit dans une sorte de cabane en zone inondable avec ses parents – dont un père ivrogne – et ses deux frères. Vouant un amour sans bornes à ses frères (qui le lui rendaient), lui se sent presque en décalage, ayant une constitution semblant plus faible. Il essayait donc de compenser ailleurs, notamment à l’école où il fut le seul de sa fratrie à être inscrit. Raj déployait à peine ses ailes et essayait cahin-caha de survoler les difficultés de son existence lorsqu’il reçut un coup en plein vol qui le précipita à terre. De trois, il se retrouvera seul.

C’est donc l’histoire d’un petit garçon qui essaie désespérément de revivre après la perte de ses frères. C’est l’histoire d’un deuil trop lourd à porter pour un gamin qui n’a même pas encore dix ans. Qui doit également faire face à un père violent envers sa mère et lui. Ainsi à partir du moment où il fait la connaissance de David après un nouvel enchainement malencontreux d’événements, il a l’impression de commencer à sortir la tête de l’eau et de recommencer à avoir le cœur léger d’un enfant heureux.

Parallèlement, c’est l’histoire méconnue des Juifs, échoués sur l’Ile Maurice, victimes de la cruauté et de l’intolérance qui régnaient sur l’Europe à cette époque que l’on découvre (bien plus tard dans la narration) et dont David fait partie. En effet, lors de la seconde guerre mondiale, de nombreux Juifs, en fuite devaient rejoindre la Palestine, sous mandat Britannique à l’époque (1940). Malheureusement pour ces derniers qui ne disposaient pas de papiers d’immigration officiels, leur navire fut refoulé une fois arrivé à destination, et déporté sur l’Ile Maurice, colonie Britannique à cette époque. Ils furent emprisonnés à la prison de Beau-Bassin (où le père de Raj était décrit comme exerçant la fonction de gardien) où ils restèrent pendant quatre longues années. Au cours de cette période, près de 120 d’entre eux périrent et furent enterrés au cimetière de Saint-Martin. L’ensemble de ces éléments constitue un mémorial dont un musée qui a ouvert ses portes en 2014 et qu’il est possible de visiter.

Le seul bémol de ma lecture serait le fait que je m’attendais à en apprendre un peu plus sur l’histoire de l’Ile Maurice et sur la culture de ses habitants mais en même temps, je ne peux pas en vouloir à l’autrice puisque la quatrième de couverture mentionnait bien qu’il s’agissait d’une histoire d’amitié/fraternité entre deux petits garçons et non un développement sur les conditions de vie des Mauriciens à une certaine époque.

En somme, j’ai plutôt apprécié ma lecture et ai à nouveau enrichi mes connaissances personnelles. Malgré la dure réalité de Raj, il réussit à nous transmettre une certaine douceur dans la façon dont il dépeint son monde et les personnes qui le constituent. Avec lui, les notions d’amour fraternel, de loyauté et de fidélité prennent vie. Puis la façon dont il rend hommage à sa mère est tout simplement magnifique. Si vous souhaitez vous perdre dans une lecture facile, rapide mais aussi touchante, vous êtes au bon endroit. Mais attention, préparez vos mouchoirs pour ceux qui auraient un peu l’âme sensible. Il est disponible ici.

Je vous dis à bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.

Bisous.

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