Riwan ou le chemin de sable – Ken Bugul

Le livre et l’autrice

Après plusieurs années passées à l’étranger, une jeune femme revient dans son village natal. Sans, époux ni enfants, elle a du mal à trouver sa place. S’étant lié d’amitié avec un marabout avant ses pérégrinations, elle acceptera de devenir une de ses innombrables épouses. De sa place, elle nous livre une réflexion sur la place de la femme dans sa société ainsi que sur les questions du mariage sous ses diverses formes (monogamique, polygamique).

Éditions : Présence Africaine

Pages : 223

Ken Bugul, pseudonyme de Mariétou Mbaye Bileoma, est née en 1947 au Sénégal. Après une enfance passée séparée de sa mère et en contradiction avec son milieu, elle poursuit ses études à Thiès puis à Dakar avant de s’envoler pour la Belgique en 1971. Ses années en Europe seront relativement troublées (racisme, exclusion) et elle revient sur le continent d’abord au Sénégal en 1981 où elle devient la vingt-huitième épouse d’un Serigne puis au Bénin en tant qu’épouse d’un médecin Béninois à la mort de son premier époux.

Il s’agit d’une femme de lettres, fonctionnaire internationale ayant vécu dans différents pays d’Afrique. Depuis 1993-1994, elle se consacre à l’écriture. Ses œuvres relatent presque toute sa vie. Riwan ou le chemin de sable, paru en 1999, correspond à sa troisième œuvre et a été couronnée par le Grand Prix littéraire d’Afrique Noire.

En Wolof, Ken Bugul signifie “celle dont personne ne veut ». (Sources : quatrième de couverture, Wikipédia, Babelio).

Mon ressenti

Confuse. Le récit de Ken Bugul est réparti de façon informelle en « chapitres » au nombre de dix-huit environ, de longueur inégale. La plume de l’autrice est vive, pleine de reliefs avec des montées et des descentes en intensité. Un peu comme dans une poésie ou un chant. Quelques mots en Wolof trouvent leur place dans ses dires et leur apportent une touche d’authenticité.

En ce qui concerne le fond maintenant, il s’agit de la partie de la vie de Ken Bugul, où celle-ci, revenue de ses années passées en Europe, devient la vingt-huitième épouse d’un Serigne, guide spirituel de son village. Elle nous fait entrer dans l’intimité de cette concession où les femmes disposent d’une cour qui leur est propre, ne font pas autre chose que les tâches ménagères et s’estimeraient heureuses de leur sort.

En effet, à travers sa plume et son vécu, Ken Bugul nous dépeint une autre vision de la polygamie qui pourrait en choquer plus d’un. Les femmes du Serigne se sont retrouvées là par divers moyens, certaines ayant juste été « remises » à ce dernier un peu comme Rama, qui rejoindra la concession avant Ken Bugul. Et bien sûr, peu importe la modalité avec laquelle elles se sont retrouvées épouses du Serigne, elles n’avaient pas leur mot à dire. On sent tout le désespoir et la perplexité que cette tradition peut engendrer chez des jeunes femmes qui avaient peut-être d’autres aspirations dans la vie ou qui s’imaginaient faire une union d’amour ou du moins une union fastueuse, pas juste « remise » à quelqu’un sans festivités.

Plusieurs conseils leur sont donnés avant l’arrivée dans la concession. Des conseils qui pourraient se résumer en « tais-toi et fais ce que ton mari te dira ». Une fois la concession intégrée, chaque femme a son tour auprès du Serigne qui donne l’impression d’avoir plutôt des boniches à la place de ses femmes puisqu’il n’a aucun mot de tendresse envers elle, juste des « fais ceci » ou « fais cela ». Et pourtant, on se retrouve à lire une forme d’acceptation voire de joie à se retrouver dans cette position. Les femmes du Serigne ne manquent de rien, leurs familles sont honorées de voir leurs filles mariées à un homme ayant un certain pouvoir. Puis celles-ci, dans leur cour, disposent d’un environnement unique où elles peuvent s’exprimer et être elles-mêmes, aborder des sujets qui fâchent sans avoir le regard extérieur de la société sur elles.

Lorsque vient le tour de Ken Bugul, elle s’enthousiasme de sa position presque privilégiée, étant la seule épouse du Serigne à posséder une instruction et ayant vécu à l’étranger. Pour celle qui revenait meurtrie de son parcours en Europe et pointée du doigt par sa société pour n’avoir ni conjoint, ni enfant, rejoindre le bataillon des épouses du Serigne lui permet une certaine réhabilitation. Bien que cela paraisse absurde aux lecteurs extérieurs que nous sommes. Elle va même jusqu’à trouver un côté stimulant à la rivalité entre co-épouses lorsque cela est fait de façon « saine » …

Ainsi, à l’arrivée d’une nouvelle épouse, alors qu’elle percevait les prémices d’une jalousie naissante, Ken Bugul finit par décortiquer le fonctionnement d’un foyer polygame et prodiguer des conseils sur comment conserver son homme, sur l’art de la séduction, sur pourquoi les femmes du Serigne semblaient toujours prêtes et donne l’impression globale que ces femmes ont un certain pouvoir, pouvoir insoupçonné ou méconnu par nous autres, extérieurs à la concession ou à un mariage polygamique.

Je pourrai écrire longuement sur cette œuvre mais il faut la lire pour comprendre. Plusieurs éléments révulseraient les femmes modernes mais je trouve que c’est justement là que réside le talent de l’autrice. Nous secouer dans nos idées préconçues sur un thème comme la polygamie. Je reste fermement opposée à ce régime matrimonial et quoi que dise Ken Bugul dans son œuvre, je trouve que les traditions décrites sont pleines de misogynie avec une touche de pédophilie où des petites filles sont données en mariage à des hommes pouvant être leur grand-père. Cela dit, elle a le mérite de mettre en lumière une façon différente de voir les choses et l’assume.

Il est disponible ici. Riwan ou le chemin de sable a tellement réussi à me perturber que j’ai envie de lire les autres œuvres de Ken Bugul pour encore mieux saisir sa pensée.

Dans l’intervalle, je vous dis à bientôt pour un nouvel article.

Bisous.

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A PROPOS

La lecture m’accompagne au quotidien depuis quasiment mon enfance. Passionnée par les auteurs Africains, Afro-descendants et des minorités en général, je ne m’empêche pas d’explorer d’autres horizons lorsque j’en ai envie ou lorsqu’on me le propose. Depuis plus de 5 ans, je partage mon ressenti et mes avis aussi bien par ici que sur Instagram, Facebook et Twitter. Bienvenue, j’espère que la visite vous plaira et n’hésitez pas à me suivre sur mes réseaux sociaux pour plus d’échanges autour des livres. Annette.

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