Le livre et l’autrice

Quatrième de couverture : « Eniolá n’a que seize ans et il doit déjà subvenir aux besoins des siens. Il passe ses journées à faire des courses pour l’atelier de couture local, à collecter les journaux, à mendier quand il le faut, tout en rêvant d’un avenir meilleur. Fille d’une riche famille, Wúràolá, jeune médecin de vingt-huit ans, espère quant à elle contenter enfin ses parents en épousant le fils d’un politicien en pleine ascension. En apparence, les vies d’Eniolá et de Wúràolá sont diamétralement opposées, mais un jour, alors que des violences éclatent à travers le pays, leurs trajectoires vont entrer en collision.
Un puissant conte nigérian moderne dans lequel Ayòbámi Adébáyò met en lumière le fossé entre les pauvres et les nantis… et la force de notre humanité commune. »

Editions : J’ai Lu

Pages : 608

J’avais déjà abordé la biographie de Ayòbámi Adébáyò dans mon article sur son premier roman, Reste avec moi.

Mon ressenti

Prenant, déchirant, bouleversant.

Pour ceux/celles qui suivent mon activité littéraire ou qui m’ont déjà sollicité pour une recommandation de lecture au cours de ces dernières années, vous m’avez sûrement déjà entendu parler de Reste avec moi. Le fameux premier roman de l’autrice qui m’avait plus que conquise. C’est donc avec une certaine hâte que j’attendais la suite de son travail et grande fut ma joie lorsque j’appris qu’elle avait sorti un nouveau roman. Nouveau roman qui m’a tout autant fait effet que le premier. Je n’ai littéralement pas vu les six cent pages défiler.  

L’écriture est relativement simple, allant droit au but avec une description assez juste de la psychologie de chaque personnage. Les thèmes abordés sont durs mais la façon de les emmener rend l’expérience de lecture poignante sans toutefois brusquer.

Sur le fond, nous sommes dans une ville du Nigéria des temps modernes où vivent nos deux protagonistes. D’un côté, on fait la connaissance d’Eniolá, aîné d’une fratrie de deux enfants, dont la famille a sombré dans la misère à la suite du licenciement de son père, qui était enseignant et principal pourvoyeur financier du foyer. Et de l’autre, on découvre Wúràolá, cadette d’une fratrie de trois enfants, fille modèle, médecin mais dont la valeur entière ne sera reconnue que le jour où elle se mariera à un bon parti.

Avec Eniolá, nous vivons de plein fouet la chute de la figure parentale qui est censée subvenir aux besoins de ses enfants ; les rêves brisés et la déception de ces derniers. Mais il est aussi question des difficultés dans le couple lorsqu’une partie ne remplit plus le rôle implicite qui lui était assigné ; les extrêmes auxquelles la misère peut pousser ceux qui la vivent (mendicité, courber l’échine à tout-va en ravalant son amour-propre, fréquenter les « mauvaises personnes ») et les conséquences parfois dramatiques des actions entreprises pour se sortit du trou dans lequel leur existence semblait s’enfoncer.

Quant à Wúràolá, elle nous permet d’assister à l’envers du décor des familles aisées, qui souhaitent entretenir leur entre-soi et où malgré une certaine instruction accessible grâce justement à leurs moyens financiers, une femme reste « incomplète » tant qu’elle n’est pas mariée. Les injonctions pour avoir un comportement qui ne ferait pas fuir un futur bon parti sont nombreuses aussi bien à son encontre, qu’à celles de sa petite sœur Motara, la brebis galeuse de la fratrie (petit coup de cœur d’ailleurs pour son caractère je-m’en-foutiste dans tout cet océan de conformisme).

Il est aussi question avec elle de la problématique des violences conjugales ; de la complexité parfois de la psyché des victimes et de l’intériorisation de certains schémas, qui les empêche justement de s’extraire de ce milieu où elles sont pourtant en danger.

J’ai eu beaucoup de peine pour Eniolá et sa famille mais Wúràolá m’a un peu agacé.

Avant de finir, il faut noter que les deux récits se rejoignent sur plusieurs points. En premier, la faillite de l’état. En effet, dans le cas d’Eniolá par exemple, force est de constater qu’il n’y a pas de système permettant aux personnes ayant perdu leur emploi de subvenir à leurs besoins en attendant d’en trouver un autre.  Pour Wúràolá, il s’agit de l’état des hôpitaux publics, où le manque de moyens et les coupures intempestives d’électricité grèvent le pronostic vital des personnes qui y allaient pour des problématiques parfois initialement bénignes.

En deuxième, il s’agit de la corruption en politique. Pour s’assurer un poste, certaines personnes, notamment de la classe aisée n’hésitent pas à recourir à des manœuvres peu recommandables en coulisses, tout en s’affichant comme les bienfaiteurs du petit peuple en public.

En troisième et dernier point, la place des femmes. Elles sont au cœur du récit de Ayòbámi Adébáyò. Leurs sacrifices, leurs rêves et désirs pour elles comme pour leurs enfants, leurs combats lorsque l’homme, toujours perçu comme le pourvoyeur, flanche. Les mères d’Eniolá et de Wúràolá, bien que vivant dans des réalités différentes sont à saluer chacune. Les petites sœurs, Busola et Motara sont remarquables par leur vivacité et leur capacité à prendre position pour elles-mêmes.

Bref, vous l’aurez compris, je recommande. Préparez juste vos mouchoirs parce que certains moments sont vraiment durs. Si vous l’avez déjà lu, n’hésitez pas à venir partager votre ressenti., qu’on se soutienne après une expérience littéraire pareille.

En ce qui me concerne, je vous dis à bientôt pour un nouvel article.

Bisous.


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