Un goût de cannelle et d’espoir – Sarah McCoy

Le livre et l’auteur

Deux femmes, deux époques différentes. Et pourtant, leurs chemins finiront par se croiser… Reba Adams, journaliste au Texas doit écrire un article sur les coutumes et traditions des fêtes de fin d’année dans le monde. Lorsqu’elle passe devant la boulangerie Allemande d’Elsie, immigrée aux Etats-Unis depuis plusieurs années, elle se dit qu’elle tient son coup. Initialement partie pour récolter le strict minimum nécessaire à son travail, Reba se retrouvera emportée par le récit de la vie d’Elsie, à l’époque de la seconde guerre mondiale, dans une Allemagne déchirée par la haine où faire le bon choix ne semblait plus si évident… De son côté, Reba porte également son lot de souffrances et devra se replonger dans son passé afin d’en ressortir plus libre…

Sans lien apparent, ces deux histoires nous transportent pourtant dans un univers commun de résilience, de courage et d’espoir, en dépit des ravages que peut provoquer la guerre entre les hommes mais aussi à l’intérieur d’eux.  

Editions Pocket

Pages : 511

Sarah McCoy est une romancière américaine née dans le Kentucky le 14/04/1980. Fille de militaire, elle a passé son enfance dans les déménagements et a ainsi vécu en Allemagne où elle retourne souvent. Elle réside actuellement à El Paso au Texas avec son mari, où elle donne des cours d’écriture à l’université. Un gout de cannelle et d’espoir est son premier roman publié en France (Les Escales, 2014). Ont suivi Un parfum d’encre et de liberté (2016) ainsi que Le souffle des feuilles et des promesses (2017).

Mon ressenti

J’ai beaucoup apprécié ma lecture. A la base, je suis plutôt fan des romans historiques (tant qu’ils ne sont pas trop « scientifiques ») parce qu’ils permettent d’en apprendre plus sur les événements du passé tout en rentrant quelque part dans la peau des personnages et en vivant les situations avec eux. Je trouve cela moins barbant que les livres qui relatent des faits un peu comme une liste impersonnelle.

Ici, l’auteur fait des aller-retours entre deux époques, les années 44-47 en Allemagne à Garmisch près de Dachau et les années 2007-2008 en Amérique au Texas. Cela peut déstabiliser ceux qui n’ont pas l’habitude de lire des œuvres écrites avec ce style mais pour quelqu’un qui en a déjà lu plusieurs, la lecture est fluide et les événements s’enchainent sans que l’on en perde le fil.

Il est d’abord question d’Elsie, jeune Allemande de 16 ans, fille de pâtissiers – boulangers, qui malgré le climat de tension lié à la guerre, menait une existence plutôt paisible avant de se retrouver du jour au lendemain dans une situation délicate lorsqu’elle accepta de prendre sous son aile Tobias, un petit garçon juif de 10 ans. En effet, La boulangerie des Schmidt était l’une des rares, voir la seule à continuer à tourner malgré les temps difficiles et la famille bénéficiait d’une sorte de protection de la part d’un officier SS, Josef Hub qui espérait épouser Elsie. De plus, Hazel, la sœur aînée d’Elsie, faisait partie des génitrices de ce qui était appelé à l’époque un Lebensborn. Le Lebensborn désignait de façon assez large une association au niveau national qui avait pour but de pratiquer un eugénisme systématique à la naissance de façon à n’avoir que des enfants de « race aryenne » pure et dominante, à offrir à la nation.

Il existait donc des maternités ou des lieux où les hommes, officiers SS pour la plupart, étaient invités à concevoir avec leur épouse légitime afin de donner naissance à ces « enfants parfaits de la nation ». Certaines femmes, considérées comme étant de « race aryenne pure », sans époux, étaient même parfois « recrutées » pour avoir des relations sexuelles avec des officiers, toujours dans le funeste but de produire des enfants qui seraient l’image d’une race au-dessus de toutes les autres.  

Les critères de sélection étaient à la fois physiques comme par exemple le classique blond aux yeux bleus, mais il fallait aussi que ces enfants soient en parfaite santé dès la naissance et qu’ils grandissent bien. S’ils présentaient de quelconques signes « d’anormalités », ils étaient retirés à leur mère et emportés dans un endroit d’où ils ne revenaient jamais puisqu’ils y étaient exécutés…

Ces pauvres femmes vivaient donc dans un climat de terreur où le moindre faux pas était puni. Tout devait tourner autour de la perfection de la nation, et elles devaient lui être dévouées en remplissant leur rôle sans trop s’épancher sur leurs sentiments maternels. Hazel, la sœur d’Elsie qui avait déjà perdu son mari, et qui risquait de perdre l’un de ses enfants, commença à nourrir une haine envers le régime au pouvoir et se risqua à mettre par écrit ses sentiments, attirant l’attention sur elle au fur et à mesure de ses échanges avec sa petite sœur.

En acceptant donc d’héberger Tobias, Elsie risquait d’aggraver la situation de sa famille. Et pourtant, après un moment d’hésitation, ce soir d’hiver, elle prit son courage à deux mains et le cacha du mieux qu’elle put aussi longtemps que possible. Il a failli être découvert à plusieurs reprises mais telle une mère, Elsie mit tout en œuvre pour le protéger. Lorsque la guerre se termina enfin, malgré les souffrances endurées, Elsie réussira à se relever et suivra un médecin américain aux USA où elle se construira une autre vie…

Autour d’elle, tout le monde n’eut pas cette chance. Josef Hub, en particulier, officier SS finira ses jours d’une façon triste mais non étonnante au vu de son vécu de la guerre durant toute la narration. En effet, la guerre fait beaucoup de ravages parmi les civils mais les premiers exposés sont les militaires qui en plus de mettre leur vie en péril en partant au front, se retrouvent à devoir exécuter leurs semblables humains sur ordre de leurs supérieurs. Des personnes que l’on sait innocentes mais qu’il faut arrêter parce qu’étant juives par exemple. Puis il y a les horreurs vécues sur les champs de bataille. Même si l’on s’en sort indemne physiquement, rien ne garantit que le psychologique ait été préservé.

C’est à peu près dans ce contexte que se fait le lien avec l’histoire de Reba. Reba Adams est fille de militaire, journaliste freelance, en relation avec Riki Chavez, un garde-frontière et elle a peur de l’engagement. Durant son enfance, son père est revenu brisé par les atrocités vécues lors de la guerre du Vietnam et sa mère, sa sœur et elle ont dû quelque part subir sa souffrance jusqu’à son suicide quelques années plus tard. Ainsi, ne sachant à quoi s’attendre lorsque l’on s’unit à quelqu’un pour la vie, Reba avait du mal à donner une réponse à la demande en mariage de Riki.

J’avoue que l’histoire de Reba en elle-même n’a pas grand-chose à voir avec celle d’Elsie en dehors du fait qu’elle ait eu dans sa vie deux hommes tenus par des devoirs envers les autorités. Les deux font penser à Josef Hub. Le premier, son père, a dû reprendre sa vie avec un « loup » dans le ventre jusqu’à sa mort et le second Riki, son compagnon, est tenu de faire son travail de garde-frontière et donc de renvoyer les immigrants clandestins vers le Mexique, mais en même temps, étant humain avant tout et fils d’immigré lui-même, il ne peut rester insensible à leur souffrance et leur misère.

Le vécu de ces trois hommes pose quelques questions : l’autorité a-t-elle toujours raison ? Je pense que nous serons plusieurs à répondre non. Ensuite, qu’aurions nous fait dans la situation de ces hommes ? C’est beau de vouloir s’engager pour son état et faire « régner l’ordre » mais en même temps, il faudrait s’assurer d’être prêt psychologiquement et il devrait être possible de se retirer lorsque l’on sent que les actions menées vont à l’encontre de nos principes humains. Ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas…

 Malgré tous ces points intéressants associés à une narration entraînante, il existe quelques lacunes à mon avis, que je souhaite pointer du doigt. L’histoire d’Elsie, aussi belle soit elle m’a laissé un petit goût d’inachevé. Après son départ pour l’Amérique, plus rien n’est évoqué de sa vie ou du moins, de façon très brève et indirecte, avant sa rencontre avec Reba. Elle ne rentrera qu’une fois dans son pays natal après plusieurs années et ce ne sera que pour demeurer aux côtés de sa mère mourante. De plus, en ce qui concerne Tobias, après avoir réussi à échapper à la gestapo avec l’aide d’Elsie, on ne saura ce qu’il est devenu qu’à la toute fin dans une lettre qu’il adresse à Elsie. Enfin, comme je le disais un peu avant, l’histoire de Reba en elle-même n’apporte pas grand-chose au récit et j’ai limite été plus touchée par les remises en question de Riki que par les tergiversations de cette dernière.

Néanmoins, c’est un livre que je recommande. J’y ai pour ma part découvert ce qu’étaient les Lebensborn et à mon avis, Elsie, bien qu’étant fictive, représente tous ces Allemands qui n’ont rien fait d’autre qu’être humains malgré ce que cela aurait pu leur coûter au vu de la « folie » dans laquelle avaient sombré les autorités du pays. De plus, les dernières pages regorgent de nombreuses recettes de pâtisseries allemandes, toutes plus appétissantes les unes que les autres. Si vous adorez cuisiner, vous y trouverez votre compte 😉

Cet article prend fin ici. Le livre est disponible ici. Un nouvel article paraîtra dimanche.

Prenez soin de vous et à bientôt,

Bisous.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.