Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

Le livre et l’auteur

Ifemelu, jeune Nigériane se voit quitter son pays, ses parents, son amour de l’époque Obinze pour les Etats-Unis lorsqu’une opportunité d’aller y poursuivre ses études se présente à elle. Parachutée dans un monde totalement différent du sien, elle découvrira la notion de race avec ses inégalités au pays du « self-made men », devra se battre pour s’y faire une place et y vivra pendant plus de dix ans avant de décider presque sur un coup de tête de rentrer dans son pays natal. Parallèlement à sa vie, de l’autre côté de l’Atlantique, Obinze après un court passage en Angleterre, a fait la sienne avec son lot de hauts et de bas. Ainsi, le temps d’une coiffure en vue du grand voyage, c’est la vie d’Ifemelu et de tout son petit monde que l’on voit se mettre en place avant le grand retour au pays.

Pages : 687

Parution en 2014 initialement aux éditions Gallimard.

Version poche présentée, éditée chez Folio.

Si vous êtes un grand lecteur, Chimamanda Ngozi Adichie est un nom qui ne doit pas vous être inconnu. En effet, elle est un grand nom de la littérature Africaine de ces quinze dernières années. Issue d’une famille originaire d’Abba (sud-est du Nigéria), Chimamanda est née à Enugu le 15 septembre 1977, et a grandi à Nsukka (sud-est du Nigéria également), où est basée l’Université du Nigeria (UNN, University of Nigeria, Nsukka). Son père y était professeur de statistiques et sa mère y gérait le bureau de la scolarité.

Le parcours universitaire de Chimamanda Adichie est assez riche. A l’âge de 19ans, après plus d’un an d’études en médecine et en pharmacologie à l’UNN, Chimamanda quitta son pays pour les Etats-Unis afin d’y étudier la communication et les sciences politiques. Elle passera sur les bancs de l’université Drexel (Pennsylvanie), puis sur ceux de l’Eastern Connecticut State University où elle obtiendra son diplôme en 2001. Suivront un master de création littéraire à l’université Johns-Hopkins (Baltimore) en 2003 et une maitrise en arts d’études Africaines à Yale en 2008. Enfin, récemment en 2017, elle a reçu un doctorat honoris causa en littérature de la part du Haverford College et de l’université d’Edimbourg.

Ses premiers écrits remontent à 1997 et 1998, représentés respectivement par un recueil de poèmes (Decisions) puis une pièce de théâtre (For love of Biafra) mais elle ne connaitra réellement le succès qu’à partir de 2003 avec L’Hibiscus Pourpre (primé Commonwealth Writer’s Prize en 2005). Son second roman, L’Autre moitié du soleil, paru en 2006, recevra le Orange Prize for Fiction en 2007. Il a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2014. Suivra Autour de ton cou, recueil de nouvelles, paru récemment en format poche mais initialement publié en 2009.

Americanah est publié en 2013 (VO) et est sélectionné par le New York Times comme l’un des « 10 meilleurs livres de 2013 ». Le titre fait référence au terme employé pour désigner les personnes revenues au pays après avoir vécu aux Etats-Unis. En 2014, suit Nous sommes tous des féministes dont on peut entendre quelques lignes dans la chanson Flawless de Beyoncé. Enfin en 2017, Chère Ijeawale voit le jour. Elle est élue la même année à l’Académie Américaine des Arts et Des sciences.

Chimamanda Ngozi Adichie vit entre Lagos et Washington.

Mon ressenti

J’ai dévoré ce pavé de presque 700 pages en l’espace de deux semaines. Je trouve que Chimamanda Ngozi Adichie écrit divinement bien. Le récit brasse plusieurs thèmes (le tout avec un ton caustique et une touche d’humour), que je vais développer un peu de ce pas.

L’histoire d’Ifemelu en elle-même (ainsi qu’une partie de celle d’Obinze) est assez « commune » dans le sens où je connais plusieurs personnes (dont moi-même) qui ont eu à quitter leur pays pour se chercher un avenir meilleur avec le lot de « complications » que cela peut générer. En tant que jeune Africaine, et après avoir lu une partie de ce que j’appelle « les classiques » de la littérature Africaine qui portaient pour beaucoup sur l’époque coloniale/post-coloniale, cela faisait du bien de se reconnaitre à travers des personnages vivant les mêmes situations de notre quotidien dans le « monde moderne ».

Ainsi, j’ai trouvé que Chimamanda Adichie dépeignait avec justesse les difficultés du terrain lorsque l’on débarque fraichement de son pays pour poursuivre ses études. Faire face aux préjugés sur son niveau « d’évolution » par exemple (comme lorsqu’une dame à un guichet s’adressa d’emblée à Ifemelu en détachant les mots comme si celle-ci ne pouvait comprendre une phrase dite d’un trait parce qu’étant étrangère alors qu’elle était aussi anglophone) … Se rendre compte que les habitants du pays d’accueil peuvent comprendre que les gens fuient en situation de guerre ou de famine mais ne comprennent pas que l’on souhaite simplement avoir de meilleures conditions de vie sans que son pays ne soit un champ de bataille (le cas d’Obinze durant son court séjour en Angleterre) …

Déchanter par rapport aux idées que l’on se faisait sur un potentiel membre de famille vivant dans le pays en question (doit également se battre pour vivre et ne peut porter notre misère en plus de la sienne) … Ou encore se retrouver seul.e et devoir parfois accumuler plusieurs jobs pour s’en sortir. Se mettre dans des situations délicates pour espérer avoir ses papiers…Et bien d’autres coups que l’on se prend au début. Certains finissent par s’en sortir, d’autres non.

C’est à ce moment que le sujet de la santé mentale arrive sur la table. Empêtrée dans ses difficultés, Ifemelu sombre peu à peu mais refuse de s’imaginer être en train de faire une dépression. Cette question, tout à fait légitime, est pourtant assez souvent « ignorée » ou « banalisée » dans les communautés Noires, du moins dans les pays d’Afrique subsaharienne. Avec pour principale raison le fait qu’il s’agirait « d’une histoire de Blancs ». Les Noirs n’ont pas le temps de s’apitoyer sur leur sort ou leurs émotions. Ils sont/doivent être « forts » et toujours joyeux… Ils n’ont habituellement pas le stress de « la vie à l’Occidentale » et sont entourés la plupart du temps par leurs proches donc comment cela serait-il possible ? Telles sont souvent les raisons avancées par les personnes qui y voient « un truc de Blancs ».

Je ne m’étais jamais penchée sur la question avant de voir des cas autour de moi et de lire des témoignages sur les réseaux sociaux. Puis une fois, lorsque j’en ai parlé avec mon père (pourtant médecin), il semblait dire qu’il y avait peu de chances qu’un Noir fasse une dépression… Pour moi, c’est en quelque sorte nous retirer une partie de notre humanité que de ne pas considérer qu’il est possible de ne pas aller bien mentalement. Les maladies mentales sont souvent perçues comme une « faiblesse », et il n’est pas autorisé de l’être. Or, on ne peut toujours se tenir debout, fort et vaillant. Cela fait partie de l’Homme. J’espère que mes frères et sœurs (ou toute autre personne) concerné.es pourront trouver un entourage bienveillant qui les comprendra, les soutiendra et leur permettra de faire un pas vers la guérison.

Une fois un équilibre atteint, Ifemelu commencera à se faire un nom via son blog sur lequel elle abordera les questions raciales de la société Américaine. L’un de ses billets présentés dans le récit m’a particulièrement intéressé dans la mesure où il mettait en exergue ce qu’était le « white privilege » de façon très simple et claire. Encore une fois, pour une fana des réseaux sociaux que je suis, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu passer les débats sur le « white privilege » ou encore sur le « racisme antiblanc » (sans commentaires) par exemple.

Même si pour ma part, je comprenais très bien ce que c’était que le « white privilege », j’ai trouvé cela remarquable qu’elle puisse aussi bien l’expliquer dans un livre que l’on peut mettre entre les mains de (presque) tout jeune. D’autant plus que plusieurs personnes Blanches ne le comprennent pas et ont tendance à se vexer lorsque l’on leur dit qu’elles bénéficient d’un « privilège ». Il ne s’agit pas d’un privilège en termes de santé ou de préoccupations matérielles, mais un privilège de « race », de « couleur peau ».

Pour ne pas dénaturer ses propos et en même temps fournir un aperçu de ce que c’est que ce fameux « privilège », voici ce qu’elle dit :

[…] Si vous répondez non à la plupart des questions, félicitations, vous bénéficiez du privilège des Blancs :

Si vous voulez faire partie d’un club prestigieux, vous demandez-vous si votre race rendra la chose difficile ? Quand vous allez faire des achats seul dans un magasin élégant, craignez-vous d’être suivi ou harcelé ? Vous inquiétez-vous que vos enfants n’aient pas de livres ou d’ouvrages scolaires qui représentent des gens de votre race ? […] Si vous être grossier, si vous êtes pauvrement vêtu, pensez-vous que les gens puissent dire que c’est à cause des mœurs dépravées, de la pauvreté ou de l’analphabétisme de votre race ? Si vous réussissez dans un emploi, vous attendez-vous à ce que l’on dise que vous faites honneur à votre race ? Ou que vous êtes différent de la plupart des gens de votre race ? […] p. 508-509

Pour moi, tout est dit.

Enfin, pour finir, je pense qu’il est nécessaire de mentionner que Chimamanda Adichie a su écrire un personnage féminin libre, qui vit sa vie comme elle l’entend en la personne d’Ifemelu. Sa façon d’être contrastait avec le profil des femmes que j’avais pu lire jusqu’à présent dans les autres œuvres plus « anciennes ». Ifemelu était maitresse de sa vie. Sa carrière, ses partenaires, ses choix. Je n’étais pas toujours en accord avec son comportement, surtout une fois rentrée au Nigeria, mais cela fait du bien de lire une femme active et non plus obligée de subir ce que les autres ont décidé pour elle.

En somme… je n’ai pas pu tout mettre dans cet article, haha. J’ai eu un peu de mal à me mettre dans l’histoire mais une fois que ce fut fait, comme je le disais, je n’ai pas pu lâcher l’affaire avant de tourner la dernière page. Je n’ai parlé que de quelques points dans cet article mais il s’agit d’une vraie mine de sujets divers qui parleront beaucoup aux sujets Noirs tout en initiant les sujets Blancs à des réalités qu’ils ne vivent pas ou qu’ils ont du mal à comprendre. Et pour ces derniers, il n’est pas à prendre comme un procès mais plutôt comme une immersion dans le quotidien de Jeunes Noirs, en quête d’un avenir meilleur, avec ce que cela peut engendrer que l’on quitte son pays (préjugés, relations interculturelles) ou que l’on y reste (devoir quasiment se faire pistonner pour s’en sortit). Je recommande à 100%.

Ma prochaine lecture de Chimamanda Ngozi Adichie est déjà prévue il s’agira de L’autre moitié du soleil. Americanah est disponible ici. Cet article se termine ici. Il a été long et si vous êtes restés jusqu’à la fin, déjà bravo et n’hésitez pas à me faire part de vos retours, surtout pour ceux qui ont déjà lu le livre.

Prenez soin de vous et à bientôt.

Bisous.

2 réflexions au sujet de « Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie »

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