Notre quelque part – Nii Ayikwei Parkes

Le livre et l’auteur

Tout juste rentré de l’Angleterre où il a été diplômé en médecine légale, Kwadwo Odamtten (« Kayo » pour faciliter la prononciation à ses collègues anglais) se retrouve à travailler dans un simple laboratoire d’analyses biologiques après avoir été évincé par la police scientifique d’Accra. Alors qu’il pensait tout espoir perdu, une affaire impliquant la petite protégée d’un haut fonctionnaire du pays et un certain Kofi Atta lui permettra de mettre son apprentissage en pratique. Dans ce « quelque part », village un peu perdu du Ghana moderne, c’est avec l’aide de Yao Poku, vieux chasseur respecté du village, conteur de l’histoire, qu’il réussira à venir à bout du mystère du fameux Kofi Atta.

Éditions : Zulma

Pages : 288 pages

Nii Ayikwei Parkes est un écrivain anglophone au sens large (poète, romancier, nouvelliste, chroniqueur) né le 1er avril 1974 en Angleterre de parents ghanéens. Élevé au Ghana par ses parents, il retourne au Royaume-Uni pour ses études supérieures à l’Université métropolitaine de Manchester et obtient un Master of Arts en écriture créative au Birbeck College de l’Université de Londres (2006). Enseignant, éditeur (fondateur de la maison d’édition Flipped Eye Publishing), il s’est surtout fait connaitre depuis le début des années 2000 pour ses talents de poète et a reçu de nombreuses distinctions pour ses œuvres.

Tale of the Blue Bird paru pour la première fois en 2009 est finaliste du Commonwealth Prize. La traduction francophone Notre Quelque Part paru aux Editions Zulma en 2014 remporte le prix Mahogany, le prix Baudelaire et le prix Laure-Bataillon (les deux derniers pour la traduction de Sika Fakambi).

Mon ressenti

Encore un autre super moment de lecture. Le ton est donné dès le début du récit. C’est Yao Poku qui parle. Vieux chasseur, « retraité », il nous parle comme un grand-père qui rassemble ses enfants autour d’un feu le soir pour leur conter une histoire avec une petite leçon de morale à la fin. Ainsi, il rapporte dès le départ les recommandations reçues de sa propre mère qui lui disait d’éviter le fameux Kofi Atta, fauteur de troubles qui attirera l’attention sur ce village perdu du Ghana, ce quelque part.

Tout d’abord, je dois dire que si j’ai particulièrement apprécié ma lecture, en dehors du récit même, c’est surtout parce que plusieurs mots du texte étaient écrits en Twi, une langue du groupe Akan, cousin du groupe des langues Gbe où se situe l’Ewé, ma langue natale (désolée, c’est long mais les langues Africaines mériteraient que l’on s’y intéresse plus souvent d’autant plus qu’il en existe une multitude). Tout cela pour dire que je comprenais certains termes « locaux » et cela fait vraiment plaisir après plusieurs lectures de tomber sur une œuvre où l’on peut quelque part « se reconnaitre ». Même si tous les termes ne se ressemblent pas et que certains sont carrément différents, la nomination des jours est quasi identique dans la façon dont cela s’écrit ainsi que les prénoms et je pense qu’un Ghanéen Twi et un Togolais Ewé pourraient se comprendre à minima.

Par exemple, Kwadwo, Yao et Kofi font référence chez les Ewé à des garçons/hommes respectivement né un lundi, un jeudi et un vendredi. Et il existe des noms féminins liés aux jours de naissance que j’ai pu retrouver dans le texte. Je pourrais m’étendre encore et encore sur ce point mais je m’éloignerai du sujet de l’article, haha. Déjà, premier gros point positif pour moi.

Ensuite, la manière dont l’histoire est racontée vous transporte de façon saisissante dans la réalité du quotidien à la fois dans les petits villages de nos pays d’Afrique Noire mais aussi dans les villes un peu plus développées. D’une part, la marque de respect envers les Aînés lorsque l’on se rend au village, leur façon à eux de percevoir notre monde moderne avec ses aberrations par moments, la perte de nos valeurs et de certaines traditions par exemple. Et d’autre part, les réalités de la vie moderne avec la corruption, monde où des jeunes diplômés comme Kwadwo n’arrivent pas à trouver un boulot dans le domaine dans lequel ils ont initialement étudié, qui se retrouvent à la merci des « puissants » du pays qui eux peuvent décider d’un claquement de doigts de vous faire grimper les échelons à vitesse grand V ou de vous nuire jusqu’à la fin de vos jours si vous ne « coopérez » pas.

Enfin, ce que ce livre dégage, c’est la nécessité de comprendre que certains phénomènes de notre monde ne peuvent être expliqués par la science pure et dure, que nos traditions sont bel et bien vivantes avec la nécessité d’en tenir compte dans notre quotidien. Kwadwo comme tout médecin ou homme de science se tourne le plus souvent vers la raison, les preuves tangibles pour expliquer les phénomènes de la vie. Mais cette enquête autour de Kofi Atta, en compagnie du vieux Yao Poku et des autres villageois lui permettra de changer de perspective et de prendre du recul par ses croyances et acquis.

J’oubliais, mais à un moment, Yao Poku, pour aiguiller Kwadwo dans son enquête utilisera le personnage de Kwaku Ananse, l’Araignée que l’on retrouve dans Le Pagne Noir de Bernard Dadié. Il semblerait qu’il s’agisse d’un personnage important dans les mythes et contes de l’Afrique de l’Ouest. C’était également un plaisir de retrouver ce personnage farceur emblématique.

Voilà, cet article se termine ici. Je ne suis pas sûre d’avoir dit grand-chose de constructif mais ce qui est sûr, c’est que je vous encourage vivement à lire Notre Quelque Part, surtout les personnes originaires de la côte Ouest du sud Bénin au Sud de la Côte d’Ivoire. De plus, si certains parmi vous comprennent et parlent le Twi, le texte n’en sera que plus vivant à vos yeux.

Le livre est disponible ici. N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous l’avez déjà lu ou à repasser par ici après l’avoir lu. En attendant

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