« Ce que je m’en vais dire est plus merveilleux qu’un songe! » – Contes Initiatiques Peuls de Amadou Hampâté Bâ

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Hello les amis, j’espère que vous allez bien 🙂

Le livre et l’auteur

« Ce que je m’en vais dire est plus merveilleux qu’un songe! » ou comment vous entraîner dans une oeuvre magnifique et enrichissante autant sur le plan humain que sur le plan culturel.

Contes Initiatiques Peuls de Amadou Hampâté Bâ, en plus de nous emmener dans des histoires fantastiques et pleine de leçons, nous permet d’avoir un aperçu sur la culture peule, un monde parmi tant d’autres en ce qui concerne LES Cultures Africaines (oui même si certaines choses sont communes d’un pays à un autre, il existe une variété impressionnante de cultures en Afrique) mais aussi de percevoir l’importance de la tradition orale en Afrique.

D’ailleurs, rien de mieux pour introduire l’auteur en mentionnant que c’est à lui que nous devons la célèbre phrase « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » (1962). Et la petite biographie qui en est faite sur la première page se poursuit ainsi: « Amadou Hampâté Bâ, descendant d’une famille aristocratique peule, est né au Mali en 1900. Écrivain, historien, ethnologue, poète et conteur, il est l’un des plus grands spécialistes de la culture peule et des traditions africaines (…) ». Je vous laisse acheter le livre pour prendre connaissance de la suite de sa présentation 😉

Craignant que cet article ne soit un peu long, j’irai très vite en ce qui concerne la forme. Il s’agit d’un livre d’un peu plus de 400 pages (410 environ), publié aux éditions Pocket donc au format poche (encore une fois pratique pour l’emporter un peu partout).

Pour ce qui est du fond, il s’agit essentiellement d’un recueil de contes (deux exactement). L’oeuvre est subdivisée au total en quatre parties avec une introduction de Amadou Hampâté Bâ lui-même, le cœur du livre contenant les deux contes Njeddo Dewal, Mère de la Calamité et Kaïdara (et non Daïkara comme marqué sur la quatrième de couverture ci-dessous), la postface relatant les propos de Amadou Hampâté Bâ relatifs à Kaïdara et enfin les notes annexes expliquant les nombreux symbolismes dont regorgent les deux contes.

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Mon ressenti

Les histoires peuvent être « difficiles » à lire vu le style de l’auteur qui mêle de la prose pure à des parties plutôt poétiques, lyriques comme ce que l’on retrouve généralement dans les contes. Mais cela reste gérable étant donné qu’à certains moments, c’est possible de rapidement survoler ces passages sans forcément perdre le fil de l’histoire (au pire, vous y reviendrez si vous ne comprenez pas la suite, lire un livre, ce n’est pas un marathon, haha).

L’autre difficulté, que m’a rapportée un proche à qui je l’ai passé, pourrait être le fait de ne pas se retrouver dans ce qui est décrit dans le livre, c’est-à-dire se retrouver face à une culture qui n’est pas la nôtre avec du mal pour accrocher à l’histoire, vu que l’on n’arrive pas forcément à s’y identifier (mais cela permet justement de s’y intéresser et d’en apprendre plus 😉 ).

Il y a également les noms des personnages qui ne sont pas toujours faciles à lire/prononcer. Et enfin, il y a le fait que l’auteur fait référence dans l’introduction, dans la postface et dans les notes annexes à d’autres de ses œuvres où l’on retrouverait les mêmes héros, mais cela n’empêche en rien de comprendre ce livre-ci. Il est unique. En dehors de ces quelques remarques qui pourraient embêter certains lecteurs, le livre se lit vraiment facilement et on y apprend beaucoup.

Si l’on prend le premier conte Njeddo Dewal, Mère de la Calamité, il s’agit d’une lutte entre le bien et le mal où nous suivons dans un premier temps Bâ-Wâm’ndé puis dans un second temps Bâgoumâwel, son petit-fils, accompagnant ses oncles, tout au long de leur aventure jusqu’à Wéli-Wéli, cité de Njeddo Dewal.

Un mal bien mérité à la base mais qui ne peut durer éternellement. Ainsi, nos chers personnages évolueront tout au long de leur voyage avec toutes les étapes et protagonistes nécessaires pour avancer. Chaque rôle et chaque étape étant clairement expliqué(e) en note de bas de page ou en annexe si besoin afin de ne pas passer à côté du caractère symbolique de celui-ci/celle-ci.

Quelques extraits:

  1. « Ainsi, tu cherches un sourd-muet-borgne et tu n’as pas dédaigné de me questionner. L’as-tu fait parce que je suis moi même bossu-borgne-boiteux-cagneux ou pour un autre motif? » – Bâ-Wâm’ndé répondit: « Combien de fois n’est-il pas arrivé que l’on trouve une perle rare dans une petite mare alors que l’on a cherché vainement dans le grand océan? » – « Eh bien, Bâ-Wâm’ndé! Celui qui ne méprise pas de s’informer auprès de tout le monde est sûr de découvrir ce qu’il cherche. Ta bienveillance et ta considération m’ont obligé grandement. Aussi vais-je te dire où tu pourras trouver l’homme qui t’a été indiqué. » p. 57
  2. « Ô crâne conseiller de mes ancêtres! je t’en conjure, au nom du baobab dans le fruit duquel tu t’étais retiré, dis-moi ce que je dois faire pour pouvoir traverser cette muraille de pierre infranchissable » – « Cherche du bois de fôgi, répondit le crâne, et sers-t’en pour allumer un feu. Dès que tu auras obtenu des braises ardentes, place-les dans le tesson de carapace de tortue, verses-y les excréments de sauterelle, brûle le tout et tu verras ce que tu verras! » p. 79 
  3. Bâgoumâwel prit la route. Avant même d’avoir rejoint ses oncles, il avait déjà atteint la taille d’un garçonnet de sept ans. Lorsqu’il aperçut les voyageurs, il les appela: « Ohé, mes oncles! Ohé! Attendez-moi, je suis Bâgoumâwel, votre neveu, fils de votre sœur Wâm’ndé » p. 136

Concernant ce premier conte, voici mes impressions:

En premier, ne pas se fier aux apparences, que ce soit de façon positive ou négative. Cela tout le monde le sait mais combien d’entre nous le mettent réellement en pratique dans la vie de tous les jours?

Ensuite, encore quelque chose censée aller de soi (mais bon ce monde étant ce qu’il est), il s’agit de toujours faire le bien autour de soi, ou du moins essayer de le faire, avec les moyens que l’on a parce que quoi que vous fassiez, toute action entraîne une réaction de la même nature. Si vous faites du bien, ce n’est pas un secret que cela vous reviendra en bien. Et  cela vaut aussi bien si vous faites quelque chose de mal.

Aussi comme l’a souligné une fable de Jean de La Fontaine, « on a souvent besoin d’un plus petit que soi » ou en tout cas, on en aura besoin à un moment ou à un autre de notre vie. Ceci est surtout valable pour la partie de Bâgoumâwel, où sans lui, ses oncles seraient restés coincés dans des situations bien ennuyeuses, voire pire.

Autre chose, c’est que Bâ-Wâm’ndé, ici, coopère tout au long de son aventure avec des animaux. Et cela est assez récurrent dans plusieurs contes africains où les humains cohabitent et coopèrent avec ces derniers. Concernant les végétaux, certains arbres sont également considérés comme « sacrés » ou hautement bénéfiques. Cette façon de vivre en unité avec la nature a toujours été présente dans les Cultures Africaines.

Malheureusement, cela se perd de nos jours et l’humain (presque) complètement déconnecté de la nature, se croit au dessus des animaux et des plantes alors qu’il s’agit tout aussi bien d’Êtres VIVANTS comme vous et moi, qui méritent un minimum de respect.

Et enfin, il faut savoir que chaque rituel a une signification en Afrique. Les choses ne se font pas au hasard mais en fonction de certaines connaissances sur l’univers, sur la nature, sur l’homme que tout le monde ne maîtrise pas. Bâ-Wâm’ndé ainsi que son petit-fils passent par la communication avec les Ancêtres pour s’en sortir à certains moments.

Ces pratiques peuvent paraître bizarres ou passer pour de l’occultisme ou du mysticisme mais dans tous les cas, il y a un sens derrière. Et donc, il serait souhaitable de chercher à comprendre avant de crier à la sorcellerie ou au satanisme 🙂 (après je ne dis pas que tout ce qui se fait est positif mais un petit recul avant de commencer à lyncher ces pratiques ne ferait pas de mal).

Bon, étant donné que j’ai déjà fait presque une dissertation sur le premier conte, je vous rassure, ça ira plus vite pour le second. Alors, dans Kaïdara, nous suivons tout simplement Hammadi et ses deux compagnons Hamtoudo et Dembourou dans une sorte de quête initiatique vers la connaissance sur un chemin pavé de différents signes, chacun étant expliqué plus tard dans l’histoire.

Un petit extrait:

 »Le scorpion dit:  » Je ne suis pas un esprit des éléments, et point ne suis un démon. Je suis l’animal fatal à celui qui le frôle. J’ai deux cornes et une queue que je tortille en l’air. Mes cornes se nomment l’une la violence, l’autre la haine. Le stylet de ma queue s’appelle alêne de la vengeance. Je ne mets au monde qu’une seule fois. La conception, qui chez les autres est signe d’augmentation, est chez moi signal d’un trépas certain.

Vous avez vu mon frère caméléon et ma sœur chauve-souris: Je suis le troisième symbole du pays des nains. Mon secret appartient à Kaïdara, le lointain et bien proche Kaïdara. Fils d’Adam, passe… »p. 258

De ce conte, je retiens essentiellement:

« L’humilité précède la gloire »:un passage biblique qui prend tout son sens dans ce conte. Je n’en dis pas plus, je vous laisserai, en espérant vous avoir motivé à lire ce livre, découvrir pourquoi.

Et aussi, il vaut mieux posséder un savoir et des connaissances qu’une richesse matérielle. Comme dit dans la petite introduction précédent le récit même de Kaïdara, « l’or est le socle du savoir, mais si vous confondez le savoir et le socle, il tombe sur vous et vous écrase »p. 248. La richesse matérielle c’est bien, le savoir c’est encore mieux 😉

Pour finir, un petit passage de la postface avec les paroles de Amadou Hampâté Bâ: 

« (…) En Afrique, à défaut de livres, l’enseignement se trouve dans les contes, les maximes et les légendes. Il n’y a pas une seule chansonnette, que ce soit pour s’amuser au clair de lune ou pour bercer un enfant, qui n’ai son sens et son objectif. C’est à côté de cela que la plupart des ethnologues sont passés. Pour nous, tout est école… rien n’est simplement récréatif (…) Que ce soit par contes, par chants, par paroles, rien, en Afrique, n’est vraiment une distraction simple. Dans la vieille Afrique, il n’y a pas de profane: tout est religieux, tout a un but, tout a un motif (…) La tradition orale est la grande école de la vie, dont elle recouvre et concerne tous les aspects (…) En elle, en effet, spirituel et matériel ne sont pas dissociés (…) Elle est à la fois religion, connaissance, science de la nature, initiation de métier, histoire, divertissement et récréation, tout point de détail pouvant toujours permettre de remonter jusqu’à l’Unité primordiale ». p.335

N’hésitez pas à partager et commenter si vous l’avez lu ou juste me donner vos retours sur l’article 🙂 Pour ceux qui peuvent commander sur Amazon, c’est par ici. Pour ceux qui sont à Lomé (eh oui je ne vous oublie pas), je pense que c’est possible de le trouver à la Librairie Bon pasteur ou chez les vendeurs libres sur la voie menant au Grand Marché (« Librairie Par Terre » en langage courant).

Sur ce, je vous dis à bientôt pour un nouvel article, toutes mes excuses pour la longueur de celui-ci.

Prenez soin de vous. Bisous.

8 réflexions sur “« Ce que je m’en vais dire est plus merveilleux qu’un songe! » – Contes Initiatiques Peuls de Amadou Hampâté Bâ

    • Annielom dit :

      Merci pour les encouragements! 🙂 c’est clair qu’on peut lui attribuer plusieurs titres tellement ses écrits sont transversaux et touchent à plusieurs domaines 🙂 en espérant te revoir prochainement sur mon blog, je te dis à bientôt.

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