« Nous serons laotong jusqu’à notre mort et nos cœurs s’en réjouissent » – Fleur de Neige de Lisa See

Bonne et heureuse année 2018! Que cette nouvelle année soit remplie de santé, d’amour et de bonheur pour chacun d’entre vous. Et n’oubliez pas que chaque jour est une nouvelle chance 🙂

Le livre et l’auteur

« Nous serons laotong jusqu’à notre mort et nos cœurs s’en réjouissent » p.80. Telles étaient les dernières lignes du « contrat » qui liait Fleur de Lis et Fleur de Neige, les deux personnages principaux de l’œuvre.

Lisa See, l’auteur, est une écrivaine américaine d’origine Chinoise, née à Paris en 1955 et vivant actuellement à Los Angeles. Ville dans laquelle s’installa son arrière-grand-père lorsqu’il quitta la Chine pour les USA au début du siècle dernier. Il devint d’ailleurs le parrain du Chinatown de Los Angeles.

Lisa See a écrit plusieurs œuvres mais c’est avec Fleur de Neige publié en 2006 qu’elle rencontra un franc succès avec une traduction dans 23 pays.

Fleur de Neige raconte l’histoire de deux jeunes filles, Fleur de Lis et Fleur de Neige, plus précisément de leur amitié, dans la Chine du XIXe siècle, à travers diverses épreuves de la vie quotidienne de l’époque, notamment la condition des femmes, leur perception dans la société (à mon avis, il y a toujours du boulot sur ce point) et la fameuse épreuve du bandage de pieds des fillettes Chinoises censé leur assurer un bel avenir et bonne fortune s’il est réussi.

Mon ressenti

Fleur de Neige raconte l’histoire d’une amitié entre deux filles. Ou plutôt c’est Fleur de Lis qui parle tout au long du roman de son amitié avec Fleur de Neige et grâce aux récits de leurs vies, j’ai surtout découvert une tradition Chinoise dont je n’avais jamais entendu parler auparavant: le bandage des pieds des petites filles. C’est un procédé qui est interdit depuis 1949.

Le but était de bander les pieds des fillettes très tôt dans l’enfance, au moment où les os n’étaient pas encore totalement solidifiés pour leur donner une forme de lys doré, critère de beauté majeur et qui en plus était  censé vous assurer un avenir meilleur. A savoir trouver un bon mari et de ce fait avoir un statut social respectable. Celles dont le bandage n’avait pas été un succès étaient perçues comme destinées à un avenir de « soubrette de second rang ».

Les pieds, au bout du compte devaient être minuscules, effilés et le bandage était particulièrement réussi si ces derniers ne dépassaient pas 7 cm (je vous invite à chercher pieds bandés dans Google pour voir à quoi cela ressemblait). L’épreuve était censée durer 2 ans pour que les pieds prennent leur forme définitive et les demoiselles devaient poursuivre le bandage à l’âge adulte pour les maintenir dans cet état.

Vous imaginez bien que pour que des pieds aient cette taille à l’âge adulte, il était nécessaire de les y forcer notamment en brisant les os (aïe) et en les déformant. Fonction assurée par des bandages de plus en plus serrés avec la croissance des fillettes. Les malheureuses ressentaient en live la douleur de leurs os brisés, broyés et elles ne devaient piper mot mais continuer à marcher sur leurs pieds meurtris pour qu’ils acquièrent leur forme définitive. Cette dure étape de leur vie n’était pas sans conséquences. 1 fillette sur 10 mourrait à l’époque des complications essentiellement infectieuses de cette tradition.

En plus de souffrir de cette tradition douloureuse, ces jeunes filles étaient très vite destinées à rester à l’écart du « monde des hommes » (qui en fait n’est autre que le monde extérieur) et passer leur temps dans une pièce, « l’appartement des femmes » où elles s’adonnaient à diverses activités comme la couture et la broderie. Leur existence était régie par deux idéaux, je cite: (…) « Le premier est celui de la Triple Obéissance: en tant que fille, obéis à ton père; en tant qu’épouse, obéis à ton mari; en tant que veuve, obéis à ton fils. »

« Le second est celui des Quatre Vertus, qui détermine le comportement, la manière de parler, la gestuelle et les travaux des femmes: faire preuve d’humilité et de chasteté, de calme et de pondération dans son comportement; d’un ton mesuré et néanmoins plaisant dans ses paroles; être gracieuse et retenue dans ses gestes; d’une maîtrise accomplie, pour ce qui concerne la couture et la broderie » si les jeunes filles suivent scrupuleusement ces principes, elles ne peuvent manquer de devenir des épouses vertueuses. (…) p.35. Fin de citation.

Ainsi se résumait leur vie et elles étaient perçues par leurs familles plutôt comme un poids que d’une réelle utilité. Une fille finira toujours par se marier avec tout ce que cela implique comme la notion d’honneur, les frais du mariage, comment elle risque d’être vue dans sa belle-famille si jamais elle ne donne pas de beaux fils vigoureux, etc. Avoir un fils était beaucoup plus rentable. Comme si des hommes à eux seuls pouvaient faire des enfants…

Je ne pense pas vous apprendre quelque chose sur la condition de la femme dans certaines sociétés (c’est toujours d’actualité d’ailleurs) mais je vous avouerais que tout cela m’a questionné sur ce qui avait bien pu cloché dans l’histoire de l’humanité et surtout à quel moment, pour que les filles/femmes aient autant à souffrir, soient aussi souvent minimisées, rabaissées à de simples êtres n’ayant pas droit à la parole, dont le destin et la valeur étaient décidés par d’autres personnes qui ne pensaient (ou qui ne pensent) qu’à leurs intérêts. Qu’ont fait les femmes pour « mériter » tout cela? Je me le demande bien…

Bon, après cette phase assez douloureuse de l’histoire de Fleur de Lis et de Fleur de Neige, parlons plutôt de leur amitié. Une amitié féminine authentique qui connaîtra quand même des hauts et des bas. Trop souvent, il est dit que l’amitié féminine n’existe pas vraiment, que les femmes sont des « vipères » entre elles.

Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette idée et dans ce cas-ci, c’était une relation presque fusionnelle entre ces deux laotong (âmes sœurs). Et à mon avis, souvent dans ce genre de relation, on arrive facilement à se déchirer, le moindre accroc/malentendu peut créer des vagues. On sait où appuyer quand on connait très bien l’autre. Mais aucune des deux n’a jamais vraiment cherché à nuire à l’autre.

Je dirai que leur relation a essentiellement souffert à un moment d’un manque de communication comme beaucoup de relations humaines au final. Et lorsqu’on est blessé, on peut être amené à poser des actes/dire des choses qu’on regrette plus tard. Toutefois elles franchiront ce cap et leur histoire se finira de façon… je vous laisserai lire le livre pour le savoir 😉 haha.

Et enfin, pour finir, une chose intéressante et majeure de cette histoire d’amitié fut l’écriture secrète des femmes, le « nu shu ». Pour celles qui savaient écrire, c’était un moyen de communiquer sans se faire comprendre par les hommes. D’ailleurs les deux règles de cette écriture étaient les suivantes: « Les hommes ne doivent jamais apprendre l’existence de cette écriture ni se retrouver d’une manière ou d’une autre en contact avec elle. » p. 36-37. 

C’était donc le moyen pour ces femmes de conserver un certain mystère, un certain savoir qui leur était propre. Le « nu shu » pouvait être écrit sur du papier ou brodé sur un mouchoir/morceau de tissu. Quelque part, je trouve cela cool, d’avoir quelque chose inventée par les femmes et pour les femmes (bon elle dérive de « l’écriture des hommes » mais c’est déjà ça) mais en même temps, je trouve que cela les enferme un peu plus dans leur monde… enfin bon, cela ne sert à rien de commencer à psychoter. C’est juste une histoire que j’ai réellement apprécié lire 🙂 On y voit vraiment le clivage hommes/femmes même si ce n’était pas le sujet de base de l’histoire. Disons que j’aime bien aller au delà du récit 😀

J’espère que cet article vous aura plu et que vous vous jetterez sur le livre. En 2018, on essaye de lire plus! Peu importe le genre, l’essentiel c’est d’essayer de passer du bon temps tout en apprenant des trucs (au minimum de nouveaux mots et au maximum des théories complexes de je ne sais quoi). Pour se le procurer, c’est par ici .

A bientôt pour un nouvel article.

Bisous.

2 réflexions sur “« Nous serons laotong jusqu’à notre mort et nos cœurs s’en réjouissent » – Fleur de Neige de Lisa See

  1. Folowa dit :

    Article génial. J’y ai appris beaucoup de choses. J’avais entendu parler du goût des Chinois pour les petits pieds, sans connaître l’existence de cette pratique. Ça me fait penser à l’excision et à tout ce qui mutile le corps des femmes par honneur, soumission, etc,… J’ignorais que la société chinoise maltraitait tant ses femmes. Est-ce encore le cas actuellement ? C’est une question à se poser.
    Le livre a l’air si beau et délicat. Si j’ai la chance, je le lis aussitôt.

    Aimé par 1 personne

    • Annielom dit :

      En effet, les femmes souffrent beaucoup dans le monde… et comme je m’interrogeais dans l’article, je m’interroge toujours, pourquoi toute cette violence? Espérons que cela finira un jour. En ce qui concerne le bandage des pieds, heureusement c’est une pratique qui a complètement disparu (de ce que j’ai pu lire sur internet) ou du moins il ne reste que les femmes âgées qui avaient dû subir dans leur jeunesse. Je te le conseille également, il peut être difficile à certains moments mais on apprend beaucoup de choses en effet 🙂

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