Le cœur battant de nos mères – Brit Bennett

Le livre et l’auteur

Nadia Turner, dix-sept ans, perd sa mère d’un suicide alors qu’elle termine sa dernière année de lycée. Livrée à elle-même et ne supportant plus de vivre dans une maison à l’ambiance alourdie par le chagrin de son père, elle se réfugie dans les bras de Luke Sheppard, fils unique du pasteur de sa communauté et finit par tomber enceinte. Mais Nadia souhaite poursuivre ses études et se construire un avenir. Ainsi, elle avorte. Ce même été, elle fait la connaissance d’Aubrey Evans avec qui elle noue une solide amitié. Une fois partie, alors qu’elle vivait comme si plus rien ne la rattachait à Oceanside, Nadia se rendra bien compte que parfois le passé n’est pas bien loin et qu’il suffit d’un coup de fil pour qu’il vous resurgisse à la figure.

Éditions : J’ai Lu

Pages : 379

Brit Bennett est une romancière Afro-américaine née en 1990 à Oceanside en Californie. Elle a étudié à Stanford et à l’Université du Michigan. Son premier roman, Le cœur battant de nos Mères, paru en 2016 est un best-seller du New York Times et a remporté le Prix du Meilleur Premier Roman Étranger du magazine Lire en 2017. Son deuxième roman L’Autre moitié de soi a vu le jour en 2020.

Brit Bennett vit actuellement à Los Angeles.

Mon ressenti

Un bon moment de lecture. Le livre comporte quatorze chapitres. La narration est légère tout en étant sensible. L’auteur alterne les points de vue et l’on se glisse assez facilement dans la peau de chaque personnage. Sans que cela ne soit le gros suspense qui vous attire inlassablement vers le livre, ce roman possède un petit quelque chose qui m’a donné envie de m’y replonger régulièrement pour savoir ce que devenaient les trois personnages principaux. Un peu comme une envie de retrouver mon lit après une longue journée. Ou de me poser avec un plaid et une tasse de thé/chocolat chaud par temps hivernal. Bref, vous l’aurez compris, il s’agit d’une lecture qui a suffisamment piqué ma curiosité et dont je n’ai pas été déçue.

En ce qui concerne les personnages, je les ai tous trouvé plutôt attachants malgré certains moments où je me suis dit que quelques claques n’auraient pas été de trop. Nadia est un peu le prototype de la jeune fille belle, intelligente, qui sait ce qu’elle veut et qui n’hésite pas à mettre ses sentiments de côté pour atteindre ses objectifs. Après plusieurs années où ce trait de caractère lui a été bénéfique, elle se rendra compte à un moment de la profonde solitude qui l’habite et du mal qu’elle a pu faire à ses proches en ne pensant qu’à elle.

Luke, quant à lui, fait figure du jeune Noir Américain à l’avenir prometteur dans le football Américain qui verra ses rêves s’envoler en même temps que le traumatisme qu’il subira sur l’une de ses jambes lors d’un match. S’ensuivront de longues années de dépit et de petits boulots, avec l’aide de papa et maman, caressant l’espoir secret de retourner sur le terrain avant qu’un autre événement ne vienne définitivement anéantir ses rêves.

Enfin, Aubrey, la meilleure amie de Nadia, a fui le foyer de sa mère et de son compagnon abusif pour se trouver un avenir meilleur auprès de sa sœur en Californie. Dès son arrivée à Oceanside, elle se réfugiera au sein du Cénacle et deviendra l’une des personnes les plus appréciées de la communauté pour son caractère discret et bienveillant envers tous.

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce récit. Certains de façon plus parlante que d’autres comme la question de l’avortement par laquelle débute l’histoire. Pour être honnête, j’estime que si cela peut être évité, vaut mieux l’éviter. Il y a quelques années, je pense que ma position aurait été plus catégorique. Cependant, après mon expérience dans le milieu médical (qui se poursuit d’ailleurs), où l’on rencontre énormément de monde et de situations de vie différentes, j’ai fini par nuancer mon avis au-delà du classique pour/contre. La grossesse, la naissance et l’éducation d’un enfant ne sont pas des étapes de la vie à prendre à la légère. Autant cet enfant à naître que la mère peut en pâtir si les conditions ne sont pas réunies (bien-être physique, mental, conditions sociales et financières stables). Certains proposeront des alternatives mais nul n’est dans les chaussures de celle qui potentiellement deviendra mère. Cela étant, pour moi, cela ne veut pas dire qu’il faut que cet acte devienne aussi banalisé que de changer de culotte au quotidien. Je pense juste qu’il mérite beaucoup de réflexion avant de sauter le pas. Dans l’histoire de Nadia, l’on peut comprendre pourquoi elle a franchi ce cap. Mais en même temps, son passé la hantera jusqu’à son retour à Oceanside et c’est justement pour cela que j’affirme qu’un avortement n’est pas un acte à prendre à la légère et qui va bien au-delà du classique débat du « pour ou contre ».

L’autre thème, un peu moins explicite que j’ai pu tirer de ma lecture est celui de la relation parent-enfant. J’ai trouvé que Brit Bennett avait réussi à dépeindre diverses situations familiales, de celle de l’enfant qui ne s’est construit qu’à travers un parent et qui perd pied le jour où celui-ci disparait, à celle où le parent est clairement défaillant dans son rôle (protecteur, aimant), en passant par la situation où les parents sont justement trop présents, toujours prêts à ramasser les pots cassés de leurs enfants quitte à les couvrir même en cas de bêtise. Être parent n’est pas chose aisée. Cela paraitra cliché de dire ceci, mais on ne naît pas parent, on le devient. Je ne le suis pas encore pour ma part mais encore une fois, de ce que j’ai pu observer autour de moi, il s’agit de l’un des états les plus bouleversants et les plus prenants de la vie d’un individu. Et cela peut d’ailleurs mettre en péril la relation de couple qui existait avant l’arrivée de ce 3e membre. Redéfinir la place de chacun, éduquer et protéger son enfant avec le juste équilibre d’amour et de fermeté nécessaire, le responsabiliser face à ses erreurs… autant de choses qui font du rôle de parent l’un des plus éprouvants au quotidien. Chapeau à ceux qui endossent ce rôle au quotidien et qui font de leur mieux pour leurs enfants.

D’autres questions ont été soulevées par Brit Bennett comme l’amitié, l’amour, le secret, l’homosexualité, la place assez importante que peut occuper la religion dans les communautés Noires Américaines et ses conséquences (notamment sur la question du suicide), mais je vais m’arrêter ici. J’ai vraiment apprécié ma lecture et je trouve qu’elle a su écrire des personnages complexes, qui nous font comprendre que dans la vie, rien n’est tout blanc ou tout noir. Il existe des nuances entre ces deux extrêmes et il faut savoir faire avec. Je vous le recommande. Il est disponible ici. Si vous l’avez déjà lu, n’hésitez pas à m’en faire part. De mon côté, je pense me jeter sur le dernier roman de Brit Bennett une fois que ma pile à lire aura diminué un peu.

A bientôt pour un nouvel article. Dans l’intervalle, prenez soin de vous.

Bisous.

Une réflexion sur “Le cœur battant de nos mères – Brit Bennett

  1. Hello, ma lecture de ce roman est un peu plus ancienne mais je me souviens que j’avais hâte de le retrouver à chaque fois que je m’interrompais. Parfois, je pestais toute seule quand l’héroïne « déconnait », à d’autres moments j’étais vraiment touchée. J’ai bcp aimé ce livre et ta critique reflète mon ressenti. À bientôt

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.