« Je ne suis pas malade. Je n’ai rien fait de mal » – La Cuisinière de Mary Beth Keane

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Bonjour les amis! Les vacances s’en iront bientôt, j’espère que vous en avez bien profité 🙂

Le livre et l’auteur

« Je ne suis pas malade. je n’ai rien fait de mal » p. 49; Mary Mallon, personnage principal de l’oeuvre ne cessera de répéter cette phrase autant à elle-même qu’aux autres.

Mary Beth Keane, l’auteure, fille de parents irlandais est née à New York dans les années 70. Elle a étudié à l’Université de Virginie où elle a obtenu un master en beaux-arts. En 2011 elle a intégré la National Book Foundation 5 under 35 (organisation à but non lucratif qui promeut l’appréciation des écrits qui le méritent) et en 2015, elle a reçu la bourse Guggenheim des arts pour les Etats-Unis et le Canada. Mary Beth Keane vit actuellement à Philadelphie avec sa famille. La Cuisinière est son deuxième roman.

L’esthétique de La Cuisinière attire tout de suite le regard lorsqu’on tombe dessus dans une librairie. Je trouve que c’est un très beau livre. Il est au format poche, fait 453 pages et est publié aux Editions 10/18.

Lorsqu’on en vient au contenu, le récit retrace la vie de Mary Mallon dans les années 1900, plus connue à son époque sous le nom de « Mary Typhoïde ». Cuisinière de profession, elle a été identifiée comme le premier cas de porteur sain du bacille de la fièvre typhoïde. Elle transmettait la maladie à certaines personnes pour qui elle faisait la cuisine sans présenter aucun symptôme de la maladie elle-même.

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Mon ressenti 

Pour moi, ce livre aborde plusieurs points que je vais développer de ce pas 🙂 . En premier, la notion de « porteur sain ». Cela peut paraître évident pour certaines personnes mais je trouve cela intéressant quand même d’en donner une définition. Un porteur sain est un individu qui comme le terme l’indique « porte » un germe (virus ou bactérie) ou une mutation génétique qui en théorie provoque une maladie (infectieuse ou génétique respectivement) mais celui-ci n’est pas « atteint », c’est à dire qu’il n’est pas « symptomatique » (ou ne fait pas la maladie si vous préférez). D’où le qualificatif « sain ».

Cela s’explique par divers mécanismes. Il faut savoir que certes nous sommes tous humains, constitués de la même façon sur le plan physiologique mais nous ne sommes pas égaux en ce qui concerne notre matériel génétique ou ADN. L’environnement dans lequel nous évoluons aussi joue sur notre organisme. Certains « attraperont » des germes mais ne feront jamais de maladie (ceci n’est pas valable pour tous les germes) tandis que d’autres présenteront des symptômes.

Ensuite, parfois, après la phase aiguë d’une infection, le germe n’est pas totalement éliminé. Il persiste quelque part dans l’organisme mais c’est juste qu’il se met en place ce qu’on appelle un système de « tolérance » qui fait que notre système immunitaire ne déclenche plus de réaction contre ce germe.

Et l’inconvénient de cette situation, c’est que l’individu porteur est asymptomatique mais de temps en temps libère le germe dans ses sécrétions (salive, urines, selles, en fonction de la nature et de la localisation du microbe en question) ou fait ce qu’on appelle des « poussées » et peut provoquer des cas secondaires d’infection en étant en contact avec d’autres personnes.

C’est le cas de la fièvre typhoïde. Selon les informations de cette fiche de l’Institut Pasteur: « une particularité épidémiologique de ces infections est qu’il existe des porteurs sains de ces bactéries. En effet, après guérison d’une fièvre typhoïde chronique 2 à 5% des individus continuent à héberger des Salmonella Typhi (S. Typhi) (essentiellement au niveau de la vésicule biliaire) qui sont excrétées épisodiquement dans les selles et qui peuvent être donc à l’origine de cas secondaires ».

En reprenant les informations du site de l’Institut Pasteur dont le lien est mentionné juste au dessus, la fièvre typhoïde est donc une maladie provoquée par une bactérie du genre Salmonella, que l’on ne retrouve strictement que chez les humains, au niveau de leur appareil digestif (l’homme héberge plein de bactéries et certaines responsables de maladies, ne survivent que dans l’organisme humain, on parle de réservoir humain).

De ce fait, la transmission est surtout liée à des problèmes d’hygiène, il s’agit de la transmission oro-fécale, c’est à dire une transmission par consommation d’eau ou d’aliments ayant été contaminés par des matières fécales d’origine humaine. La transmission de personne à personne est également possible (lavez vous bien les mains à la sortie du WC/ lavez bien vos fruits et légumes/ Attention aux plats cuisinés achetés sur la voie publique/ Attention aux mains que vous serrez 😉 )

Etant donné qu’il s’agit d’une maladie liée à l’hygiène, on la retrouve surtout dans les zones géographiques où celle-ci fait défaut, comme dans certaines régions d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. Quelques cas existent encore dans les « pays industrialisés » mais généralement il s’agit de cas importés (retours de voyages). Un vaccin est disponible pour ceux qui prévoient un voyage en zone d’endémie. Et la prévention repose essentiellement sur l’hygiène.

La maladie se manifeste par une fièvre continue, des maux de tête, une fatigue importante, des douleurs abdominales associées à une constipation ou à des diarrhées. Elle peut être grave et mortelle si elle n’est pas traitée.

Autre point que ma lecture a soulevé, c’est la question « faut il se faire soigner alors que l’on n’est pas malade? ». Ou plutôt « faut il se faire soigner alors qu’on ne se SENT pas malade? ». Pour des questions de santé publique, où la société est « menacée » par le porteur du microbe, je pense que c’est légitime de traiter. En tout cas, cela aurait été moi, je pense que je me serais faite « soigner » pour éviter de rendre malades mes proches et les gens autour. Cette question posée en dehors du contexte de Mary, qui est un cas de santé publique, est plutôt délicate (santé personnelle sans enjeux pour ses proches ni pour la société).

Avant de finir, l’on retrouve au début du récit un comportement des scientifiques/médecins de l’époque qui tend à disparaître de nos jours, qui consiste à tout faire pour le patient, sans le patient. La communication n’est pas claire entre le scientifique/le médecin et le patient. Le médecin pense savoir ce qui est mieux pour le patient. Les résultats des examens, analyses ne sont pas communiqués et rien n’est vraiment expliqué spontanément au patient.

C’est le genre de comportement qui vous assure la méfiance du patient de nos jours (et celle de Mary dans le récit à l’époque). Autrefois, les gens faisaient assez souvent confiance à ces derniers mais aujourd’hui, avec les moyens d’information dont on dispose, c’est facile d’en savoir plus sur son état. De plus, en France, depuis 2002, c’est obligatoire de donner une information claire et appropriée au patient. C’est son droit. Tout comme il a le droit de ne refuser que vous ne lui donniez des informations sur son état. Le médecin ne décide plus tout seul.

Et pour finir, parlons de Mary même, personnage principal de l’histoire. Sincèrement, en dehors de quelques moments où j’ai ressenti de la peine pour elle par rapport à son isolement, son histoire d’amour avec son conjoint Alfred, je l’ai trouvée insupportable. Aucune remise en question de sa part jusqu’à ce qu’elle soit dos au mur. Madame « je fais tout bien et ce sont les autres qui ne me comprennent pas ».

J’ai eu du mal au début de l’histoire avec les aller-retours entre le présent et le passé de Mary. Mais une fois le décor planté, à partit du milieu du récit, les choses s’enchaînent de façon plus fluide et on se laisse porter par l’histoire. Un reproche quand même, l’auteur ne développe pas trop le côté « scientifique » de l’histoire en dehors de quelques bribes au début. Mais bon, il s’agit après tout de la vie de Mary et non d’un document scientifique, autant l’accepter comme cela.

 » (…) – Mary Mallon, dit sans bouger le Dr. Soper. Il paraissait si heureux de la voir qu’elle se demanda un instant si une autre raison ne l’avait pas amené là. Mais non, son échange de regards avec l’un des inconnus ne laissa aucun doute: Mary avait confirmé ce qu’il avait soupçonné et évoqué devant son auditoire, qui attendait lui aussi (…) Elle s’assit sur l’unique tabouret, celui de l’épluchage, se couvrit le visage de ses mains et pleura. » p. 438-439

Voilà, cet article est terminé. Ce fut une lecture intéressante, qui pousse ceux qui le souhaitent à s’intéresser à la fièvre typhoïde et à la notion de porteur sain. J’espère vous avoir appris quelque chose de nouveau. C’est par ici pour l’acheter et pour mes amis de Lomé, consultez les points de vente habituels 🙂

A bientôt pour un nouvel article.

Bisous.

 

5 réflexions sur “« Je ne suis pas malade. Je n’ai rien fait de mal » – La Cuisinière de Mary Beth Keane

  1. Folowa dit :

    Article très complet et fort bien écrit, bravo!
    L’information qu’on en tire est aussi fort intéressante.
    Ma première fièvre typhoïde, c’est au Bénin que je l’ai attrapée. Avant ça, aussi incroyable que cela puisse paraître, je pensais que cette maladie n’existait même plus.
    J’ai demandé à mon médecin béninois comment ne plus attraper cette maladie. Il m’a répondu : « Ne plus vivre au Bénin. »
    Je n’oublierai jamais ces insupportables douleurs au foie et à la rate qui ont duré des semaines, ainsi que cette profonde fatigue qui avait raison de tout.
    A bientôt !

    Aimé par 1 personne

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